Comme vous le savez, j’ai vendu une part très importante de mon portefeuille actions en milieu de semaine dernière. Jeudi 27 mars, 9h15 pour être très précis.

Je suis content d’avoir vendu. En temps normal, la volatilité ne me dérange pas. C’est mon métier, d’expliquer et de comprendre le caractère aléatoire des cours de bourse à court terme.

La théorie explique qu’il faut rester investi et ne pas essayer d’anticiper les mouvements de marché. La théorie explique qu’à très long terme de 20 ou 25 ans, la gestion passive indicielle est la meilleure stratégie et que la gestion active est une erreur.

C’est vrai. Je le sais.

Mais, je me rends compte que je ne suis pas disposé à accepter une telle durée d’investissement pour des montants aussi importants. Je ne suis pas disposé à accepter des moins-values sur les 10 prochaines années comme je l’ai déjà vécu entre 2000 et 2016 !

Je sais que dans 25 ou 30 ans, je pourrais me dire qu’il aurait été plus intelligent de conserver ce portefeuille. Oui, les cours auront peut être beaucoup baissé à court et moyen terme, mais ils auraient fini par se rattraper pour afficher les ratios de performance très satisfaisants.

Je l’ai vécu une fois, je sais le niveau de stress induit par de mauvaises performances pendant de longues années. Je ne veux pas le vivre une seconde fois.

Je ne suis pas disposé à accepter des moins-values sur les 10 prochaines années comme je l’ai déjà vécu entre 2000 et 2016 !

Depuis 20 ans, je sais gérer le stress de la volatilité. Pourtant, j’ai vendu mes actions, car j’ai perdu cette sérénité. À mon sens, plus qu’une volatilité conjoncturelle classique, nous sommes face à une volatilité structurelle.

L’arrivée de TRUMP au pouvoir de la première puissance mondiale est en train de remettre en cause toute la narration sur laquelle s’est construite notre prospérité depuis les 20 dernières années.

À mon humble avis, nous ne sommes pas dans une simple volatilité de marché, nous sommes dans la modification de la thèse d’investissement en actions.

Si les cours de bourse sont imprévisibles à court terme, ils suivent toujours une donnée fondamentale : La capacité des entreprises à générer des bénéfices, c’est-à-dire à capter la croissance mondiale. Une croissance mondiale qui s’inscrit dans une certaine dynamique entre géopolitique, mondialisation, ordre monétaire…

Aujourd’hui, Donald TRUMP exprime la volonté de remettre en cause l’organisation du commerce mondiale, la position du dollar comme monnaie de réserve internationale et même l’équilibre géopolitique du monde.

Nous ne sommes pas face à un simple mouvement de marché, nous sommes en face d’un véritable schisme économique. C’est toute la théorie économique qui est challengée par la politique nouvelle des États-Unis. Le changement de narration est considérable.

Pour le moment, ce ne sont (presque) que des mots. Mais deux options s’offrent à nous :

  • Soit, cela reste des mots et rien que des mots. Donald TRUMP est un beau parleur, il menace, mais n’exécute pas. Il serait alors ridiculisé sur la place publique.
  • Soit, il exécute. C’est alors la croissance mondiale qui est sévèrement affectée pour de nombreuses années. L’endettement public et la fragilité du système va ainsi s’imposer à nous et nombreux seront ceux qui découvriront la fragilité des valorisations et de leurs certitudes. Je crois personnellement qu’il est allé trop loin dans sa rhétorique pour reculer. Acculé, il pourrait bien préférer s’enfoncer dans sa post vérité destructrice pour réussir à démontrer qu’il avait raison, quelles qu’en soient les conséquences. Il a commencé à l’exprimer : Son projet politique est tellement grand, qu’il faudra peut être accepter une récession économique à court terme.

Bref, nous ne sommes plus dans une volatilité classique de marché, nous sommes face à un bouleversement économique.

Je ne suis pas capable d’assumer ce stress lié à un tel niveau d’inconnu pour la moitié de mon patrimoine.

Avant la cession, les actions représentaient la moitié de mon patrimoine net. Je ne suis pas capable de prendre un tel niveau de stress pour des sommes aussi importantes.

J’étais capable de l’assumer dès lors que je comprenais et maitrisais le cadre global de la narration des marchés.

Aujourd’hui, ce cadre global disparaît. Il faut construire une nouvelle narration. L’inconnue est énorme. Les cours de bourse encore au plus haut. La volatilité pourrait bien être monstrueuse. Je ne suis pas capable de l’assumer sereinement.

J’ai donc vendu mes actions. Je ne compte pas les réinvestir rapidement.

Je crois que nous ne sommes qu’au début de quelque chose, même si en réalité, je n’en sais rien. En revanche, une certitude, je n’aime pas ce que je lis tous les jours dans les journaux.

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