– Une chronique rédigée par Mathieu Hamel, fondateur de Mariequantier –

Le but de cette note hebdomadaire est de vous aider à suivre la narration des marchés afin de comprendre et d’anticiper ces derniers. Construisez ainsi une opinion critique sur nos recommandations et personnalisez vos investissements quand vous le souhaitez.

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Les marchés financiers ont fluctué, parfois violemment, au gré des déclarations sur les barrières douanières.

Le consensus spécule autour des intentions réelles du Président américain. Entrons-nous dans une guerre commerciale similaire à celle des années trente ou Trump dirige-t-il une pièce de théâtre en vue des élections de novembre ?

Dans le 1er cas, les issues historiquement les plus probables sont des guerres, militaires. Lorsque les probabilités de ce scénario a augmenté, ne serait-ce qu’un tout petit peu, le prix des actions a baissé de plus de 1% la semaine dernière.

Dans le 2e scénario, les marchés financiers ne seraient pas pénalisés à moyen terme.

Le consensus penche plutôt pour le deuxième scénario et se fait parfois peur en envisageant le premier. Il existe cependant un troisième scénario. Trump est profondément et opiniâtrement protectionniste. Il existe des discours de Trump de 1987 où il demande publiquement, contre le Japon, ce qu’il effectue aujourd’hui à l’encontre de la Chine.

Trump peut établir des barrières douanières dans le seul but de respecter « à la lettre » ce qu’il a promis pendant la campagne.

Nous pensons que chaque pas supplémentaire vers un monde plus cloisonné commercialement aura un impact négatif sur la croissance mondiale, qui affectera plus négativement les zones économiques de petites tailles. Dans l’économie actuelle, il n’est pas possible d’anticiper si les propositions de Trump seront bénéfiques ou catastrophiques pour les industries qu’il affirme vouloir défendre. L’économie mondiale fonctionne en « global value chain », « création de valeur à l’échelle mondiale ». Chaque usine se spécialise dans un segment de la chaine de production. Elle achète parfois des matières premières, mais dans l’immense majorité des cas, elle achète des produits déjà en partie transformés. Au sein d’une même entreprise, il est habituel que certaines usines s’attribuent une part de la valeur qui soit supérieure à celle des autres. Cela se traduit dans des salaires plus élevés pour des ouvriers dans certaines usines dans certains pays. Le niveau de rémunération du risque pris par les actionnaires, les profits,  est moins sensible à cette logique de « business unit », unité de production. Il en va de même entre deux usines de deux entreprises différentes de deux pays différents. La captation de la valeur ajouté par les salariés se fait au niveau au niveau des usines et non pas au niveau des pays. C’est pourquoi la taxation des produits finis est, de manière certaine, idiote si le but est de protégé certains travailleurs. Ce qui compte est la gamme de produits intermédiaires sur lesquels ces travailleurs interviennent. Et cela se situe forcément en amont du produit fini. La taxation sur les matières premières est beaucoup plus aléatoire. Ce qui compte est le coût d’achat des produits intermédiaires. Or en modifiant le prix de certaines matières premières, il est possible de voir le prix de certains produits intermédiaires être modifiés.

Par exemple, il est possible de voir une chaine globale de production qui serait optimale en envoyant des matières premières d’Afrique vers la Chine, puis vers les USA pour une étape de produit intermédiaire, puis vers la Chine à nouveau, puis vers les USA pour l’assemblage final du produit fini. Avec des barrières douanières, cette chaine pourrait se transformer pour des raisons de coûts en voyant les matières premières partir d’Afrique vers la Chine, qui assemble tout jusqu’à l’étape de l’assemblage finale qui interviendrait toujours aux USA pour des raison de technicité. L’étape de plus faible technicité passant avant par les USA est éliminé car le gain « intermédiaire » aurait été éliminé par les nouveaux tarifs douaniers.

Dans ce contexte, l’Union Européenne a formulé une réponse qui vise à impacter négativement les industries et les travailleurs dans les états qui ont fait pencher les dernières élections en faveur de Trump, notamment l’IOWA. L’ennemi pour l’UE semble ne pas être les USA mais bel et bien Trump.

 



Les taux d’intérêt à long terme, 10 ans, continuent leur baisse.

Cela favorise le prix des obligations.

L’expression de « japonification » des taux d’intérêt, notamment pour l’Allemagne, commence à apparaître. Face à une inflation extrêmement basse, les taux d’intérêt ne parviennent pas à remonter, malgré le retour de la croissance économique.

Aux USA, les taux d’intérêt avaient fortement monté en anticipation de l’accélération de la croissance économique que devait entraîner la réforme fiscale. Or, l’économie américaine tourne déjà à plein régime. De plus, l’un des risques principaux pour l’économie américaine provient du niveau des inégalités sans précédent depuis les années vingt. Ces inégalités amenuisent la cohésion sociale aux USA et limitent la croissance économique, notamment par la prise de décision politique néfaste pour la croissance, comme les barrières douanières.

L’autre problème est la mauvaise allocation des ressources humaines du fait de la diminution de l’accès aux études supérieures pour les étudiants pauvres mais brillants au sein de la méritocratie américaine. Mais l’impact est à plus long terme, et est facilement ajustable en accueillant des étudiants du reste du monde, brillants et déjà formés.

Tant que le différentiel de taux d’intérêt entre les USA et l’Europe sera en faveur des USA alors le portefeuille suggéré, exposé à 30% au dollar, devrait profité à la fois de la hausse des obligations et de la hausse du dollar.

 

 

En revanche, les CDS « Investment Grade », le coût de la protection contre le risque d’impayé, qui influencent le prix des obligations d’entreprises, continuent de monter depuis leur point bas de février 2018.

Cela agit négativement sur les obligations d’entreprise. Nous restons attentifs à ces évolutions.

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2 Comments

  1. J apprécie votre analyse , toutefois je suis inquiet à propos de la cacophonie qui règne au niveau des pays européens et un certain risque me parait plus immédiat

  2. Bonjour,

    Oui, nous avons traité ce risque dans les notes précédentes. Nous pensons que le gouvernement italien, soutenu par le Nord riche de l’Italie, ne mettra pas en danger l’euro.

    Nous pensons que l’initiative d’un budget européen est un pas formidable d’intégration politique de la zone euro qui sera source de stabilité et de croissance (à long terme au moins).

    Nous pensons que le problème des migrants est un sujet à la fois démographique (pour l’Allemagne) et de politique étrangère (Voire, comme cela a été affirmé par le « Top Commander in Europe » de l’Otan, Philip Breedlove, en mars 2016, l’utilisation de flux massif de population, réfugiés syriens, pour affaiblir le leadership de l’Allemagne.). Ce sujet peut être réglé grâce aux valeurs du projet européen.

    Tous ces aspects sont plutôt de moyen terme.

    Notre propos sur les USA concernent plus le court terme (élection de Novembre) et le moyen terme.

    L’idée est : la valorisation des actions américaines ne se justifie qu’à condition que la réforme fiscale apporte encore plus de croissance. Or la croissance US tourne déjà à plein. Si jamais elle s’accélérait encore, cela se traduirait dans les PMI, le taux de participation à l’emploi, les Non Farm Payroll et par conséquent sur l’inflation. Si l’inflation augmentait alors les taux d’intérêt augmenteraient encore, rendant les actions US d’autant plus sur évaluées. Donc quelque soit les circonstances : bulle ou accélération de la croissance, il nous semble qu’il faut rester en dehors des actions américaines pour l’instant. L’accroissement des inégalités n’est qu’une nouvelle source de risque de type géopolitique pouvant entamer le sentiment de marché dans un premier temps, voire la bonne marche de l’économie à moyen terme.

    Est-ce plus clair ?

    Bien à vous,

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