– Une chronique rédigée par Mathieu Hamel, fondateur de Mariequantier –
Le but de cette note hebdomadaire est de vous aider à suivre la narration des marchés afin de comprendre et d’anticiper ces derniers. Construisez ainsi une opinion critique sur nos recommandations et personnalisez vos investissements quand vous le souhaitez.
 

Le multiple Marie Quantier pour les actions américaines est passé de 20,7 à 21,2.

En d’autres mots, le prix des 500 actions américaines les plus importantes correspond maintenant à plus de 21 années de résultats, profits annuels.
La valeur du SP500 a baissé de 1% sur la semaine. Dans le même temps, les taux d’intérêt américain ont augmenté, de 2,97% à 3,07%, soit de 3,4%. Lorsque le prix des actions baisse, le multiple baisse. Mais lorsque les taux d’intérêt augmentent, l’attractivité relative des actions par rapport aux obligations baisse. Donc le multiple augmente.
Les bons du trésor américain à 3 mois, sans risque, offrent maintenant un rendement, taux de dividende autour de 2%, identique à celui des actions US qui sont elles risquées. Cela n’était pas arrivé depuis 2008.
Pour les 50 actions européennes les plus importantes, le taux de dividende évolue autour de 3,7% et le taux d’intérêt à 3 mois est toujours négatif. Cela explique l’attractivité relative des actions européennes pour le consensus.
 

La courbe des taux d’intérêt a gardé une forme « normale », sans inversement.

Un officiel de la FED a rappelé cette semaine que des taux d’intérêt à court terme supérieurs à ceux de long terme constituait un indicateur avancé de récession. De nombreux analystes se sont félicités de voir les taux d’intérêt de long terme reprendre leur ascension. Il semble que l’augmentation du taux d’utilisation des capacités de production soit à l’origine de la réévaluation à la hausse de l’inflation à venir.
80% de taux d’utilisation constitue un seuil historique qui marque l’entrée dans une zone d’inflation forte. Après avoir baissé jusqu’à 66% en 2009, il est actuellement de 78%.
Cette remontée des taux d’intérêt de long terme donne des marges de manœuvre pour une voire deux hausses des taux directeurs, taux d’intérêt de très court terme, par la FED sans que la courbe des taux d’intérêt ne s’inverse.
Ces hausses des taux directeurs traduiraient la volonté affichée par la FED de normaliser les conditions économiques et financières. De plus, des taux d’intérêt plus élevés facilitent le succès du placement des émissions de dette par le département du trésor américain qui doit financer le déficit budgétaire. Ce déficit est croissant et historiquement haut. Il est notamment engendré par la dernière réforme fiscale.
Vos ETF obligataires de court terme sont sensibles à l’évolution des taux d’intérêt de 1 an à 3 ans. A 3 ans, les taux d’intérêt sont déjà à 2,8%. Le consensus anticipe maintenant 3 nouvelles hausses des taux directeurs cette année, établissant l’estimation à 2,2%. Nous croyons que l’inflation n’est pas suffisamment forte pour voir les taux à 3 ans augmenter fortement. Cette croyance est renforcée par la hausse actuellement rapide du prix du pétrole, à plus de 70 dollars le baril. Si l’augmentation continue et est couplée à une augmentation des taux d’intérêt, cela aura le pouvoir de freiner la croissance et donc l’inflation … et donc la hausse des taux d’intérêt.
 

Concomitamment à la hausse du dollar de 1,5%, la différence entre le taux Libor et le taux OIS a continué de baisser.

Le taux Libor est le taux auquel les banques empruntent entre elles, alors que le taux OIS correspond au taux d’emprunt de l’État américain. L’augmentation de cette différence est un indicateur de stress au sein du secteur financier.
Pour autant, nous avons déjà évoqué la possibilité que l’augmentation de cette différence à des niveaux historiquement hauts puisse s’expliquer par des positions fortement vendeuses sur le dollar. Corrélation n’est pas causalité. Mais le stress a nettement diminué et le dollar continue d’augmenter.
L’Allemagne a vu plusieurs journaux cette semaine exprimer l’inconfort grandissant de la population et des dirigeants vis à vis de l’allié américain. L’Allemagne investit 1,2% de son PIB pour sa Défense alors que l’Otan demande 2%.
L’Union Européenne dépense toujours 3 fois plus que la Chine mais plus de 2 fois moins que les USA. La France investit 2,5% de son PIB dans sa défense mais l’Union Européenne va perdre l’investissement de l’Angleterre en cas de Brexit.
Il devient évident que l’Allemagne et l’ensemble des pays européens doivent reconsidérer leur modèle social en vue du retrait des USA de notre défense. Cela va nécessairement peser sur l’euro. Mais à très court terme, et malgré la remontée du risque politique aux USA, c’est le risque politique en Europe qui monopolise l’attention du consensus.
Le mouvement Cinq Étoiles en Italie met clairement en danger l’Union Européenne et donc l’euro. Les électeurs du mouvement Cinq Étoiles correspondent au Sud de l’Italie, dont le PIB équivaut à celui de la Grèce en 2008. Avant sa longue récession. Le modèle centre–périphérie, avec la périphérie qui vote contre l’intégration européenne, semble continuer d’expliquer le jeu démocratique européen.
Des propositions populistes et nationalistes, y compris sociales, peuvent mettre à mal la solvabilité de certains pays européens, dont l’Italie. Dans ce contexte, il est difficile d’envisager une sortie rapide du « Quantitative Easing » en Europe, qui seul permet de se prémunir d’une crise de liquidité. Dans le même temps, l’intensification de la réduction du bilan de la Fed continue. La hausse du dollar continue d’être probable.

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