C’est fait. « Le jour de la libération » des États-Unis a tenu ses promesses. Donald TRUMP a annoncé de droits de douane sur tous les produits importés aux États-Unis.
Ils l’avaient promis, ils l’ont fait.
À court terme, il est difficile de comprendre la logique économique et le raisonnement derrière ces mesures. Les théories économiques académiques ne trouvent pas de justification pour une telle politique ; C’est assez exceptionnel pour le dire.
Le consensus semble unanime : Donald TRUMP est en train de détruire la croissance économique des États-Unis, et du monde entier par répercussion, tout en installant l’inflation. La stagflation pourrait s’imposer à nous (cf. « Inflation forte, croissance faible : Comment protéger votre patrimoine face au risque de stagflation ?« ).
Philippe WAECHTER analyse ces annonces avec ces mots :
Le grand jour est arrivé. Donald Trump a imposé des tarifs douaniers exorbitants au reste du monde.
Le taux de base sera de 10% pour tous les produits entrant aux Etats-Unis mais de 20% pour l’Union Européenne, 24% pour le Japon, 26% pour l’Inde, 34% pour la Chine (soit 54% avec les 20% existants) et 46% pour le Vietnam.
Ces tarifs sont la moitié des tarifs, manipulation des monnaies et barrières douanières appliqués par chacun des pays aux produits américains (sans précision sur le mode de calcul).
Au total, 60 pays sont visés avec des droits de douane selon le calcul mentionné.
L’administration veut lever 700 milliards de dollars avec ces taxes soit 2.4% du PIB américain. C’est un niveau qui n’a pas été atteint depuis 1820/1830. L’Amérique n’avait rien de comparable, très à la traîne alors de la Grande Bretagne et de l’Europe.
Avec les tarifs, le prix des importations va augmenter car, à court terme, l’offre américaine ne sera pas capable de s’ajuster à la hausse. Ces prix plus élevés auront un impact sur la demande qui sera moins forte permettant ainsi de réduire le déficit extérieur américain.
Sauf que de nombreux produits sont indispensables au fonctionnement de l’économie US. Les ordinateurs, les téléphones portables et de nombreux autres produits devront, quoiqu’il arrive, être payés plus chers parce qu’ils seront indispensables au fonctionnement de l’économie US. La production de ces biens ne pourra être rapidement localisée aux USA dans les mêmes conditions. L’impact sera inflationniste.
A court, moyen terme, les importations vont repartir et le déficit reviendra. Si les produits ont été fabriqués ailleurs c’est que les conditions de fabrication y étaient meilleures. Et puis sur quelle main d’œuvre cette nouvelle production va-t-elle s’appuyer. Le taux de chômage est de 4.1% et l’expansion ne pourra pas compter sur une main d’œuvre étrangère bon marché puisque celle-ci est expulsée. L’impact sera inflationniste.
Les pays visés prendront des mesures de représailles. La Chine, l’Europe et d’autres réagiront. Des droits de douane ou des barrières de toute sorte vont être appliqués pesant sur les exportations américaines. Cela ne réduira pas le déficit extérieur US.
Les mesures prises sont un choc négatif sur l’économie globale et le commerce mondial. Tout le monde sera perdant. Mettre les prix 10, 20 ou 30% plus chers et pensez que cela engendrera des conditions meilleures est un leurre. L’américain du Wisconsin, de l’Ohio ou du Montana souffrira de cela car les prix élevés ou les pénuries rendront sa vie plus difficile. Le commerce mondial va être affecté et la Chine, l’Europe, l’Inde et les autres souffriront aussi.
Dans le monde d’avant, la production se localisait là où cela était le plus efficace et donc le meilleur pour le bien être collectif. Cette allocation sera désormais guidée par les tarifs douaniers et tant pis pour le bien être collectif.
Créer le chaos volontairement pour imposer de nouvelles règles ?
Donald TRUMP semble enfermé dans une réflexion qui ne nous est pas accessible. Personne ne comprend pourquoi ils prennent de telles décisions.
Il serait trop facile d’insulter leur intelligence. Il doit y avoir une stratégie que nous allons progressivement découvrir. Nous ne sommes qu’au tout début de quelque chose d’énorme. Il n’est pas possible d’adopter une telle stratégie sans avoir une vision supérieure. Nous allons la découvrir dans les prochains mois.
Je crois qu’il faut creuser du côté de Stephen Miran et cette stratégie violente qui vise à affaiblir le dollar et tordre le bras des épargnants en dollar comme je vous l’expliquais dans cet article « Donald TRUMP orchestre t’il la chute du dollar à base de révolution monétaire ?«
Le constat qu’il établit sur l’économie mondiale n’est pas d’une grande nouveauté. Il repose sur quelques grandes affirmations.
Les États-Unis bénéficient autant qu’ils souffrent de la position du dollar, monnaie de réserve mondiale.
Le taux de change du dollar étant assez largement autonome de la situation de leur compte courant, en raison d’une demande quasi-infinie pour le dollar comme moyen de paiement et instrument de réserve, ils ne bénéficient pas de mécanismes normaux de dépréciation en cas de déficit qui viendraient amener leur compte courant vers l’équilibre.
La désindustrialisation et le creusement de la dette extérieure en sont les conséquences.
Marque de la transformation du capitalisme politique américain, au-delà de l’impact économique de cette situation, Stephen Miran met en avant l’impact de la désindustrialisation sur la sécurité nationale, en ce qu’elle réduit les ressources financières à disposition des États-Unis, surtout car il soutient que la capacité physique à produire des biens est clef dans la puissance militaire. La production industrielle serait donc supérieure à l’activité des services dans la puissance d’un État.
Mais la véritable originalité de Stephen Miran réside dans son plan pour disrupter et « remettre en ordre » l’économie mondiale : augmenter les droits de douanes pour négocier un nouvel accord du Plaza et déprécier le dollar.
L’articulation proposée entre droits de douanes et réalignement des devises n’est pas aisée à comprendre.
Pour Miran, qui considère que l’administration Trump a pour objectif la renaissance industrielle de l’Amérique, les droits de douanes ont un grand avantage : ils ne sont pas inflationnistes. Selon lui, ils se traduisent en une dépréciation de la devise du pays visé… Cela voudrait aussi dire qu’ils n’ont pas, à terme, d’impact sur la compétitivité de l’industrie américaine. Leur utilité est ailleurs. Comme le rappelait dans ces pages Federico Fubini : ils pourraient servir de monnaie d’échange pour obtenir des partenaires des États-Unis, contre une suppression des droits de douanes, une appréciation de leurs monnaies.
Plusieurs contradictions émergent d’un tel raisonnement : si leurs monnaies s’apprécieraient après avoir été dépréciées à la suite aux droits de douanes, ne retournerions-nous pas à la case départ ? Si la dépréciation des devises étrangères doit sauvegarder le pouvoir d’achat des Américains dans le scénario des droits de douane, la dépréciation du dollar ne risque-t-elle pas au contraire de les appauvrir ?
Dans le monde de Stephen Miran, il semble qu’il soit possible d’avoir le beurre et l’argent du beurre — have your cake and eat it too, en bon américain — en mettant la pression sur les partenaires des États-Unis.
Ainsi, la combinaison des droits de douanes et de la dépréciation doit permettre de faire payer les droits de douanes aux entreprises et aux ménages étrangers — alors que les analyses économétriques convergent pour considérer que les droits de douanes sont plutôt payés par les consommateurs et les entreprises du pays qui les impose. Enfin, la mise en place de bons du trésor à cent ans doit permettre de faire peser une partie de la dette publique américaine sur les Banques centrales étrangères.
La logique impériale du tribut qui doit être versé pour bénéficier de la Pax Americana est transparente.
Sans discussion sérieuse des rééquilibrages nécessaires en interne des États-Unis pour rétablir l’équilibre des comptes courants — augmentation de l’épargne, réduction du déficit public — et plus ambitieux encore, pour revenir sur la désindustrialisation (réallocation sectorielle du capital et des travailleurs, dans une situation de quasi-plein emploi et alors que l’Administration Trump veut conduire une politique d’immigration très restrictive…), on est en droit de se demander si l’on est pas face à une nouvelle édition de ce que George W. H. Bush appelait les voodoo economics.
Toujours est-il que la doctrine Miran fixe un cap extrêmement clair qui sera l’objectif des prochains mois de la présidence Trump. Sa formule est explicite, simple et directe : transformer les accords du Plaza en « accords de Mar-a-Lago ».
Extrait : « La doctrine Miran : le plan de Trump pour disrupter la mondialisation«
Stephen Miran ambitionne une révolution de l’ordre monétaire mondial. Une telle révolution qui ne peut pas s’imposer en temps de paix. Il est nécessaire de créer le chaos pour rendre cette solution comme inévitable.
Je pense que nous y sommes :
- Étape 1 – Créer le chaos. Détruire la croissance et créer une crise historique.
- Étape 2 – Proposer une solution pour sortir de cette crise historique – Une révolution monétaire à base de dollar faible, de politique monétaire innovante (stablecoins, MNBC, …)
- Étape 3 – Reprendre une vie normale après avoir fait payer les dettes US et les déficits par le reste du monde.
En attendant, les perspectives économiques se dégradent à une vitesse incroyable. À ce rythme, nous nous dirigeons vers une récession aux États-Unis dès le second semestre 2025 et pour la croissance mondiale pour la fin 2025.
C’est dingue ! En attendant, attachez vos ceintures, ça va secouer.
PS : Je suis content d’avoir vendu mes actions la semaine dernière : « Vendez vos actions pour protéger votre patrimoine du chaos TRUMP !?«