Voilà qui est une question intéressante : Que font les compagnies d’assurance vie avec votre épargne ? Ou l’investissent t’elles ? Prennent t’elles beaucoup de risque pour votre rémunérer ? Comment font elles pour rémunérer votre épargne ?
Goodmoneyforvalue par Cyrille Chartier-Kastler a réalisé une analyse complète et exhaustive de la composition des fonds euros des contrats d’assurance vie. Cette analyse est particulièrement intéressante et permet de mettre au jour l’impossible équation à venir qui menace l’assurance vie.
Bien évidemment, les réflexions qui suivent portent uniquement sur le fonds euros du contrat d’assurance vie. La composition de la partie unité de compte étant particulière aux choix de chaque épargnant.
Quelle est la composition du fonds euros des contrats d’assurance vie au 31/12/2015 ?
Comme vous pouvez le constater dans le graphique ci dessous, le fonds euros de votre contrat d’assurance vie est composé à hauteur de :
– 82.43% d’obligations ;
– 8.52% d’actions ;
– 5.72% d’immobilier;
– 1.52% de monétaire ;

Composition moyenne des fonds euros des contrats d’assurance vie au 31/12/2015 par goodmoneyforvalue
Voici une répartition prudente des investissements réalisés par les compagnies d’assurance vie avec votre épargne. Cette prudence trouve sa justification dans l’obligation de liquidité et garantie à tout moment de l’épargne. En effet, dans la mesure ou la compagnie s’engage à garantir le capital et assurer une pleine disponibilité des capitaux à tout moment, il lui est impossible d’investir dans des actifs davantage rémunérateur. Plus de rémunération induit mécaniquement une plus grande prise de risque et la possibilité d’une non liquidité temporaire de l’investissement.
En approfondissant l’analyse de la partie obligataire on constate :
– Que les fonds euros des contrats d’assurance vie ne financent plus majoritairement la dette public des états. Finie l’époque ou l’on pouvait affirmer que les contrats d’assurance vie servaient à financer la dette des Etats.
65.8% de la partie obligataire est investie en dette corporate (=dette d’entreprises) et seulement 34.2% en dette souveraine (=dette d’état). Ainsi, seulement 28% de l’encours des fonds euros est utilisé pour le financement des états. !!!
Cette baisse significative de la part de la poche obligataire investie dans la dette souveraine s’explique par la baisse des taux d’intérêt et le rachat massif de ces dettes par la banque centrale européenne. On doit y voir une conséquence de la politique monétaire de la BCE et la première étape de la monétisation de la dette.
Cet investissement majoritaire dans la dette d’entreprise peut paraître heureux et salutaire : L’épargne n’est plus utilisée pour financer les déficits non contrôlés des états mais redevient au service de la croissance et participe au financement de l’économie, mais la réalité est moins rose.
Les compagnies d’assurance vie investissent votre épargne dans des entreprises via des obligations corporates, mais ces entreprises sont dans leur très grande majorité des entreprises « financières », c’est à dire des banques et des compagnies d’assurance vie, qui émettent des titres subordonnés.
Et voilà, la boucle est bouclée : Votre épargne investit dans les contrats d’assurance vie est en réalité investie, pour une part importante dans des obligations « subordonnées » bancaires, c’est à dire des titres de dette considérés comme des quasi fonds propres car remboursables après les autres créanciers (cf définition de titre subordonné sur la finance pour tous).
En 2014, la part du fond euros consacré au financement de la dette souveraine atteignait 46.7% de la partie obligataire. Je n’ai pas réussi à trouver les chiffres antérieurs à 2014, mais le mouvement doit être similaire.

Prenons un exemple et décomposons le fonds euros FORTUNEO Suravenir.
Pour illustrer cet investissement important dans la dette financière, il convient d’analyser la composition de chacun des fonds euros de la place. Voici la composition du fonds euros FORTUNEO SURAVENIR au 31/12/2015 :
Comme vous pouvez le constater, 33.24% des investissements obligataires sont réalisés dans des entreprises financières, c’est à dire des banques et des compagnies d’assurance. Malheureusement, toutes les compagnies d’assurance vie n’ont pas cette même transparence et se contente de faire la distinction entre « obligation d’entreprise » et « obligation d’état » sans rentrer dans le détail « entreprise financière » et entreprise non financière ».
Je ne suis pas certain qu’il s’agisse là d’une bonne nouvelle pour les épargnants.
Cet investissement de plus en plus important dans la dette privée et notamment dans le financement des banques et des compagnies d’assurance vie (via des titres subordonnés considérés comme des quasi fonds propres) est le signe d’une prise de risque grandissant de la part des compagnies d’assurance vie !
Le fonds euros des contrats d’assurance vie n’est plus un placement sans risque ! La recherche du rendement à tout prix est la source de futures déconvenues… privilégier un fonds euros prudent moins exposé aux obligations financière est probablement une bonne idée.
Après la crise de 2008 et les investissements excessifs dans la dette grecque, faut il craindre en 2016 des investissements excessifs dans la dette des banques et compagnies d’assurance ?


