Le problème de l’investissement en actions et plus généralement de la bourse, c’est que l’écart entre la théorie et la pratique est immense ; C’est d’ailleurs cette immensité qui conduit un grand nombre d’entre vous à vous laisser tenter devant la facilité déconcertante de la théorie… puis quelques années après, abandonner tant la mise en pratique est finalement extrêmement complexe.

Cela fait 20 ans que j’investis en actions. Je connais tous les pièges et crois parfaitement maitriser la théorie. Pourtant, comme vous, je tombe dans les pièges de la bourse à chaque fois ou presque (j’exagère, mais pas tant que cela).

Il y a quelques mois, en octobre 2021, je publiais un article symptomatique de l’immense écart entre la théorie et la pratique de l’investissement en actions sous le titre « Bourse : Faut-il participer à l’introduction d’OVHCloud ? »

Dans cet article, je vous expliquais qu’en théorie il ne fallait jamais investir dans une entreprise à l’occasion de son introduction en bourse. JAMAIS. Pour ce faire, je faisais référence à un extrait de l’investisseur intelligent, publié en 1949 par Benjamin GRAHAM.

« Le financement d’une entreprise par l’émission d’actions peut prendre deux formes différentes. Dans le cas de compagnies déjà cotées, de nouvelles actions sont offertes aux anciens actionnaires au prorata de leurs droits. Le prix d’émission est fixé au dessus des cours courants, et les droits de souscription ont donc une valeur monétaire initiale. La vente des actions nouvelles est en général confiée à des banques d’investissement qui comptent placer facilement le papier par le seul exercice des droits de souscription. Ainsi une augmentation de capital par souscription d’actions nouvelles ne nécessite pas d’efforts marketing importants.

Le second type de placement concerne les nouvelles introductions de titres de sociétés auparavant non cotées. Ces titres sont souscrits sur le compte des propriétaires privés qui peuvent ainsi vendre une partie de leurs intérêts de contrôle sous de bonnes conditions de marché. (A l’opposé si l’argent est levé pour le compte de l’entreprise cela s’effectuera sous la forme d’émission d’actions préférentielles comme nous l’avons déjà vu). Ce type de placements donne lieu à un scénario connu qui de par la nature des marchés boursiers est systématiquement au détriment des intérêts des investisseurs. Le biais négatif vient d’une part de la nature des entreprises ainsi financées et d’autres parts des conditions mêmes des marchés qui rendent ce type de financement possible.

Au début de ce siècle [NDLR : Du XXiéme siècle s’agissant d’un livre écrit en 1949], c’est par ces moyens que beaucoup de nos grandes entreprises ont été vendues au public. Mais plus le temps passe et plus le nombre d’entreprises de premier rang, entre des mains privées se font rares. Par conséquent, les nouvelles introductions sont de plus en plus le fait d’entreprises petites ou moyennes. En parallèle, le grand public des investisseurs a développé une forte préférence pour les grandes entreprises. Cette préférence est moins marquée aujourd’hui. C’est la raison pour laquelle d’autres biais ont été développés par les marchés, au fur et à mesure que les marchés haussiers ont pris de l’ampleur. L’espérance de plus-values faciles et rapides a la propriété d’endormir l’esprit critique du public et de développer son instinct d’achat. Ensuite, pendant ces périodes fastes, il n’est guère difficile de trouver nombre de petites entreprises privées accumulant les résultats prometteurs même si ces résultats ne survivent pas à l’épreuve du temps (si on les reprenait sur une période de 10 ans par exemple).

Le cumul de ces différents facteurs facilite l’émergence du scénario suivant : Quelque part vers le milieu de la phase de hausse, nous voyons apparaître un recrudescence des nouvelles introductions. Au début le prix d’introduction sont intéressants et de belles plus-values peuvent être réalisées par les premiers acquéreurs. Au fur et à mesure que les marchés poursuivent leurs phases haussières, cette forme de financement prend de l’ampleur et, alors que la qualité des nouvelles introductions se dégrade, les prix exigés deviennent de plus en plus exorbitants. Un signe assez fiable nous avertissant de la fin prochaine d’un marché haussier c’est lorsque les prix d’introduction demandés pour des entreprises petites et difficile à comprendre, deviennent supérieurs aux cours des sociétés moyennes pour lesquelles nous avons un long historique de marchés.

Cette insouciance du grand public confrontée au manque de scrupule de certaines banques d’investissement mène tout droit à l’effondrement des prix. Dans bien des cas, ces nouveaux titres perdent 75% et plus sur leurs cours d’introduction. Cette situation est encore aggravée par le fait déjà mentionné qu’au creux de la vague le grand public développe un forte aversion contre les mêmes titres dont il s’était épris dans les périodes d’insouciance. Beaucoup de ces titres tomberont d’autant plus bas par rapport à leurs valeurs objectives en phase dépressive, qu’ils étaient montés haut en phase d’euphorie.

Ceci étant, certains de ces titres feront des achats excellents quelques années après alors que plus personne ne voudra les toucher et qu’il ne s’échangeront qu’à une fraction de leur valeur intrinsèque. [NDLR : Vous retrouvez ici la notion de prix et de valeur sur lesquelles nous insistons lourdement depuis quelques temps – Réussir son investissement c’est comprendre que la différence entre le prix et la valeur, c’est la liquidité]« 

Ne jamais investir dans une entreprise à l’occasion de son introduction en bourse. Jamais.

Pourtant, je l’ai fait.

Dans cet article, je vous expliquais aussi, pourquoi, malgré cette maitrise de la théorie, j’avais pris la décision d’y investir à l’occasion de l’introduction en bourse.

Résultat, après la satisfaction d’avoir fait le bon choix pendant quelques mois, la pertinence de la théorie « Il ne faut jamais investir à l’occasion d’une introduction en bourse » s’est imposée : Le cours d’OVH Cloud chute de 25% en 5 jours pour atteindre 14€ alors qu’il a été introduit à 18.50€ et qu’il est monté jusqu’à 28€.

Bref, c’est probablement le moment d’investir maintenant que le cours à fortement chuté (mais peut être pas le meilleur car il n’est pas impossible que la chute se poursuive encore à court terme).

Graphique historique de l’évolution du cours de l’action OVH Groupe.

Investir en actions est très simple en théorie… mais dans la pratique, c’est quasi-impossible de mettre en œuvre la théorie.

Dans un récent article publié sous le titre « Bourse : La fable du rendement élevé de l’investissement en actions ?!« , j’introduisais le propos avec ces mots : « En théorie, la bourse c’est tellement rentable que, dans la pratique, tout le monde préfère investir dans l’immobilier.« 

La théorie est tellement accessible qu’il est facile de croire qu’investir en actions est une solution simple et efficace pour valoriser son capital, sans rien faire.

Malheureusement, la réalité de la pratique est tout autre tant l’écart entre la théorie et la pratique est immense. Un écart qui trouve sa source principale dans les biais de comportementaux et cette éternelle certitude que cette fois, c’est différent.

Il est vraiment difficile de s’extraire de ces biais. Difficile pour le professionnel que je suis et qui analyse les marchés depuis 20 ans. Impossible pour les particuliers que vous êtes ?

Les jours que nous vivons actuellement démontrent cette extrême complexité ! Le CAC40 affiche 5800 points en baisse de 18% depuis le point haut du début de l’année. On retrouve les niveaux pré-covid19

Comme nous l’expliquions, il y a encore quelques jours, c’est probablement le bon moment pour investir… même si ce n’est peut être pas encore le meilleur (cf. « Bourse : C’est le bon moment pour investir en actions ! (mais peut être pas le meilleur moment)

A suivre

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