La semaine dernière, nous avons initié une série d’articles dédiés à l’investissement en actions pour les nuls, c’est à dire pour nous tous qui ne sommes pas des analystes financiers, qui avons autre chose à faire que de passer nos journée sur internet à scruter l’évolution irrationnelle des cours de bourse et dont plus grande qualité est notre bon sens de l’homme de la rue.
Nous avons commencé notre série par cet article « Bourse : Est il possible d’investir et de s’enrichir sans rien connaître en finance ? De la théorie à la pratique » consacré à la sélection des actions dans lesquelles investir. Il s’agit de manière simple d’essayer de vous donner une méthode pour sélectionner les entreprises dans lesquelles vous avez envie d’investir.
Cette méthode est construite autour de votre bon sens, de votre capacité à comprendre le monde dans lequel nous vivons et surtout de l’idée qu’il faut que tout change pour que rien ne change.
Toute notre stratégie d’investissement en action repose sur votre capacité à vous muter en investisseur et à lutter contre votre tendance naturelle à la spéculation.
Investir en action, ce n’est pas spéculer sur l’évolution hasardeuse des cours de bourse dans les 3 prochains mois, c’est devenir actionnaire d’une entreprise pour une longue période (10 ans, 15 ans) et faire confiance au modèle économique de l’entreprise et à la compétence de ses salariés pour créer de la valeur.
Comme nous vous l’expliquions dans cet article « Êtes vous un investisseur intelligent ? Ne pas confondre « Investir » et « spéculer en bourse » », l’investisseur intelligent sera celui qui saura utiliser les excès du marché pour investir à long terme dans le capital d’entreprises.
La valeur d’une entreprise n’est pas déterminée par son cours de bourse mais par son modèle économique, par la qualité de ses dirigeants, par le talent et les compétences de ses salariés, son savoir-faire, sa capacité d’adaptation et au final par sa capacité à générer toujours plus de bénéfice à long terme.
Le spéculateur est obsédé par le cours de bourse dans 3 mois ; L’investisseur est obsédé par la capacité de l’entreprise à générer toujours plus de bénéfice dans 10 ans ;
La valeur de long terme d’une entreprise ne dépend pas de l’émotion à court terme des financiers et autres spéculateurs. L’investisseur de long terme doit dont réussir à profiter des excès du marché, de ses émotions excessivement négatives, pour acheter à bon prix des actions, c’est à dire des part d’entreprises dont la valeur de long terme est manifestement supérieure au prix proposé par les vendeurs en quête de liquidité sur le marché.
L’investisseur de long terme en action ne doit se poser qu’UNE seule question alors que les cours de bourse viennent de chuter de 30% en un mois et demi : Est ce que l’entreprise X sera capable de générer toujours plus de bénéfices après le règlement de la crise ? Est ce qu’elle sera capable de faire évoluer son modèle économique ? Son marché sera t’il toujours porteur dans 20 ans ?
Ainsi, chacun devra sélectionner les entreprises dans lesquelles investir selon SES propres critères. Pour construire notre portefeuille, j’ai listé les 40 entreprises du CAC40 et j’ai retiré :
– Les entreprises dont je ne comprends pas le modèle économique ou la capacité à créer de la valeur dans le cycle de production (comme nombre de société de conseil ou d’ingénieur type ATOS ou cap Gemini ou encore vivendi) ;
– Les entreprises dont le modèle économique repose sur un secteur que je crois contesté dans les prochaines années telles que les entreprises de l’automobile ou le pétrole mais aussi l’aviation et la consommation de masse ;
– Les entreprises du luxe car trop exposées à la croissance Chinoise que je crois contestable dans les prochaines années ;
– Toutes les entreprises liées au secteur bancaire et assurance. J’aime pas le modèle économique qui consiste à utiliser la spéculation sur les marchés pour générer des bénéfices ;
ATTENTION : Il ne s’agit en aucun cas d’un conseil en investissement financier. Je n’ai pas cette compétence. Il s’agit juste d’un exercice de pédagogie pour vous permettre d’apprendre à investir en action.
Au final, il reste les 17 entreprises suivantes :
| Investissement initial le 30/03/2020 | Valorisation 09/04/2020 | ||||
| Libellé | Qté. | Prix revient | Cours actuel | Capital € | Perf. % |
| AIR LIQUIDE | 45 | 112.600 | 118.150 | 5 316.750 | +4.929% |
| BOUYGUES | 182 | 27.530 | 29.040 | 5 285.280 | +5.485% |
| DANONE | 88 | 57.120 | 57.000 | 5 016.000 | -0.210% |
| DASSAULT SYSTEMES | 38 | 132.900 | 128.200 | 4 871.600 | -3.536% |
| ENGIE | 530 | 9.450 | 9.422 | 4 993.660 | -0.296% |
| ESSILORLUXOTTICA | 51 | 99.420 | 106.000 | 5 406.000 | +6.618% |
| L’OREAL | 20 | 246.300 | 242.400 | 4 848.000 | -1.583% |
| LEGRAND | 87 | 57.580 | 59.140 | 5 145.180 | +2.709% |
| ORANGE | 446 | 11.210 | 11.465 | 5 113.390 | +2.275% |
| SAINT-GOBAIN | 233 | 21.450 | 24.810 | 5 780.730 | +15.664% |
| SANOFI | 62.1 | 80.510 | 82.000 | 5 092.200 | +1.851% |
| SCHNEIDER EL | 63 | 79.220 | 82.220 | 5 179.860 | +3.787% |
| SODEXO | 85 | 59.480 | 63.420 | 5 390.700 | +6.624% |
| STMICROELECTR | 260 | 19.400 | 21.170 | 5 504.200 | +9.124% |
| TOTAL | 148 | 33.570 | 33.880 | 5 014.240 | +0.923% |
| VEOLIA ENVIRONNEM | 253 | 19.730 | 18.665 | 4 722.245 | -5.398% |
| VINCI | 69 | 73.000 | 74.160 | 5 117.040 | +1.589% |
Maintenant, la question importante est de définir le bon moment pour acheter ses actions !
Sélectionner les entreprises dans lesquelles investir est une étape fondamentale, mais choisir le bon moment pour y investir est presque plus important : Acheter trop cher une très belle entreprise ne sera pas nécessairement plus rentable qu’acheter au bon prix une entreprise de piètre qualité.
Il est donc essentiel d’essayer d’investir au bon moment, ou du moins d’éviter d’investir au moins mauvais moment et ce sera déjà pas mal. Pour cela, je crois qu’il faut accepter ces trois règles :
– Admettre que l’on n’en sait rien et surtout que lorsque l’on croit savoir, on peut se tromper ;
– Après la hausse vient inévitablement la baisse ; Après la baisse vient inévitablement la hausse .. mais impossible de savoir quand.
– Si j’attends le bon moment pour investir, je n’investirai jamais car on sait que c’était le bon moment qu’à postériori ; Sur le coup, on n’en sait rien, mais on l’espère.
Le cumul de ces trois règles plaident pour une stratégie d’investissement simple et prudente que l’on pourrait que l’on pourrait construire en 4 étapes :
– 1 – Définir le montant du capital que vous souhaitez investir en action pour une durée minimale de 15 ans ;
– 2 – Lancer un programme d’investissement progressif de ce capital sur une durée X. La durée du cycle d’investissement progressif devra être fonction de votre analyse du niveau général des prix des actions :
-
- Plus le niveau de la bourse sera élevé (= plus la hausse récente sera importante), plus vous devrez allonger la durée de votre programme d’investissement progressif ;
- Au contraire, plus le niveau de la bourse sera faible (= plus la baisse récente sera importante), plus vous devrez réduire la durée de votre programme d’investissement progressif.
– 3 – Ajuster votre programme d’investissement progressif à l’évolution générale de la bourse afin d’augmenter vos investissements après une baisse des prix et au contraire, réduire vos investissements au fur et à mesure de la hausse des cours.
– 4 – [Étape facultative] Profiter des excès à la hausse des cours de bourse pour réduire votre exposition aux actions et vous constituer un capital que vous pourrez à nouveau investir lors du prochain crash. Le véritable investisseur de long terme pourrait ne pas mettre en œuvre cette stratégie ou alors de manière excessivement limitée en ne réinvestissant pas immédiatement les dividendes par exemple.
Prenons un exemple pour comprendre comment investir au bon moment !
En octobre 2019, le CAC40 est manifestement à un niveau élevé au regard du passé récent. Néanmoins, à l’époque bien malin était celui qui pouvait annoncer une chute de 40% quelques semaines plus tard. A postériori, c’est toujours plus facile d’annoncer l’avenir.
Celui qui souhaitait investir en action devait donc agir et se lancer dans un programme d’investissement très progressif.
Il s’agit d’appliquer la règle N°3 : « Si j’attends le bon moment pour investir, je n’investirai jamais car on sait que c’était le bon moment qu’à postériori ; Sur le coup, on n’en sait rien, mais on l’espère. » mais aussi la règle N°2 : « Après la hausse vient inévitablement la baisse ; Après la baisse vient inévitablement la hausse… mais impossible de savoir quand »
Il faut investir à tout prix, mais ajuster le niveau d’investissement au cycle. A l’époque, en octobre 2019, il pouvait être sensé de se lancer dans un programme d’investissement progressif de 4 ou même 5 ans, réparti mensuellement.
En Mars 2020, alors que les marchés baissent et que la crise s’annoncent sévère au gré des jours qui passent, deux possibilités s’offrent à vous :
– Soit vous investissez ponctuellement, une partie du capital que vous n’aviez pas encore investi au fur et à mesure de la baisse. A titre personnel, c’est ce que j’ai fais. J’ai donc « dépensé » un partie de mon capital non encore investi lorsque la bourse a chuté de 10%, puis 20%, puis 30%, puis 40%, mais je n’ai pas changé le montant mensuel du programme d’investissement progressif ;
– Soit vous vous contentez d’augmenter le montant du versement progressif au gré de la baisse des cours de bourse et réduisez ainsi la durée initiale du programme d’investissement progressif.
La première option est plus agressive, mais aussi plus risquée. La seconde option, est plus lente, elle ne permet pas d’investir au plus bas… mais limite le risque d’investir alors que les cours ne sont pas encore totalement au plus bas.
Il s’agit d’appliquer la règle N°1 : « Admettre que l’on n’en sait rien et surtout que lorsque l’on croit savoir, on peut se tromper ».
A suivre …