Après un début de mois particulièrement difficile pour les marchés actions, nous assistons depuis une semaine à une stabilisation des principaux indices, dans une assez forte volatilité. Est-ce le signal d’un prochain rebond, les marchés valideraient alors l’atteinte de points bas sur ce mois ?

La situation reste, de notre point de vue, toujours assez paradoxale car nous constatons depuis une quinzaine de jours que la situation économique se dégrade assez fortement au travers de la plupart des indicateurs, tant aux Etats-Unis qu’en Europe. Pourtant, les indices boursiers, prompts à sanctionner à la baisse sur des rumeurs en début de mois, ne réagissent plus aux publications de la même façon : piège ou nouvelle réalité ?
L’expérience (et la théorie financière) nous apprennent que le marché reflète à tout instant la situation économique mais en l’anticipant.

Pour l’investisseur, cela pose la question du « timing d’investissement » : si tant est que ce dernier ait donc le bon scénario économique à venir (l’histoire a souvent montré que le consensus se trompait), il faut aussi déterminer à quel moment le marché va décider de l’intégrer ? La performance d’un gérant tient alors à deux conditions, avoir la justesse du scénario et effectuer l’investissement avec le bon « momentum ». Sur ces bases, on peut mieux comprendre ce qui s’est joué boursièrement dans la période récente.

En résumé, le marché a chuté pour trois raisons,

la question des dettes souveraines (surtout à cause de l’incapacité des politiques à mettre en place des solutions crédibles), le ralentissement des croissances macro-économiques un peu partout dans le monde, et désormais la crainte sur les résultats des entreprises et surtout sur la probable non atteinte des niveaux de marge qui restent élevés en 2011 et 2012.

L’anticipation du marché a plutôt bien fonctionné puisque nous constatons, au cours de chacune des publications économiques actuelles, que le ralentissement est là. L’indice de la fed de philadelphie fût le plus emblématique la semaine dernière. L’enquête, qui mesure l’état de l’activité manufacturière dans la région de Philadelphie, est ressortie à -30,7 ( !) alors que le consensus attendait un score positif de 2. En un mois, l’enquête s’est rapprochée des niveaux atteints fin 2008/début 2009 au plus fort de la récession post-faillite de Lehman. Le communiqué est peu disert sur les raisons de cette chute, (l’enquète a été réalisée au moment de la dégradation de la dette US donc peut comporter un biais psychologique négatif !).

La FED de Philadelphie observe un très net ralentissement de l’activité manufacturière. Les nouvelles commandes enregistrées chutent, et la composante de l’emploi se dégrade aussi fortement. Les craintes de ‘double dip’ ont alors ressurgi et ce 18 août, les marchés ont fortement chuté, -5,5% pour le CAC, -4,5% pour le S&P et -5,2% pour le Nasdaq. L’once d’or s’est envolé à près de 1900$. Les taux à 10 ans aux Etats-Unis et en Allemagne ont atteint des nouveaux records de faiblesse. Au plus bas, le 10 ans US valait 1,97%, et 2,03% pour le 10 ans allemand. Le pétrole s’est effondré en atteignant les 81$ sur le contrat WTI. Le baril est naturellement sensible aux craintes sur la croissance et aussi à la fin du régime libyen, propice à terme à une progression de l’offre.
En Europe, les indices PMI européens ont été mitigés, bon chiffre des services en France et du PMI manufacturier en Allemagne, deux secteurs primordiaux au sein de ces économies. Toutefois dans le détail, l’activité manufacturière se contracte en France (49,3 < seuil de 50) et continue à croître en Allemagne au même rythme qu’en juillet ; l’activité dans le secteur des services progresse fortement en France (ce qui est positif au vu de son poids dans l’économie du pays) mais ralentit en Allemagne. Enfin, on constate une légère contraction de l’activité manufacturière dans la zone euro.

Comment faut-il apprécier les prochaines semaines ?

Après cette forte chute du 18 août, les indices se stabilisent, avec aussi des rebonds spectaculaires comme celui du Nasdaq (hier soir à +4,3%). Le marché ne réagit plus aux mauvaises nouvelles, ou paradoxalement, depuis quelques jours, plus la statistique est mauvaise, plus le marché progresse !

Les marchés boursiers parient sur de nouvelles mesures de soutien à l’économie américaine. B.Bernanke, d’après le sentiment de marché, pourrait annoncer de nouvelles mesures monétaires lors de son discours du Jackson Hole ce vendredi. En 2010, c’est à cette occasion qu’il avait annoncé que la Fed allait mettre en oeuvre son Quantitative Easing 2 basé sur des achats de 600Md$ de Treasuries. Même si les effets sur l’économie, et particulièrement le crédit, ont été limités compte tenu de l’endettement important des ménages, le QE2 a permis une amélioration des marchés boursiers et par là, de la valorisation des portefeuilles boursiers des banques, des assureurs et des fonds de pension, de quoi réduire les risques systémiques.

L’annonce du QE2 avait aussi contribué au fort rebond des marchés boursiers pendant plusieurs mois. La question est de savoir quels types de mesures B.Bernanke pourrait annoncer. On privilégiera, plutôt qu’un nouveau QE3 formel, des achats de bons du Trésor comme pour le QE2, mais conditionnés à l’évolution de la conjoncture économique. La crainte d’une plus forte baisse des marchés boursiers, dangereuse pour le système financier, devrait en effet pousser la Fed à réagir rapidement. Les banques ont déjà corrigé significativement et la poursuite de la baisse pourrait être source de fragilité pour l’économie.

 

Mais la FED dispose-t-elle encore de moyens d’intervention ?

Indépendante politiquement, le bras de fer entre démocrates et républicains qui continue pourrait aussi inciter la FED à ne rien faire. En conséquence, en dépit de la baisse importante déjà actée, la situation reste dangereuse. Le ralentissement est bien là, mais on ne sait s’il faut parler de récession. Il est à craindre que les différents plans d’austérité qui vont être mis en place ne compliquent encore un peu plus la tâche et conduisent vraiment à la récession. Le marché aura alors raison. Malheureusement à ce stade, on ne peut visualiser de façon claire un point d’entrée acceptable. Mais le mois de septembre pourrait être difficile : ISM inférieur à 50 début septembre ?, et surtout poursuite de révisions en baisse des résultats des entreprises. En effet, suite à la baisse des valorisations des firmes, les analystes vont devoir revoir leurs modèles ! Quelques larmes en perspectives, mais peut-être pas encore de sang

….. . Enfin, une dernière certitude, on ne voit pas vraiment de facteurs qui peuvent servir de catalyseurs à une hausse durable à court terme, mais la volatilité restera bien présente.

Besoin d'un conseil ? Découvrez nos services :
Conseil indépendant 
Bilan patrimonial
Conférences patrimoniales
Abonnement patrimonial
Livre et formations 
Investir dans l'immobilier
Optimiser sa Succession
Assurance-vie et gestion de patrimoine
Conférences patrimoniales