Nous vivons une crise systémique. La phase 1 de la crise va laisser sa place à la phase 2. La phase 1 est une « petite » crise financière classique provoquée par le choc des droits de douane. La phase 2 s’annonce comme une crise systémique.
Le choc des droits de douane n’est le sujet de préoccupation prioritaire, il n’est que l’arbre qui cache la forêt.
La forêt, c’est l’endettement des États-Unis devenu incompatible avec la politique de Donald TRUMP et sa volonté de casser l’ordre commercial mondial.
Après le choc des droits de douane, nous plongeons dans l’inconnue des répercussions macro-économiques.
La croissance économique est un système complexe duquel nous sommes tous interdépendants.
Les États-Unis ont décidé de remettre en cause plusieurs aspects de cette complexité qu’est l’économie mondiale. Naturellement, le système perd son équilibre. Le dollar baisse, les taux d’intérêt montent, les actions baissent, l’OR monte…
Les grands investisseurs institutionnels doivent ajuster leur allocation d’actifs et réduire leur exposition à l’économie des États-Unis au regard du nouvel équilibre imposé au commerce mondial.
Les États-Unis remettent en cause leur position concurrentielle dans le commerce mondial. Ils veulent bousculer l’ordre établi. Naturellement, chacun doit s’adapter. Le système s’adapte à cette nouvelle donnée.
Demain, d’autres acteurs vont également agir en conséquence et faire évoluer le système. Nous sommes entrés dans une phase de turbulence.
À court terme, tout bouge. Plus le choc est violent, plus le déséquilibre est grand, plus nous devons faire évoluer nos idées, nos interactions, nos certitudes, plus le prix des actifs varie. Nous sommes dans ce moment d’adaptation. Un moment caractérisé par la perte d’équilibre passé et la recherche d’un nouvel équilibre pour l’avenir.
À long terme, l’onde de choc va s’atténuer et nous allons progressivement trouver un nouvel équilibre. Ceux qui tireront profit du système ne seront peut-être pas les mêmes. Les équilibres d’hier ne seront probablement pas les équilibres de demain.
Le niveau général des taux d’intérêt pourrait ne pas être le même, idem pour les niveaux de valorisation des actions et le cours des monnaies ou les prix. Le nouvel équilibre trouvera peut-être un fondement autour de valeurs nouvelles comme la blockchain, l’intelligence artificielle ou toute autre narration qui finira par être reconnue par ceux qui font société.
On ne sait pas. Personne ne sait.
Le marché, qui est la confrontation des forces entre ceux qui croient savoir, cherche à déterminer qui a raison et à quel prix.
Il en résulte une volatilité extrême tant les revirements de certitudes sont grands. Le déséquilibre extrême du moment oblige à une adaptation permanente et une grande plasticité intellectuelle. Il faut accepter d’avoir tort et de remettre en cause l’analyse d’hier au regard des nouvelles données qui sont intégrées dans le système.
Il est une erreur de croire que la crise est terminée. Elle ne fait que commencer. Nous sommes au cœur d’une crise systémique.
Si vous partagez cette idée, vous devez accepter qu’il est beaucoup trop tôt pour investir à nouveau. Il est au contraire urgent de protéger votre patrimoine face aux turbulences à venir.
Bien évidemment, vous pouvez vous mentir à vous-même et croire que vous serez capable d’accepter le stress de la volatilité et que finalement, vous n’avez pas besoin de votre argent !
Je crains que vous fassiez une erreur, même si en réalité, je n’en sais rien. Je sais que je ne sais pas. Parfois cette incertitude est source d’enrichissement, parfois, elle est source d’appauvrissement. Aujourd’hui, j’ai l’intuition qu’elle est source d’appauvrissement.
Philippe WAECHTER explique très justement :
2025 vs 2008, quelle crise est la plus grave ?
La crise provoquée par les choix de politique économique de Donald Trump, par l’imprédictabilité des annonces, de leur annulation ou de leur retrait, est elle plus grave que celle de 2008 ?
À cette époque, le sol se dérobait en permanence, les marchés immobiliers s’effondraient et sur les marchés financiers, l’impression d’être en apnée en continu prédominait car la propagation des chocs n’était ni linéaire, ni instantané. Il fallait retrouver la bonne boussole et se donner les moyens de converger version la bonne trajectoire
Le choc n’est pas de même nature en 2025. Ce n’est pas un choc de valorisation. C’est un homme qui considère que son pays a été spolié par ses relations avec le reste du monde. Chaque pays est accusé d’avoir abusé des largesses américaines. La Chine a bénéficié des transferts technologiques et l’Europe s’est protégée via l’Otan.
Une telle crise est conditionnée par les demandes non connues par avance faites par les Américains pour lever les sanctions tarifaires, par des ruptures dans les chaînes de valeur, c’est la discussion sur l’impact des tarifs douaniers sur les semi-conducteurs, sur la façon dont les États vont coopérer dans le futur et finalement sur la cohérence du monde et du respect des cultures.
En 2008, face aux chocs, la réponse des autorités reposait sur l’idée de la coordination des efforts. Le G20 de Londres pointait les efforts collectifs à faire pour sortir du marasme et trouver les moyens pour qu’une telle crise ne se reproduise pas. La surveillance des institutions financières était au premier plan. Il fallait aussi relancer l’activité collectivement. Les banques centrales aussi sont très vite intervenues de façon complémentaire. La politique monétaire est devenue non orthodoxe. Le taux de la Fed a 0 % était restrictif. Il a fallu alors passer au quantitative easing pour débloquer la situation.
Aujourd’hui la coordination ne joue plus de rôle parce que la crise ne résulte pas d’une exagération de marchés, de mécanismes qui sont allés trop loin et d’ajustements impossible à maîtriser. La crise vient de l’idée que le monde se partage entre les bons et les méchants et que ce choix, fait par la plus grande puissance économique et politique du moment, n’est pas négociable. La seule issue serait d’accepter les conditions du suzerain. L’histoire montre que cela n’engendre qu’un monde instable.
Après une crise, le monde ne revient jamais comme avant. Mais les mécanismes d’ajustement peuvent limiter les écarts de fonctionnement. En 2008, tous les pays impliqués se faisaient forts de jouer ensemble avec des règles cohérentes.
Aujourd’hui le charme de la coordination et de la coopération apparaît désuet. Il faudra vivre autrement. Si la stratégie de Washington s’inscrit dans le temps, ce sera le virage le plus important depuis des decennies. Les biens publics mondiaux, comme le climat, n’auront plus de matérialité et il faudra se préparer au pire.lire la suite : Philippe WAECHTER
À suivre.