Comme tous les ans, Cyrille Chartier-Kestler analyse la composition moyenne des fonds euros au 31 décembre de l’année. Cette année, l’analyse ne fait pas exception : La composition moyenne des fonds euros des contrats d’assurance vie ne laisse guère d’espoir pour l’avenir.

En effet, selon cette étude très intéressante, les fonds euros des contrats d’assurance vie, c’est :

  • 80.70% d’obligations dont 57.8% d’obligations d’entreprises et 42.20% d’obligations d’états souverains ;
  • 8.21% d’actions ;
  • 6.42% d’immobilier ;
  • 1.43% de monétaire ;

 

80.70% d’obligations dont 57.8% d’obligations d’entreprises et 42.20% d’obligations d’états souverains

80.70% d’obligations dont 57.8% d’obligations d’entreprises et 42.20% d’obligations d’état / souverains

Mais attention, derrière la notion d’obligation d’entreprises, il se cache en réalité beaucoup d’obligations de banques et autres établissements financiers dont le risque ne doit pas être sous-estimé dans un monde à taux zéro.

Par exemple, le fonds euros Suravenir rendement contient 26% d’obligation d’entreprises financières dans sa partie obligataire contre seulement 18% pour les obligations d’entreprises non financières.

 

Autre exemple significatif, le fonds euros de l’AFER est composé à hauteur de 16% de l’encours total (soit 22% de l’encours obligataire) d’obligation du secteur financier.

 

Cette exposition forte aux obligations du secteur financier n’est pas sans risque dans un contexte ou la solvabilité de ces banques et compagnies d’assurance vie est fragilisé par les taux d’intérêt zéro ou négatifs. Cette exposition forte est d’autant plus préoccupante qu’il s’agit souvent de titre dits TSR (Titre Subordonné Remboursable), c’est à dire des obligations qui permettent aux banques d’améliorer leur solvabilité. Ils sont considérés comme des quasi fonds propres puisque les détenteurs de titre TSR sont remboursés en dernier après les autres détenteurs d’obligations, et les autres créanciers. 

On sait le secteur financier particulièrement fragile dans un contexte de taux négatifs qui remettent en cause leur modèle économique et perturbe la rémunération du risque. Demain, en cas de crise du système bancaire, les titres TSR et plus globalement les titres d’obligations d’établissements financiers pourraient être d’une gestion délicate ! Malheureusement, les fonds euros des contrats d’assurance vie semblent particulièrement exposés ! Ce n’est pas un risque à prendre à la légère !

Ce n’est malheureusement pas le seul risque attaché à cette partie obligataire des fonds euros des contrats d’assurance vie. Le fonds euros contient également une part très importante d’obligations d’états souverains, c’est à dire d’obligations directement concernées par la politique monétaire des banques centrales et les taux d’intérêt négatifs. Pour reprendre l’exemple du fonds euros de l’AFER, ces obligations représentent 41.1% des encours totaux du fonds euros.

Cette exposition massive est problématique à deux titres :

  • Avec des rendements négatifs pour 41.1% de vos investissements, il est vain d’espérer un rendement attrayant à long terme. Cette forte exposition aux obligations d’états souverains, structurelle à la définition des fonds euros condamne leur rendement à moyen échéance et plus la période de taux excessivement bas est longue, moins les perspectives sont réjouissantes car le stock d’encours à taux trop faibles augmente inexorablement au gré des remboursements des obligations tombées à échéance.

 

  • Lorsque vous investissez massivement dans des taux très faibles, vous exposez votre portefeuille au risque de remontée des taux d’intérêt. Si les taux augmentent, tous les investissements réalisés à taux très faibles seront en moins-value et la solvabilité de la compagnie d’assurance vie serait en danger si les épargnants retirent leur épargne. C’est alors que la loi SAPIN 2 devrait être activée afin d’interdire les rachats sur votre assurance vie et bloquer votre épargne. Vous serez alors riche d’une épargne dont vous ne pourrez disposer ;-( – cf »2019, risque de faillite de l’assurance vie et des fonds euros ?« , un article aujourd’hui périmé que nous avons écrit en Juillet 2018 alors que la banque centrale évoquait l’idée d’une remontée progressive des taux d’intérêt – Nous savons aujourd’hui, que cette perspective n’était pas réaliste puisque les taux, non seulement n’ont pas baissés, mais surtout, ils se sont effondrés pour descendre en dessous de 0 – L’OAT 10 ans inférieure à 0% ! Les taux d’intérêt négatifs s’installent en France !

Bref, que les taux d’intérêt restent bas ou qu’ils augmentent, dans le meilleur des cas le rendement futur de votre assurance vie semble bien condamné, dans le pire des cas, c’est la capacité à disposer de votre épargne qui est remise en cause. 

 

8.21% d’actions

Pas de commentaire particulier à apporter. Investir à long terme en action via une stratégie de détention est une stratégie rentable à long terme pour celui qui est capable d’accepter la volatilité inhérente à la détention d’actions.  C’est le cas des compagnies d’assurance vie, investisseurs de très long terme par excellence.

Prudence cependant à cette mode de l’investissement dans le non-coté et dans les startup ! La liquidité de ces actifs est réduit et le potentiel de gain pourrait être particulièrement aléatoire dans un période ou l’argent abondant à travers le monde fait exploser les valorisations et réduit le potentiel de gain.

 

6.42% d’immobilier

Les compagnies d’assurance vie investissent dans l’immobilier d’entreprise (bureaux, commerce, …) soit en direct, soit par l’intermédiaire de SCPI. Attention, les actifs d’immobilier d’entreprise apparaissent particulièrement valorisés et ont pleinement profité des taux d’intérêt excessivement faibles ; La question de la rémunération du risque doit se poser, notamment dans un contexte de bouleversement des usages qui remet en cause la manière de consommer l’actif immobilier d’entreprise. (cf »Investir en SCPI aujourd’hui, c’est payer très cher un actif immobilier dont la valeur d’usage est remise en question »), une analyse que nous approfondissons dans la nouvelle édition de notre livre « investir dans l’immobilier »

 

 

Bref, les risques d’investir dans le fonds euros sont élevés, le rendement est faible. Je crois qu’il est urgent de changer de stratégie pour votre épargne.

Pour ceux qui n’ont pas le choix et qui ne veulent pas s’investir, probablement que l’euro-croissance ou l’investissement indirect dans le capital des entreprises sont les seules solutions à défaut d’assumer un risque non négligeable pour un rendement médiocre avec le fonds euros (cf »Météo du patrimoine : Comment placer son argent ? Quels investissements privilégier ? »).

 

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12 Comments

  1. « Avec des rendements négatifs pour 41.1% de vos investissements » : pas exactement, puisque ces obligations ont été achetées sur la durée, et ont donc des taux positifs. Le véritable problème pour les compagnies est de continuer d’avoir une collecte positive important sur le fonds euros.
    En effet, elles sont obligées de réinvestir dans des obligations souveraines (cette fois ci à taux négatif) lors des échéances des « vieilles » obligations.

    C’est une des raisons qui explique que les compagnies « rationnent » leur(s) fonds euros.

    • Les obligations ont été achetées dans la durée : Oui, mais il faut comprendre par cet article (du moins, c’est comme ça que je le comprends) que les anciennes obligations arrivant à échéance doivent être réinvesties aux taux du moment + les nouvelles souscriptions qui se font aux mêmes conditions.
      Or, problème supplémentaire, l’assurance vie affiche une collecte record depuis le début d’année : 13Mds€ de collecte nette fin mai. Et on sait que la plus grande part va sur les fonds euros.

      • Il s’agit (je pense) de la collecte brute. Il faut retirer les rachats, décès,…
        Je discutais vendredi avec un inspecteur de compagnie d’assurance, qui me disait que leur fonds euros (le principal) était « flat » entre la collecte et les sorties. Et c’est l’objectif poursuivi !

  2. Je crois savoir également que chaque client est couvert en cas de faillite de la banque ou compagnie d’assurance à hauteur de 100 000 euros. Est ce si difficile que ça de garantir ce montant pour essayer de faire supporter encore une fois le risque par l’epargnant en lui conseillant de se diversifier? Peut être alors que la location d’un coffre pour y loger son épargne doit aussi être proposée ?

    • Bonjour,
      Concernant l’assurance vie, il s’agit du FGAP qui devrait protéger à hauteur de 70 000 € un épargnant. Seul problème, le FGAP ressemble à beaucoup de cours d’eau actuellement : presque à sec. Ils avaient autour de 800M€ il y a 1 an ou 2. Somme qu’ils peuvent doubler après emprunt. Autant ne rien attendre de ce côté là!!

  3. julien bonnetouche says:

    Bonsoir,

    Il me semble que la question ne devrait plus se poser.

    Mais le fait que vous la posiez Guillaume, montre bien l’état d’esprit des souscripteurs d’assurance vie en euro : ils aimeraient bien y rester encore.( le rendement + la sécurité….)

    Le problème est pourtant maintenant bien connu : les taux sont et resteront bas ou nuls voire négatifs pendant une longue période.

    Mais pour ceux qui n’aiment pas les actions, il y a tout de même la solution de l’immobilier (sous forme d’assurance vie) qui parait rassurante.

    L’AFER dont j’ai déjà dit que j’étais adhérent, propose périodiquement de rentrer dans les fonds immo, mais Je pense que ce doit être le cas pour toutes les compagnies.

    Les rendements sont quasi fixes, aux alentours de 3 à 4 % et cela fonctionne comme de l’assurance vie classique : on vend comme on veut sans droit d’entrée. Pour acheter par contre il faut attendre que l’option soit ouverte.

    J’en ai eu pendant un certain temps lorsque j’ai vu la dégringolades les taux. C’était d’ailleurs mon chargé de clientèle qui me l’avait conseillé, à juste titre.

    Maintenant j’ai tout liquidé pour prendre des actions. (j’y crois et j’aime le risque ….)

    • « Les rendements sont quasi fixes, aux alentours de 3 à 4 % et cela fonctionne comme de l’assurance vie classique » : attention, il s’agit d’unités de comptes adossées à de l’immobilier (SCPI je pense ou SCI).
      Le rendement n’est ni fixe ni garanti, tout comme le capital.

      Certes ce sont des placements moins volatils que les actions, mais attention à la notion de risque.

      Je sais que c’est loin, mais la crise des années 90 sur l’immobilier de bureaux notamment a laissé de très mauvais souvenirs aux détenteurs de SCPI de l’époque.

      Je ne dis pas qu’il ne faut pas en faire, mais juste qu’il faut être conscient que ce n’est pas garanti.

      Accessoirement, attention aux frais (lors du versement, sur les revenus, en cas de sortie,…) indiqués dans les CG du contrat ou dans les avenants.

  4. Sénèque says:

    Sur les subordonnées financières, tous ne sont pas d’accord (et tous n’ont pas la même indépendance intellectuelle d’écriture):
    « Cette classe d’actifs représente un univers d’investissement important, évolutif et prévisible, notamment en fonction des exigences réglementaires. Il s’agit d’instruments très complexes dont les principales caractéristiques structurelles nécessitent une analyse approfondie. »
    « La subordination est un moyen d’augmenter la composante spread d’une allocation, tout en bénéficiant d’une exposition sur de grandes sociétés diversifiées et souvent bien notées. En d’autres termes, investir dans des instruments complexes de leaders nationaux, permet d’offrir aux investisseurs un profil rendement-risque intéressant. »
    Source: http://www.h24finance.com/news-12500@45176.html?nl=1&type=21

    Evidemment, à titre personnel je n’irai jamais mettre un kopeck dans ce genre de fonds.

    • C’est vrai qu’ils sont fort pour faire de belles phrases avec des mots compliqués pour ne rien dire.

      😉

      Ps J’ai totalement perdu confiance dans les informations diffusées par ce site depuis leur traitement peu objectif de l’affaire H2o

  5. julien bonnetouche says:

    Hello Guillaume !

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