Les taux d’intérêt sont faibles et ils le resteront probablement pour encore des années. Le retour d’un cycle inflationniste rend obligatoire une hausse cosmétique des taux d’intérêt, mais ils devraient tout de même rester inférieurs au taux de croissance nominale de l’économie (PIB en volume = PIB réel + inflation), et donc rester très favorables aux emprunteurs structurels que sont les entreprises et les particuliers qui investissent dans l’économie ou qui s’endettent pour investir dans l’immobilier.

La raison est relativement simple : Nous n’avons pas d’autres choix. Ce n’est pas plus compliqué que cela : Entre endettement excessif des états qui ne peuvent supporter des taux d’intérêt supérieurs et surtout la nécessité de financer la construction d’une économie décarbonée et la lutte contre le réchauffement climatique, nous ne pouvons pas nous passer des taux d’intérêt réels négatifs.

Les taux d’intérêt sont partis pour être durablement faibles et inférieurs au taux de croissance en volume de l’économie (PIB + Inflation = Taux de croissance nominale).

Ainsi, la hausse probable des taux d’intérêt dans les prochains mois n’est pas une catastrophe tant que les taux restent inférieurs au taux de croissance de l’économie en volume.

Dans une récente note publiée par Patrick Artus sous le titre « Ne pas confondre taux d’intérêt nominaux et taux d’intérêt réels« , on peut lire cet excellente synthèse :

On observe depuis la fin de 2021 une hausse des taux d’intérêt à long terme nominaux aux États-Unis et dans la zone euro, avec la hausse de l’inflation et de l’inflation anticipée, avec les annonces des Banques Centrales qui passent à une politique monétaire moins expansionniste.

Cette évolution a fait apparaitre un recul des marchés d’actions, une interrogation sur le risque de correction forte à la baisse des marchés d’actions ou des marchés immobiliers.

Mais attention, il ne faut pas confondre taux d’intérêt nominaux et taux d’intérêt réels : si les taux d’intérêt nominaux à long terme augmentent, ils augmentent moins que l’inflation et les taux d’intérêt réels à long terme continuent à reculer : il n’y a donc aucune raison qu’il y ait recul des marchés d’actions.

Rappelons que ce sont les taux d’intérêt réels et non nominaux qui influencent la demande de biens et services, les prix des actifs, la dynamique des taux d’endettement.

[…]

Cela veut dire que dans 1, 2, ou 3 ans, les taux d’intérêt réels à long terme seront toujours négatifs (graphique 9 ci dessous), donc très inférieurs à la croissance en volume : en réalité, la politique monétaire va rester très expansionniste, et il n’y a donc aucune raison de craindre un fort recul des prix des actifs

[…]

Certes, les Banques Centrales (surtout la Réserve Fédérale) vont passer à une politique monétaire plus restrictive et les taux d’intérêt nominaux vont augmenter. Mais aussi bien les annonces des Banques Centrales que les anticipations des marchés financiers montrent une hausse des taux d’intérêt nominaux inférieure à celle de l’inflation, le maintien de taux d’intérêt réels négatifs et très inférieurs au taux de croissance, donc une politique monétaire restant expansionniste.

Pour craindre une correction à la baisse importante des prix des actifs, il faudrait donc anticiper une politique monétaire devenant tellement restrictive que les taux d’intérêt réels à long terme augmentent fortement (redeviennent positif), ce qui n’est pas ce qui doit être anticipé aujourd’hui.

Ne pas confondre taux d’intérêt nominaux et taux d’intérêt réels

Des taux d’intérêt négatifs pour financer la construction d’une croissance économique décarbonée et la lutte contre le réchauffement climatique.

Néanmoins, même si nous sommes collectivement convaincus que les taux d’intérêt vont rester faibles et probablement inférieurs au taux de croissance nominale de l’économie, les banques centrales vont devoir trouver des arguments ;

Au-delà de la crise du Covid-19 dont le prolongement permet de maintenir une politique monétaire extra-ordinairement accommodante, il va falloir trouver une nouvelle excuse dans quelques mois.

Le prétexte du réchauffement climatique et la narration autour de la nécessité de sauver la planète (sic!) vont apporter la justification idéale pour maintenir une politique monétaire accommodante et des taux d’intérêt réels négatifs malgré une économie dynamique et une inflation plus forte : Les entreprises et les états vont avoir besoin des taux d’intérêt réels négatifs pour financer la guerre contre le réchauffement climatique.

C’est alors que les taux d’intérêt réels pourront rester négatifs, y compris lorsque la crise sanitaire sera derrière nous et malgré une croissance économique et une inflation qui pourrait militer pour des taux d’intérêt plus élevés.

Patrick Artus confirme cette analyse dans une autre analyse publiée sous le titre « Faudra-t-il que les Banques Centrales réagissent à l’inflation qui va venir de la transition énergétique ?« 

La transition énergétique va certainement faire apparaître une hausse durable des prix de l’énergie et donc de l’inflation avec l’intermittence de la production des énergies renouvelables et le besoin de financer des investissements massifs.

Les Banques Centrales devront-elles réagir à ce supplément d’inflation dû à la transition énergétique (comme l’a suggéré I. SCHNABEL de la BCE en janvier 2022) ?

La réponse semble être clairement négative :

Si le coût de production de l’énergie est plus élevé, c’est à cause de la transition énergétique, pas d’une demande trop forte d’énergie par rapport à l’offre d’énergie : réduire la demande d’énergie par une politique monétaire restrictive n’aurait aucun effet sur le supplément d’inflation ; Augmenter les taux d’intérêt en réponse à l’inflation réduirait un peu la demande d’énergie , mais ne changerait rien au fait que le coût de production de l’énergie est plus élevé. Ce n’est pas l’excès de demande d’énergie qui fait apparaître l’inflation, mais le changement de la technologie de production de l’énergie.

La transition énergétique nécessite un supplément massif d’investissement ; monter les taux d’intérêt serait alors totalement contre-productif en rendant difficiles ces investissements. La transition énergétique va impliquer que de très importants investissements, dont certains ont une rentabilité financière faible (rénovation thermique des logements, décarbonation de l’industrie) soient réalisés. Cela sera d’autant plus facile que les taux d’intérêt à long terme restent bas : accroître les taux d’intérêt enAnal réponse à l’inflation compromettrait la réalisation de ces investissements

Faudra-t-il que les Banques Centrales réagissent à l’inflation qui va venir de la transition énergétique ?

Analyse confortée dans une troisième analyse publiée sous le titre « Conflit d’objectifs pour les Banques Centrales : pourquoi l’instabilité financière est inévitable« 

Le point de départ est que les Banques Centrales devront maintenir des taux d’intérêt à long terme très bas, des taux d’intérêt réels à long terme négatifs, même si l’inflation reste assez élevée, pour trois raisons :

– Assurer la soutenabilité de dettes publiques, avec des taux d’endettement public très élevés ;

– Éviter un retournement violent à la baisse des prix des actifs ;

– Permettre que soient réalisés les investissements nécessaires dans la transition énergétique, dont l’horizon est très long et la rentabilité souvent faible.

Si dans les pays de l’OCDE les taux d’intérêt réels à long terme restent très négatifs, très inférieurs aux taux de croissance, alors l’instabilité financière va rester très forte.

En effet, des taux d’intérêt à long terme inférieurs aux taux de croissance :

–  poussent à la hausse l’endettement public et privé ; [NDLR : On comprend mieux pourquoi les crédits immobiliers sont encadrés en France] ;

poussent à la hausse les prix des actifs et la valeur des entreprises ; En effet, si la détention d’un actif (financier, immobilier), d’une entreprise fournit des revenus dont le taux de croissance est supérieur au taux d’intérêt, la somme actualisée des revenus futurs tend vers l’infini, la valeur fondamentale de l’actif tend vers l’infini [NDLR : D’où l’intérêt d’investir dans des actifs dont la valeur suit la dynamique de l’économie – Action et immobilier]

Les Banques Centrales des pays de l’OCDE peuvent avoir trois objectifs.

1- La stabilité des prix.

2- La stabilité financière.

3- Éviter les crises des dettes publiques et les crises financières qui pourraient venir du recul des prix des actifs, faciliter les investissements nécessaires à la transition énergétique.

Si elles privilégient le troisième objectif (assurer la soutenabilité des dettes publiques, éviter le recul brutal des prix des actifs, faciliter les investissements de transition énergétique), alors elles doivent oublier les deux premiers (accepter une inflation supérieure à l’objectif d’inflation, accepter l’instabilité financière).

Conflit d’objectifs pour les Banques Centrales : pourquoi l’instabilité financière est inévitable

Conclusion :

Bref, les taux d’intérêt sont partis pour rester durablement inférieurs au taux de croissance nominale de l’économie. Il s’agit alors d’une bonne nouvelle pour les emprunteurs structurels que sont les entreprises (et donc la valeur des entreprises) ou les particuliers qui empruntent pour investir dans l’économie et notamment investir dans l’immobilier dont la valeur pourrait continuer d’augmenter (attention tout de même aux marchés survalorisés).

En revanche, cette situation est une catastrophe pour les épargnants dont l’euthanasie ne fait que commencer.

A suivre.

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