C’est la débandade sur les marchés financiers. Le CAC40 enregistre une chute de – 13% depuis le 01 Janvier, soit une baisse qui atteint – 25% depuis le plus haut enregistré en Avril 2015.
Au delà des articles et analyses que je vous propose régulièrement (cf »Bourse, et si le moment était venu d’acheter au son du canon, vendre au son du clairon… » ; « Le CAC40 baisse de 20% depuis 6 mois. Que vous conseille votre gestionnaire de patrimoine ? » ou encore « CAC40 : -6.13% en 4 jours. Faut il craindre une nouvelle crise financière pour 2016 ?« , je vous propose de reprendre aujourd’hui quelques analyses de gérants et d’experts.
 

Des risques et des espoirs par Marc RENAUD, Président de Mandarine Gestion,

Fin décembre, l’exercice d’allocation d’actifs pour 2016 s’est avéré compliqué pour les investisseurs. Pour résumer la difficile équation, le monétaire et les obligations « dites » non risquées ont un rendement négatif et les actifs risqués ont une espérance de performance modeste, trop modeste par rapport à l’ampleur et la diversité des risques présents…
Fin décembre, l’exercice d’allocation d’actifs pour 2016 s’est avéré compliqué pour les investisseurs. Pour résumer la difficile équation, le monétaire et les obligations « dites » non risquées ont un rendement négatif et les actifs risqués ont une espérance de performance modeste, trop modeste par rapport à l’ampleur et la diversité des risques présents : ralentissement chinois et dévaluation du yuan qui s’accélèreraient, faillites en chaine sur les sociétés high yield aux Etats-Unis, risques politiques, de liquidité,…
Si on prend les actions de la zone euro, notre scénario central pour l’année « du singe » 2016 est celui d’une croissance qui s’installe et d’une prévision de progression des résultats des entreprises de l’ordre de 7% qui se réalise avec même un « risque » haussier : dans ces conditions nous pensons que les actions de la zone pourraient, à l’instar de 2015, enregistrer une performance équivalente à celle de la progression de leurs bénéfices.

Dans ce contexte, nous avons démarré l’année avec une vue prudente, l’espoir de performance nous paraissant insuffisant compte tenu des risques évoqués.

La forte et rapide baisse de début d’année s’est faite dans un climat de plus en plus « noir » (black is back) qui de plus s’auto-entretient par les mécanismes de couvertures et de contagions entre les classes d’actifs : le crédit haut rendement en zone euro entrainé par son homologue américain malgré les différences de positionnement dans le cycle et de composition sectorielle, les couvertures actions via des CDS qui entrainent les spreads à la hausse, ce qui inquiètent les investisseurs qui allègent les actions,… Ces mécanismes sont habituels mais exacerbés par le manque de liquidité.
Nous n’avons pas à ce stade de données et une situation qui invalideraient notre scénario : si les yeux par « habitude » et par « historique » restent braqués sur les indicateurs manufacturiers, les services, dont le poids devient de plus en plus important dans le PIB mondial, se portent bien et tirent l’activité globale. Les PMI composites sont de ce fait relativement stables et en zone d’expansion dans les pays développés et marquent un redressement au T4 dans les pays émergents (cf graphe).
 
Bien que les perspectives de la zone euro soient parmi les plus favorables, les indices actions ont comme d’habitude été entrainés sans discrimination dans la tourmente : les espérances de performance après cette baisse se situent désormais autour de 15%/18% et nous apparaissent suffisamment attractives par rapport aux risques qui demeurent et que nous continuerons de monitorer.
 


Les marchés financiers tentés par « la fascination du pire » par Stéphanie Villers, Chef économiste du groupe, Humanis.

Les marchés financiers perdent leurs repères. Ils oublient les fondamentaux et craignent le pire depuis le premier relèvement des taux d’intérêt directeurs de la Banque centrale américaine en décembre dernier. Que va décider la Fed ? Plus elle repousse la nécessaire normalisation monétaire, plus elle s’empêche de disposer de marges de manœuvre au moment où le cycle se retournera… 
L’année 2016 commence mal : la nervosité règne sur les indices boursiers. Les Etats-Unis ont pourtant été les seuls à stopper leur assouplissement monétaire. Ils ont en effet décidé d’arrêter leur politique ultra-accommodante fin 2014. A contrario, la Banque Centrale européenne a rapidement pris le relais en injectant chaque mois 60 milliards d’euros dans la sphère financière. Les Japonais et les Britanniques continuent de même sur leur lancée et octroient massivement des capitaux sur leurs marchés locaux. Mais, rien n’y fait, la dose semble ne plus être assez forte. Sous perfusion depuis 2008, les marchés financiers en réclament toujours davantage. Ils se déconnectent de la sphère réelle et anticipent des lendemains qui pleurent.

Les choses ne vont pourtant pas si mal sur le front macro-économique. Les Etats-Unis semblent filer bon train. La zone euro, de son côté, se réveille doucement. Restent les pays émergents, en particulier les producteurs de pétrole qui se prennent de plein fouet la chute du prix du pétrole.
 

La Federal Reserve et la fin « des paradis artificiels »

La Banque centrale américaine qui s’était montrée jusqu’alors plutôt confiante en l’économie américaine, porte désormais ses craintes sur les turbulences internationales. Elle se retrouve en ce début d’année contrainte par une croissance mondiale dégradée. Le FMI a revu récemment ses prévisions de croissance mondiale en baisse à 3,4% compte tenu des désordres économiques qui se propagent dans les zones émergentes. Pourtant, l’économie américaine semble encore robuste. En 2015, elle a su faire face sans encombre à la salve de facteurs déstabilisants avec le ralentissement chinois, la baisse du prix du pétrole et l’appréciation du dollar.
Ces freins persistent encore aujourd’hui. Alors, la banque centrale américaine qui avait lancé fin 2015 une première hausse de ses taux directeurs, se retrouve coincée dans son processus de normalisation monétaire. Face à la montée des risques, la Fed perd ses repères et est tentée de repousser une nouvelle fois son plan de resserrement monétaire dans un environnement boursier chahuté.
 

Les Cassandres prennent le dessus

Dans ce contexte, les cassandres prennent le dessus. Nombreux sont ceux qui attisent les craintes et misent sur le scénario du pire. L’économie chinoise pourrait se retourner brutalement et sombrer en récession. De même, la guerre des prix menée par l’Arabie Saoudite pour asphyxier le secteur pétrolier américain pourrait porter ses fruits. Il est vrai qu’au dernier trimestre 2015, la chute des prix du pétrole a durement frappé les entreprises d’extraction de pétrole de schiste faisant chuter leurs investissements dans les infrastructures industrielles de près de 39%.

Mais, ce sont surtout les pays producteurs émergents qui pourraient être durablement mis à mal et entraîner un risque de récession sur l’ensemble de la zone émergente, qui représente 70% de la croissance mondiale.

En outre, l’appréciation du dollar a pesé sur le commerce extérieur, les exportations américaines ont reculé de 2,5% et le solde commercial a retiré 0,47 point de croissance sur le dernier trimestre 2015.
 

Que va décider la FED en 2016 ?

Plus la Federal Reserve repousse la nécessaire normalisation monétaire, plus elle s’empêche de disposer de marges de manœuvre au moment où le cycle se retournera. La croissance est au rendez-vous aux Etats-Unis depuis 2009. L’année prochaine, le risque d’essoufflement de l’économie sera plus prégnant. Au moment du retournement de cycle, la banque centrale américaine devra alors soutenir l’économie en abaissant le loyer de l’argent pour stimuler l’activité. Mais, il ne lui reste que 2016 pour procéder à ses hausses de taux d’intérêt.

Aujourd’hui, elle est prise en étau entre une conjoncture mondiale dégradée, des marchés financiers qui achètent le scénario du pire et une économie américaine qui continue de créer des emplois et qui devrait encore cette année enregistrer 2,5% de croissance.

En effet, le secteur des services qui représente plus de 80% du PIB va pouvoir compenser les déséquilibres du secteur industriel. La révolution technologique enclenchée offre un potentiel de développement et de débouchés encore inexploités.
 

Excès de frilosité des marchés

On connaît l’impact de la conjoncture macro-économique sur les marchés boursiers, mais n’oublions pas la relation inverse. Si les marchés financiers continuent de décrocher, le moral des ménages et des entreprises pourrait être durablement impacté avec un effet de richesse négatif sur leur patrimoine.
Ainsi alors que l’inflation américaine hors prix de l’énergie connaît une accélération à 2,1% en décembre et que le taux de chômage continue de s’approcher du plein emploi, la Federal Reserve va sûrement préférer dans un premier temps apaiser les marchés financiers en reportant sa prochaine hausse de taux directeurs. Mais, dans ce calcul qui vise à répondre à une frilosité excessive des marchés financiers, elle se tire une balle dans le pied et s’empêche de disposer de marges de manœuvre pour 2017 au moment où la situation économique décélérera.

Reste une lueur d’espoir à court terme avec une nouvelle action attendue de la Banque Centrale Européenne pour soutenir les marchés boursiers. Si cette dernière élargit massivement son programme d’assouplissement alors peut-être les bourses reprendront le chemin de la sérénité. Mais, ce ne sera que « reculer pour mieux sauter ».

Les marchés ne savent plus vivre sans ces perfusions artificielles. Pour l’instant, aucun antidote n’a été trouvé pour empêcher un risque d’éclatement du système financier lorsque les banques centrales arrêteront de soutenir artificiellement les marchés financiers.
 


Pas de raison de paniquer, par Frédéric Rollin, Conseiller en stratégie d’investissement chez Pictet AM

Nous maintenons notre surpondération des actions mondiales. Les craintes de récession aux Etats-Unis nous semblent en effet exagérées et l’économie chinoise, dont le ralentissement marqué est en grande partie responsable de la baisse des marchés, commence à se stabiliser progressivement, notamment dans le bâtiment et l’automobile. Enfin, les actions apparaissent notablement moins chères que les obligations: le rendement du dividende des actions est pour la première fois deux fois plus élevé que celui des obligations d’Etat.
Sur le marché des changes, nous maintenons notre position acheteuse sur l’euro par rapport au dollar US car il paraît peu probable que la Fed relève rapidement ses taux. De plus, le billet vert est largement surévalué en termes de parité de pouvoir d’achat et les enquêtes montrent qu’il est surpondéré par une majorité d’investisseurs,
Au sein du monde développé, l’Europe et le Japon restent nos marchés actions privilégiés. Les politiques monétaires ultra-accommodantes, la baisse des prix de l’énergie et la sous-évaluation de leurs devises respectives devraient en effet stimuler la croissance économique.
Sur le plan sectoriel, nous avons réduit notre exposition aux valeurs financières européennes, car les mesures prises pour faire face au problème de solvabilité des banques régionales italiennes nous semblent insuffisantes. Parallèlement, nous continuons de privilégier le secteur des biens de consommation discrétionnaire, car bien que les valorisations ne soient pas particulièrement bon marché, la hausse des salaires et le faible taux d’inflation devraient se traduire par une augmentation du revenu disponible et des dépenses de consommation, bénéficiant ainsi aux entreprises du secteur.
Nous adoptons une attitude plus constructive à l’égard des actions américaines et réduisons notre sous-pondération de ce marché. La hausse du dollar, cause majeure du ralentissement bénéficiaire américain, arrive selon nous à son terme. De plus, la confiance à l’égard du marché a atteint un point historiquement bas et limite la probabilité d’un nouveau repli.
Nous maintenons notre surpondération des actions émergentes, ce marché présentant une décote historique par rapport aux actions développées. A ce niveau de valorisation, l’amélioration des prévisions bénéficiaires et des indicateurs macroéconomiques dans les pays émergents que nous avons constatée devrait favoriser le retour des investisseurs. La perspective d’une politique monétaire plus accommodante en Chine et d’une Réserve fédérale plus souple devrait également soulager les marchés.
Au niveau des obligations, nous maintenons notre sous-pondération de la dette des Etats développées, qui a bénéficié de l’aversion au risque et a ainsi atteint des niveaux d’extrême surévaluation.
Le niveau de stress subi par le marché américain à haut rendement place la probabilité d’une contraction à un niveau proche de 80%. Nous estimons ce risque à un niveau de 20% et maintenons notre surpondération sur cette classe d’actifs. En outre, les obligations à haut rendement offrent une excellente protection contre toute accélération inattendue du rythme de hausse des taux d’intérêt américains.
Nous surpondérons les obligations émergentes libellées en monnaies locales. Ce marché offre un rendement supérieur à 7%. Les devises émergentes sont largement sous-évaluées : selon notre modèle, elles se négocient à trois écarts types en deçà de leur juste valeur. Le pessimisme des investisseurs est extrême. Comme pour les actions émergentes, une stabilisation des économies et des grandes banques centrales plus accommodantes, dont nous voyons les premiers signes, devraient permettre au marché de bien se comporter.
 
 


C’est fou… , par Didier Le Menestrel, avec la complicité de Marc Craquelin La financière de l’échiquier

Il n’y a pas si longtemps, lorsque le pétrole s’échangeait à 140 dollars le baril, un litre de pétrole valait le prix d’une bouteille de Perrier. L’effondrement du prix du baril à moins de 30 dollars, couplé à la stabilité du prix de l’eau gazeuse, conduisent aujourd’hui à une situation inattendue : le pétrole vaut désormais 5 fois moins cher que l’eau gazeuse.

Cet amusant constat relayé par une grande maison d’intermédiation(1) ne saurait perturber les arbitragistes, puisque le litre de Perrier n’est pas coté en bourse. Plus perturbante en revanche – non seulement pour les arbitragistes mais pour la communauté financière dans son ensemble – est la corrélation récente entre prix des actions et prix du brut. Que la baisse des contrats pétrole à terme s’accélère comme le 20 janvier dernier, et le Dow Jones abandonne plus de 4% ; que le pétrole remonte dans la soirée et les actions se redressent aussitôt. Cette séance, exceptionnelle dans son ampleur, illustre bienun phénomène nouveau : depuis le début de l’année, le cours du pétrole est devenu la variable explicative du cours des actions.

Sur le long terme pourtant, la corrélation cours du brut vs cours des actions est très faible. Pourquoi alors ce lien inédit et surtout pourquoi la baisse du pétrole, initialement perçue comme un facteur de soutien à la consommation et donc à la croissance, est-elle désormais lue comme un facteur négatif pour nos marchés d’actions ?

On comprend bien que la violence de la baisse du brut ait des conséquences très négatives pour l’industrie pétrolière et les pays producteurs. CLSA, dans une étude récente, évoquait une baisse de revenus annuels de 2400 milliards de dollars pour les producteurs de pétrole et de 400 milliards pour les producteurs de charbon… Le secteur américain de l’énergie souffre : 73% de ses entreprises ont désormais une notation de junk bonds. L’aventure du schiste, porteuse de tant d’espoir, devient une retraite douloureuse : 60% de capacités ont fermé en un an. Pour rester dans les chiffres vertigineux, la capitalisation de l’ensemble des 10 premiers grands groupes mondiaux du secteur pétrole et gaz a abandonné 750 milliards par rapport aux cours de fin 2014.

Mais le malheur des producteurs fait le bonheur des importateurs. Pour la Chine, qui consomme 7,5 millions de barils par jour, une baisse de 10% du prix du baril équivaut à 0,3% de croissance supplémentaire(2). Il en va de même pour l’Inde (0,5%) ou l’Indonésie (0,3%). Au final, même les plus pessimistes des économistes reconnaissent que l’impact net d’un pétrole bon marché est globalement positif pour la croissance de l’économie mondiale, les gagnants d’un tel environnement étant plus nombreux que les perdants.

Que voient alors les marchés que les économistes auraient manqué ? En réalité, ils ne voient pas ; ils se souviennent avec inquiétude qu’en 2008, un secteur à lui seul (celui de l’immobilier) avait suffi à casser le bilan des grandes banques puis le rythme de la croissance mondiale. La dette du secteur pétrolier et les défauts à venir leur rappellent la situation précédant la crise des subprimes. La récession serait au coin du derrick abandonné.

En faisant cette lecture, les marchés commettent deux erreursLa première est une erreur d’échelle : les investissements immobiliers représentaient en 2007 6,5% du PIB américain, alors que ceux du secteur pétrolier aujourd’hui pèsent 0,5% ; de même, la dette liée à l’immobilier représentait 70% du PIB en 2007 contre seulement 3% pour celle du secteur pétrolier aujourd’hui. La deuxième est une erreur de périmètre. Si la crise des subprimes fut si dévastatrice, c’est aussi parce que les mauvaises dettes s’étaient retrouvées dans presque toutes les mains via des produits structurés. Rien d’équivalent dans le cas du pétrole, le risque de contagion est ici infiniment plus faible.

Les marchés ont de vraies raisons d’être nerveux (voir notre point stratégie) mais si leur rythme de baisse se cale sur celui du pétrole, si le cours du Brent devient leur étoile du Berger, nous aurons des occasions à mettre à profit en nous souvenant que, comme le Perrier, les marchés sont parfois fous.

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