Depuis 2016, nous vous alertons sur les conséquences néfastes des taux d’intérêt négatifs pour les épargnants. Les taux d’intérêt négatifs sont la stratégie utilisée par les banques centrales pour régler le problème de l’endettement excessif des états … et pour faire payer les épargnants sans qu’ils ne s’en rendent compte.

Comprendre la mécanique est relativement simple :

  • Avec un taux de crédit inférieur à l’inflation, les états se désendettent sans aucun effort. Les recettes fiscales augmentent réduisant le coût relatif de la dette dont le taux est inférieur à cette augmentation mécanique. Les taux d’intérêt négatifs permettent alors aux états de réduire leur surendettement sans avoir besoin de faire des réformes ; Par chance, les états ne sont pas les seuls à pouvoir bénéficier de cette mécanique magique des taux d’intérêt négatif, les investisseurs immobilier à crédit peuvent également en profiter ; Pour l’instant, les taux de crédit immobilier bénéficient de la même dynamique comme nous vous le présentons dans ces deux articles « Quelle perspective sur les taux de crédit immobilier en 2019 ? » ou « Pour ne pas subir les taux d’intérêt négatifs, il faut s’endetter et investir… ».

 

  • Mais, si les taux d’intérêt négatifs permettent d’enrichir les emprunteurs, ce sont alors les créanciers qui s’appauvrissent. Les créanciers ne sont autres que les épargnants et les banques (et donc les épargnants bancaires) qui prêtent leur argent à ces états ; Les taux d’intérêt négatifs sont l’euthanasie des épargnants dont le taux de rendement de l’épargne est inférieur à l’inflation. En 2017, le rendement net d’inflation des fonds euros d’assurance vie était proche de 0% ; En 2018 et 2019,  le rendement net d’inflation des contrats d’assurance vie en Euros pourrait être négatif (cf »2018, C’est l’euthanasie des épargnants et l’enrichissement des emprunteurs qui se poursuit ! »).

 

L’euthanasie des épargnants est elle un phénomène durable ? ou une phénomène temporaire ?

Toute la question repose sur la durée de ce mécanisme de taux d’intérêt négatif. Sommes nous dans un phénomène temporaire ou dans un phénomène durable ?

 

1- L’euthanasie des épargnants est un phénomène temporaire. Les épargnants doivent faire le dos rond en attendant des jours meilleurs.

Affirmer que les taux d’intérêt négatifs et donc que l’euthanasie des rentiers est un phénomène temporaire, c’est affirmer que demain, les taux d’intérêt vont augmenter afin de retrouver leur niveau jugé comme normal, ou du moins supérieur à l’inflation + taux de croissance.

Pour la France, dont le taux d’emprunt à 10 ans est à 0.78% au moment ou je rédige ces lignes, cela suppose un taux d’intérêt autour de 3% !

Croyez vous cela supportable pour le déficit public ?

Quelles seraient les conséquences pour la valeur du fonds euros des contrats d’assurance vie ? Un tel scénario d’augmentation très forte des taux d’intérêt ne serait il pas à l’origine de la faillite des fonds euros comme nous l’avons détaillé dès 2011 (cf article de synthèse « 2019, risque de faillite de l’assurance vie et des fonds euros ? »).

Bref, un scénario qui semble possible sur le papier, mais ce serait le signe de la faillite des états ! Est ce plausible ? Dans une telle hypothèse, les banques centrales ne s’engageraient t’elles pas dans une nouvelle vague d’hyper inflation monétaires via des politiques monétaire non conventionnelles encore plus puissantes ? (cf ce que nous écrivions au début de l’année 2018 dans nos articles de prospective : « Stratégie d’investissement 2018 « Marché financier » : La tentative de normalisation ratée ? »)

Extrait de cet article publié pour la première fois fin 2017 sur les prospectives 2018 :

« Les économies ne peuvent supporter des taux d’intérêt trop élevés et la phase deux (NDLR : La fin du quantitative easing et la hausse des taux) de la politique monétaire non conventionnelle semble donc très délicate à gérer. Il ne faut pas exclure la possibilité que cette phase deux soit un échec.

Que se passera t’il si l’inflation augmente plus rapidement ? ou si le cycle de croissance économique devait faiblir à cause d’une petite, mais trop forte augmentation des taux d’intérêt, causée par le début de normalisation de la politique monétaire ? Pouvons nous espérer encore 4 / 5 années de croissance élevée pour que les banques centrales disposent de suffisamment de temps pour revenir à la normale ?

Tout cela semble peu probable. Il faut se rendre à l’évidence, le quantitative easing va se transformer en « planche à billet » ! Il est fort possible que l’expérience monétaire ne fasse que commencer tant il peu probable que les économies soient capables d’encaisser une hausse des taux d’intérêt.

A court terme, cet échec de la normalisation des politiques monétaires pourrait être le signe d’une baisse forte des marchés financiers … mais la hausse pourrait reprendre de plus belle après lorsque les banques centrales officialiseront leur poursuite de la destruction de la monnaie pour l’adoption de nouvelles politiques monétaires non conventionnelles. « 

 

Pour le moment, tout ce déroule comme je l’avais anticipé au début de l’année….

 

2- L’euthanasie des épargnants et les taux d’intérêts négatifs sont des phénomènes durables. Les épargnants doivent utiliser leur épargne pour investir et sortir des fonds euros.

Affirmer que les taux d’intérêt négatifs sont un phénomène durable, c’est affirmer que les taux d’intérêt resteront excessivement bas pendant une très longue période. Cette notion d’excès est importante ! Les taux d’intérêt peuvent augmenter, mais dès lors qu’ils restent inférieur à l’inflation + taux de croissance, ils sont excessivement faibles et permettent aux états de se désendettés sans effort et participent à l’euthanasie des épargnants.

Vous l’aurez compris, il s’agit du scénario à privilégier : L’euthanasie des épargnants est partie pour durer longtemps ! Et, malheureusement, depuis la loi SAPIN 2, lorsque les épargnants s’en rendront compte et voudront, il sera trop tard, puisque les gouvernants ordonneront le blocage des contrats d’assurance vie (cf »Peut on encore conseiller l’assurance vie comme un produit garanti et disponible ? »).

 

Ainsi, les épargnants pourraient durablement perdre du pouvoir d’achat du fait d’un rendement de leur épargne, et notamment des fonds euros des contrats d’assurance vie, inférieur à l’inflation + taux de croissance. Les épargnants conscients de ce risque doivent impérativement éviter d’épargner trop massivement en Assurance vie, et notamment en fonds euros, s’ils ne veulent pas s’appauvrir durablement à long terme (cf »Épargne : Être capable de prendre des décisions fortes avant qu’il ne soit trop tard ! »).

 

A suivre …




19 Comments

  1. Scénario:
    – j’emprunte à 1,5%, pour investir dans de l’immobilier.
    – dans 3 ans les taux d’intérêt remontent au point d’activer Sapin II
    – en conséquence de ces taux élevés, il devient difficile de trouver des acheteurs prêts à payer le prix initial + petite plus value + frais de mutation + travaux
    – si l’immeuble doit être vendu, c’est une perte assurée avec en plus un remboursement d’emprunt sur les bras.

    Emprunter peut se concevoir si c’est une affaire. Or elles sont plutôt rares actuellement.

  2. Finalement je ne comprend pas pourquoi tant de gens conservent toujours leur assurance vie quand on connait l’ensemble des risques potentiels de cela représente.

    En fait j’ai l’impression que la nature humaine a beaucoup de mal à modifier ses habitudes surtout lorsqu’il s’agit d’argent. Mais il est certain que la carotte fiscale y est ici pour beaucoup, alors que la fiscalité ne doit jamais être l’élément décisionnaire en gestion de patrimoine mais juste une opportunité en plus.

    Et cela alors qu’il y a des solutions de défiscalisation dont on ne parle pas ici et qui sont pourtant très facile à mettre en œuvre.

    • Il n’y a pas que la carotte fiscale, il s’agit d’abord de rechercher du rendement. Ensuite, il s’agit de permettre aux héritiers de payer des droits de succession. Enfin, il y a l’avantage fiscal, du moins jusqu’à 700 000 € par bénéficiaire.

  3. La loi Sapin s’applique t-elle aussi aux supports UC? Dans l’affirmative, ne serait-ce pas un moyen pour les gouvernants de téléguider l’économie et de dire chez lequel de leurs amis investir?
    N’oublions pas que le risque en UC n’est que pour le souscripteur. Ce qui par déduction en ferait le propriétaire des sommes investies : « Res perit domino » ; à l’inverse des supports en euro où le risque est couru pour l’assureur.
    Si la loi Sapin s’applique aux UC, n’est-il pas légitime, au vu de la Constitution de 1958 et du bloc de constitutionnalité d’obtenir une indemnisation pour expropriation?

    Je m’excuse, je n’ai pas lu une ligne de la loi Sapin II et je vais de ce pas me repentir en m’auto-flagellant.

      • « Pour être plus clair, depuis l’entrée en vigueur de la « loi Sapin 2 », les entreprises d’assurance vie ont la faculté de suspendre ou de restreindre les opérations de rachats et d’arbitrages, lorsque les garanties sont constituées de parts ou d’actions d’un organisme de placement collectif (OPC, c’est à dire OPCVM et FIA dont SCPI et OPCI) faisant lui-même l’objet d’une suspension ou d’un plafonnement temporaire de ses rachats. « 

        • Donc il faut déjà que l’OPCVM suspende lui-même les rachats.

          Ce qui m’amène à une autre question. Quelqu’un s’est-il interrogé pour savoir quelle était l’utilité d’une telle loi concernant les assureurs? A moins que la loi ne vise indirectement les sociétés de gestion. Alors, pourquoi ne pas avoir légiféré directement pour les sociétés de gestion?
          Je l’ai déjà dit auparavant, mais même en cas de crise financière violente, il n’est pas certain que les assureurs sourcillent au regard de la composition de leurs bilans, l’assurance-vie étant une partie importante mais non prépondérante de leur activité.

  4. De façon concrète et pragmatique : faut-il sortie 400k€ (si on les a !!!) de ses contrats AV en euros pour les investir en immobilier (si bonne affaire) ou faut-il emprunter ces 400k€ aux taux bas actuels et ne pas toucher à ses contrats AV ?

    • Transformer du mobile en immobile est presque toujours une mauvaise idée. D’abord, vous pourriez avoir besoin d’argent, ensuite vous pourriez éventuellement diminuer votre rendement en investissant dans l’immobilier, enfin vous feriez un cadeau empoisonné à vos héritiers.
      Profitez des taux bas, faites un prêt in fine sur un bien entre 300 et 350k€. Vous rembourserez avec votre contrat s’il le faut mais entre temps vous aurez gagné de l’argent.
      Je vous recommande toutefois de réaliser un bilan patrimonial pour prendre en compte tous les paramètres d’une telle opération.

    • Si c’est une « bonne affaire » (emplacement, prix,…) et donc possibilité de revente en cas de tempête à 3 ans sans trop de casse alors l’emprunt est intéressant car il vous laisse du cash pour d’autres opérations 🙂

    • Vous pouvez aussi opter pour un crédit amortissable, en fonction de votre budget. Bref, bilan patrimonial obligatoire et pas chez des margoulins!

  5. OlivierSPb says:

    @GF
    Je ne comprends pas cette histoire de taux de rendement comme taux d’inflation + taux de croissance du PIB que vous présentez régulièrement comme une évidence mais qui me semble sans justification économique.
    Pouvez-vous expliquer sur quoi vous vous fondez pour une telle affirmation présentée comme une tautologie?

    • Aucunement une évidence ou du moins juste pour moi.

      La référence à l’inflation est intuitive : L’inflation étant la perte de pouvoir d’achat de la monnaie, il faut à minima un rendement égal à l’inflation pour maintenir la valeur du patrimoine dans le temps.

      La référence au taux de croissance, c’est le taux de rendement minimum pour maintenir la valeur relatif du patrimoine (par rapport à la richesse créée par le pays et donc la richesse de ses agents économiques).

      Imaginons, un contribuable dont le rendement est plafonné à l’inflation de 2% dans un pays ou la croissance est de 10%. En maintenant la valeur de son patrimoine grâce à une revalorisation égale à l’inflation, il ne s’appauvrit pas dans l’absolue, mais s’appauvrit en relatif par rapport à tous ces compatriotes qui profitent de la croissance pour s’enrichir.

      En fait, taux de croissance du PIB + Inflation = PIB nominal alors que le PIB réel (celui sur lequel nous communiquons) est le PIB net d’inflation.

      Par hasard, je viens de tomber sur un article de notre excellent Arnaud SYLVAIN : La croissance économique est l’indicateur économique le plus commenté et le plus attendu. Découvrez ce qu’elle recouvre, comment elle est mesurée et quelles sont ses limites.

      Je ne sais pas si ces explications vous éclairent ?

  6. Bonjour,

    Merci pour ce blog de qualite.

    Cela fait un moment aussi que l’hypothese que le taux historique de rendement me derange aussi. Les explications que vous donnez dans votre commentaire sont claires au sens economique c’est a dire qu’effectivement on peut estimer que l’estimation d’un rendement personal satisfaisant devrait etre compare au rendement du pays (croissance ou PIB reel) auquel l’on ajoute l’inflation.

    Le soucis c’est qu’intuitivement j’ai l’impression que l’on compare des pommes et des poires. Pour ce qui est de l’inflation il est indiscutable qu’elle fait partie du calcul du rendement. Mais pour la croissance ne pensez vous pas que c’est un aggregat de variables trop diverses pour qu’il soit ajoute dans son integralite au calcul? Je m’explique si croissance = volume * prix il suffirait d’une augmentation demographique dans le pays pour faire augmenter la demande, donc la variable volume donc in fine la croissance et d’apres votre formule le taux de rendement historique (croissance + inflation). Or j’ai l’impression que lorsque l’on parle de patrimoine on parle de richesse relativement a autrui et de son maintient/baisse/augmentation vis a vis d’autrui. Si en 2017 le pays a eu une augmentation demographique de 3 millions de personnes (par l’immigration par exemple) resultant en une augmentation de la consommation, donc du volume des biens vendus et in fine de la croissance cela ne veut pas dire que le patrimoine moyen par individu a augmente, il pourra meme baisser. Affirmer que le rendement minimum a escompter serait croissance + inflation afin de maintenir son patrimoine me parait etre une surestimation dans ce scenario.

    • Oui, je comprends cette idée. Pour moi, il s’agit d’un enrichissement relatif, une sorte de maintien du pouvoir d’achat relatif.

      Si le PIB augmente, la quantité totale de valeur augmente, si le rendement de mon patrimoine est inférieur… alors le rendement d’autres augmente plus vite, je risque donc un appauvrissement relatif.

      • ‘Si le PIB augmente, la quantité totale de valeur augmente,’ => jusque la je vous suis.

        ‘si le rendement de mon patrimoine est inférieur… alors le rendement d’autres augmente plus vite, je risque donc un appauvrissement relatif.’ => oui mais justement si le gateau a augmente (volume) mais que le nombre de personne se le partageant (demographie) a aussi augmente alors le rendement d’autres n’augmentera pas forcement plus vite, peut etre meme moins vite selon l’augmentation demographique. On pourrait donc voir son patrimoine s’apprecier relativement aux autres alors que son patrimoine augmente moins vite que croissance + inflation!

        Ne croyez vous pas qu’une formule plus adaptee serait: rendement historique = croissance – croissance demographique + inflation?

        • Oui, je suis assez d’accord avec votre raisonnement, sauf qu’il ne faut retenir dans « croissance démogrpahique » uniquement la part des « actifs » c’est à dire personne entre 20 ans et 65 ans par exemple

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