Un mythe serait-il en train de s’effondrer ? Oui, je le crois.
Tous les commerciaux en assurance-vie et bon nombre de conseillers (dont j’ai pu faire partie) expliquent que l’assurance-vie est « disponible à tout moment » et qu’il est faux d’expliquer que les capitaux sont bloqués pendant les 8 premières années du contrat.
Vous l’avez tous entendu. Nous l’avons tous dit. Malheureusement, c’est faux.
Peut-être devrions-nous corriger le propos avec ces mots : « Pour le moment, l’assurance-vie est disponible, mais il s’agit d’un placement de long terme qui pourrait ne pas être liquide et disponible lorsque vous en aurez besoin ».
L’assurance-vie n’est pas un placement de court terme. L’assurance-vie est un placement de moyen / long terme qui ne doit pas être utilisé comme un livret.
Dans une période pendant laquelle la mode est à la chasse aux taux de rendement boostés, il est encore plus d’actualité de le rappeler. Aujourd’hui, vous êtes nombreux à tomber volontairement dans le piège des fonds euros boostés pendant un ou deux ans. Vous vous dites qu’après la période de taux boostés, vous pourrez sortir du fonds euros pour rechercher une nouvelle offre commerciale.
Ce pourrait bien être une stratégie illusoire et le piège commercial pourrait bien se refermer. Certaines compagnies d’assurance-vie organisent déjà une limitation des sorties du fonds euros face à la hausse des taux d’intérêt.
Depuis longtemps déjà, les contrats SPIRICA prévoient dans leurs conditions générales :
Idem, chez Cardif (BNP) à partir du 01/07/2025.
La hausse durable des taux d’intérêt fragilise le modèle économique du fond euros !
Cela fait des années que nous vous expliquons qu’il y a un problème sur le fonds euros ;
Lorsque les taux d’intérêt baissent, le fonds euros, c’est formidable. L’inertie à la baisse permet au fonds euros de proposer des rendements supérieurs à l’inflation, sans risque et avec un quasi-liquidité tant les portefeuilles obligataires des compagnies sont en plus-value (du fait de la baisse des taux).
Lorsque les taux d’intérêt montent, le fonds euros, c’est l’inertie à la hausse. Les taux de rendement peinent à suivre la hausse des taux, et les assureurs doivent utiliser leurs réserves pour limiter la casse. Des fonds euros qui doivent faire le dos rond pendant une période plus ou moins longue, jusqu’au renouvèlement de leur portefeuille d’investissement.
Une période délicate pendant laquelle, ils doivent réussir à collecter de l’argent frais alors que les rendements sont mauvais.
Une période délicate pendant laquelle, ils doivent impérativement limiter les rachats partiels et les sorties du fonds euros pour limiter la matérialisation des moins-values latentes des portefeuilles obligataires.
Bien évidement, la loi SAPIN 2 pourrait les sauver en cas de mouvement de rachat massif.
La loi SAPIN 2, c’est un dispositif légal qui vise à sauver les compagnies de la faillite en cas de rachat massif en période de hausse des taux d’intérêt. Un dispositif d’interdiction des rachats et des arbitrages en cas de violente hausse des taux d’intérêt. Une rédaction qui se rapproche des extraits des CG de Spirica et BNP Cardif.
Bref, l’assurance-vie pourrait ne pas toujours être disponible à tout moment.
Nous n’y sommes pas encore, mais force est de constater que le risque n’est pas nul. Les taux d’intérêt semblent s’ancrer à des niveaux élevés.
Aujourd’hui, avec un TME (Taux Moyen des Emprunts d’Etat) autour de 3.20% en février 2025 (et en hausse logique en mars) et un taux de rendement des fonds euros en moyenne à 2.50%, nous sommes dans cette situation délicate exprimée dans les conditions générales.
En théorie, ces deux compagnies pourraient envisager une limitation des rachats et arbitrage si les rachats partiels augmentaient trop rapidement.
Les compagnies d’assurance-vie vont devoir piocher dans leur réserve pour espérer maintenir un rendement compétitif et tout en limitant les envies d’utiliser leur épargne pour faire autre chose.
À suivre.