La fête est finie. Nous sommes probablement en train de vivre les derniers instants d’un des plus grands cycles de hausse des cours de bourse. Il est difficile de connaitre l’avenir, mais force est de constater que les planètes se désalignent à vitesse accélérée.
La bourse, c’est l’anticipation des bénéfices futurs des entreprises.
Hier, les perspectives de bénéfices futurs étaient très favorables. L’économie dominait le monde politique. Tout était organisé pour permettre aux entreprises de prospérer, parfois au détriment du bonheur immédiat des citoyens et du respect de l’environnement. La politique servait l’économie et les entreprises. Cette organisation de la société au service des bénéfices des entreprises explique un taux de marge historiquement élevé pour les entreprises et des cours de bourse au plus haut. Elle explique également une société civile au bord du délitement.
Aujourd’hui, le vent tourne. Si l’économie est toujours centrale, on voit le politique reprendre le pouvoir au détriment de l’économie à court terme. Donald TRUMP semble donner la priorité au développement de sa vision sociétale « Make America Great Again » au risque de décevoir la bourse. Il semble déterminé à réformer les États-Unis même si cela provoque un krach boursier. Impossible de faire une omelette sans casser les oeufs. Impossible de réformer un état et de construire une nouvelle vision sociétale, sans remettre en question l’ordre établi.
Donald TRUMP est en train de casser l’ordre établi. Donald TRUMP fait sa révolution sociétale. C’est effrayant pour nous tous qui sommes les gagnants de cet ordre d’avant, mais nous n’y pouvons rien. Nous devons nous y adapter à marche forcée.
Les cours de bourse sont le reflet de l’ordre établi. Il faut accepter qu’ils soient questionnés à court et moyen terme. Cet état d’instabilité pourrait (devrait ?) se traduire par un période plus ou moins longue de mauvaise performance sur les marchés actions.
L’instabilité, c’est l’état entre deux situations équilibres. Nous quittons une situation d’équilibre pour en rechercher une autre. Une instabilité qui n’est pas confortable, mais probablement inévitable.
Une instabilité et la recherche d’un nouvel équilibre qui ne doit pas nous faire oublier que « si nous voulons que tout reste comme il est, il faut que tout change« , Le Guépard.
En bourse, il y a la théorie et la pratique.
La théorie, c’est :
- l’investissement progressif que l’on appelle souvent DCA ;
- La gestion passive indicielle à bas coût à base d’ETF qui est plus performante que la gestion active ;
- Une perspective de performance globale de 8% par an ;
- Et la fameuse phrase « tant qu’on a pas vendu, on a pas perdu.
Une théorie inlassablement répétée par de nombreux théoriciens qui n’ont pas affronté la réalité de l’investissement en actions. Ils sont nombreux aujourd’hui ces théoriciens qui n’ont vécu que des phases de hausse des marchés et qui en tirent des enseignements dignes des meilleurs gourous.
Pourtant, la pratique de l’investissement en actions, c’est plutôt :
- Le stress et le doute permanent devant la réalité d’une économie qui n’avance jamais en ligne droite ;
- Des performances souvent mauvaises pendant de longues périodes avant quelques phases de hausses dans lesquelles se concentrent toute la performance. Celui qui rate le rebond, perd toutes perspectives de performance ;
- Une psychologie de l’investisseur qui donne envie d’investir quand c’est le pire moment ;
- Et au final, des performances mauvaises qui sont loin des fantasmes de la théorie.
- Investir en actions est plus souvent comparables à une traversée du désert avec parfois quelques oasis plutôt qu’un eldorado.
Une longue période d’instabilité source de mauvaises performances à moyen terme.
Toute la question est celle de la durée de cette période d’instabilité qui s’annonce.
Les cours de bourse sont à leur record historique partout. CAC40, S&P500, Nasdaq, … La période d’instabilité qui s’ouvre pourrait dégrader la capacité des entreprises à générer des bénéfices toujours plus haut à moyen terme.
Les taux de marges particulièrement élevés actuellement trouvent leur origine dans un système favorable à la croissance. Des taux de marges des entreprises qui sont construits « sur le dos » du système, c’est-à-dire des états et des particuliers.
Des états endettés à l’excès pour financer le système ; Des particuliers qui souffrent dans leur pouvoir d’achat à cause de rémunérations trop faibles.
Ce système aujourd’hui contesté devrait pouvoir expliquer une dégradation du taux de marge et donc de la capacité bénéficiaire des entreprises. Dès lors que ce sont les bénéfices qui expliquent les cours de bourse, il est cohérent de s’attendre à une baisse des cours de bourse à court et moyen terme.
J’ai parfois le sentiment que nous pourrions revivre la situation des années 2000-2015 :
- Un krach en 2000… puis 15 ans pour retrouver les niveaux des indices atteints en 2000
15 ans sans performance, c’est long, c’est même insupportable pour la majorité d’entre nous qui ne résisterons pas à la tentation de nous séparer de ces investissements non performants !
- Si vous avez besoin de votre argent investi en bourse dans les 10 à 15 prochaines années, vendez ! vous n’avez pas suffisamment de temps devant vous pour accepter le stress de la volatilité à venir.
- Si vous avez investi en actions l’argent dont vous n’avez pas besoin, préparez vous à une longue période de déprime. Les statistiques ne sont pas favorables à l’idée des arbres qui monteraient jusqu’au ciel, mais dans 25 ans, vous serez probablement satisfait d’avoir tenu bon ; Toute la question est de savoir si vous réussirez à gerer le stress de la volatilité et d’une mauvaise performance pendant aussi longtemps
- Si vous avez de l’argent à investir, abstenez-vous, ce n’est pas le moment d’investir.
A suivre…