Le Japon, c’est la crainte ultime des économies européenne, l’enfer qui leur est régulièrement promis.
Une situation de déflation plus ou moins larvée, une croissance molle, un endettement public excessif, et une population vieillissante qui entretient ce marasme. Force est de constater que le diagnostic posé en 2014 par le cabinet Xerfi semble plus que jamais d’actualité.

 
Alors, faut-il vraiment avoir peur de connaître une situation « à la Japonaise » ?
 

La mauvaise réputation du Japon est-elle justifiée ?

Alors que le Japon s’est imposé comme une puissance de premier rang au cours des années 1980, il a connu une violente crise à la fin de cette décennie dont il peine depuis à se remettre. Le Japon fait face à une déflation « rampante » qui grippe son économie et dont il ne parvient pas à sortir.
La crise qu’a connue le Japon a été déclenchée par deux phénomènes

  • La forte appréciation du Yen a entraîné des faillites et l’augmentation des créances douteuses des entreprises. Les banques se sont donc retrouvées à devoir supporter un risque de défaut important.
  • Les spéculations immobilière et financière ont entraîné des bulles d’actifs financées à crédit, c’est-à-dire que les ménages et les entreprises se sont surendettés pour accéder à ces actifs mobiliers et immobiliers. L’indice Nikkei de la bourse de Tokyo témoigne de cette spéculation financière.


 
La situation du Japon est d’autant plus inquiétante que le pays n’est pas parvenu à s’extirper de la déflation rampante malgré une politique monétaire ultra-accommodante et de nombreuses stimulations budgétaires.

Source : Ocde (https://data.oecd.org/chart/5wsd)
 
Par ailleurs, le Japon doit faire face à des défis structurels qui risquent de peser sur sa croissance :

  • Le déclin démographique : Le taux de natalité japonais est l’un des plus bas du monde et la baisse de la population devrait s’amplifier progressivement pour ramener la population totale de 127 Millions d’individus actuellement à 90 Millions en 2060 et 60 Millions en 2100.
  • Une productivité du travail faible : la faible mobilité des salariés, un système de rémunération fondé sur l’ancienneté, un manque de concurrence pour les entreprises, expliquent que la productivité du travail soit faible. Or, sans productivité, pas de croissance par tête possible.

 
Cependant, si le Japon peine à retrouver une inflation positive et a effectivement connu une « décennie perdue » au cours des années 1990, sa situation est bien moins catastrophique qu’il n’y paraît à première vue.

  • Le Japon reste une puissance économique et financière de premier plan : Le Japon est la troisième économie du monde derrière les Etats-Unis et la Chine. Il affiche également le deuxième excédent courant au monde (ce qui lui permet de compenser une demande interne qui reste atone).

 

  • Le Japon est une puissance technologique : Le Japon est le premier fournisseur et exportateur au monde de robots industriels et le premier détenteur au monde de brevets.

De plus, le taux de chômage reste faible (de l’ordre de 2 %). Mais la vraie preuve que le Japon va mieux est constituée par la croissance du PIB par habitant. Si le PIB  a progressé moins vite au Japon qu’en France depuis 20 ans, le PIB par habitant y a progressé plus vite.

 
Taux de chômage faible, croissance par tête supérieure à celle de la France, troisième puissance économique mondiale, second exportateur. Mais alors, pourquoi le Japon fait-il si peur ?
 

De quoi le Japon est-il le nom ?

Si la situation du Japon inquiète, c’est parce que son rétablissement économique s’est effectué au prix d’un endettement toujours plus important. Même si la dette est détenue par les résidents et par la Banque du Japon, l’absence d’inflation empêche toute diminution du ratio dette sur PIB. Or il est peu probable que ce ratio pousse augmenter indéfiniment. Par ailleurs, le bilan de la Banque du Japon ne pourra gonfler éternellement sous l’effet d’une détention de dette toujours plus importante. A terme, c’est la confiance dans la monnaie qui pourrait être ébranlée.
 
Si la situation du Japon inquiète les économies occidentales avancées et vieillissante, c’est aussi parce que cette incapacité à retrouver de l’inflation révèle une incapacité à mettre l’économie en surchauffe. Pourquoi ? Parce que la démographie défavorable pèse sur le dynamisme de l’économie. Et alors ? Alors le risque, c’est la stagnation séculaire. Et la stagnation séculaire, c’est LA crainte des économies occidentales. C’est la remise en cause d’un modèle fondé exclusivement sur la croissance.
 

Qu’est-ce que la stagnation séculaire ?

La stagnation séculaire (secular stagnation) a été évoquée pour la première fois en 1938 par Alvin Hansen. Elle a été reprise par Larry Summers en 2013, lors d’un discours devant le Fonds Monétaire International en novembre 2013. Plusieurs économistes se sont ensuite emparés de l’expression. Schématiquement, la stagnation séculaire peut correspondre à une baisse durable de la croissance potentielle (problème d’offre), ou à une divergence durable de la croissance à son potentiel (problème de demande). Dans les deux cas, la croissance est faible et le chômage élevé.
La stagnation séculaire, c’est la fin du mythe de la croissance. C’est ce qu’il vaudrait mieux éviter. Pourquoi ? Parce que la croissance (par tête), c’est ce qui permet de donner plus à tous. Sans croissance, le gâteau ne grossit plus. Il faut partager. Les richesses, les revenus, le temps de travail… il faudra partager. Y sommes-nous prêts ? Sommes-nous prêts à la sobriété ?
 
La stagnation séculaire : la prospérité, c’est fini ?

Une stagnation séculaire est-elle vraiment à craindre en zone euro ?

La zone Euro présente plusieurs (mauvaises) similitudes avec le Japon :

  • Une démographie chancelante, plus particulièrement en Allemagne
  • Un endettement public qui s’accroît (France et Italie notamment)
  • Une politique monétaire ultra-accommodante dont on ne voit pas bien comment sortir, avec un risque de perte de confiance dans la monnaie. Or s’il paraît difficile d’envisager une fin du Yen, une fin de l’euro est possible.

En conséquence, la zone Euro est un candidat crédible à une stagnation séculaire. Il n’est qu’à voir les trésors d’imagination déployés pour stimuler la demande pour s’en convaincre, qu’il s’agisse de l’helicopter money (distribution généralisée d’argent à tous), de la suppression du cash (pour pouvoir appliquer des taux négatif aux particuliers et aux entreprises pour favoriser la consommation) ou de la monnaie fondante (monnaie qui se déprécie avec le temps).
Pas réjouissant ? Et si la fin de notre modèle de croissance n’était finalement pas une si mauvaise chose ?
« Lorsque l’homme aura coupé le dernier arbre, pollué la dernière goutte d’eau, tué le dernier animal et pêché le dernier poisson, alors il se rendra compte que l’argent n’est pas comestible. » (proverbe indien)

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