– Une chronique rédigée par Mathieu Hamel, fondateur de Mariequantier – Venez échanger avec Mathieu Hamel et son équipe à l’occasion d’un petit-déjeuner « Conférence » sur le thème du nouvel ordre mondial « eurasia », et l’émergence d’une nouvelle géo-politique mondiale – Rdv le 27 Juillet 2018 : Inscription gratuite

 

 

Un peu moins de 20% des entreprises du SP500 ont annoncé leur bénéfice pour le 2e trimestre de 2018.

Les résultats dépassent un peu les estimations du consensus et présentent une augmentation par rapport à l’année dernière de plus de 20%. Cette hausse est l’une des plus importante depuis 2010.

Pour autant, selon plusieurs banques d’investissement, de l’ordre de la moitié de cette hausse, soit 10%, provient de la dernière réforme fiscale.

Le prix du SP500 s’établit à 24 années de bénéfices, Price-to- Earnings ratio. En prenant les estimations à 12 mois, selon ce même ratio, le prix du SP500 représente 17 années de bénéfice.

Si l’on prend le ratio Price-to-Earnings ajusté des facteurs macro-économiques, estimation de croissance et taux d’intérêt, alors le prix du SP500 s’élève à 21 années de bénéfice. Cela est bien au-dessus du seuil des 16 années qui constitue la frontière entre ce qui est surévalué de manière certaine et ce qui ne l’est pas.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y aucun potentiel de hausse, cela veut dire que, si hausse il y a, elle n’est pas fondée sur des facteurs fondamentaux. A ce niveau de valorisation, la « marge de sécurité », chère à Warren Buffet, n’existe tout simplement pas. C’est pourquoi, en cas de baisse, les baisses sont plus violentes en période d’euphorie. Période actuelle.

 

 

Il est aussi à noter qu’en prenant en compte les entreprises ne réalisant pas de bénéfice, le Russell 2000, l’indice des petites et moyennes entreprises, présente un Price-to-Earnings de plus de 80 années de bénéfice.

Il est aussi à noter qu’en prenant en compte les entreprises ne réalisant pas de bénéfice, le Russell 2000, l’indice des petites et moyennes entreprises, présente un Price-to-Earnings de plus de 80 années de bénéfice.

De plus, plus de 80% des entreprises du Russell 2000 ne sont pas profitables. C’est un plus haut historique. L’impact de la productivité marginale croissante, propre à certaines entreprises Tech, transforme le marché en « winners take all ».

A un bout du spectre, nous avons les GAFA/FANG qui possède le cash pour acheter et déployer la commercialisation, et de l’autre, les petites et moyennes entreprises cibles, innovantes et déficitaires.

 

 

Le président américain a déclaré sur CNBC que la remontée des taux d’intérêt par la FED compromettait la relance économique de son administration.

 

Le président américain a déclaré sur CNBC que la remontée des taux d’intérêt par la FED compromettait la relance économique de son administration. C’est sans précédent depuis 20 ans et surtout cela met un terme à l’effort de contrôle séculaire de l’inflation entamé par le président de la FED Paul Volcker en 1979.

En remettant en question l’indépendance de la banque centrale, Trump a eu un impact immédiat sur les taux d’intérêt et sur le taux de change. Les taux d’intérêt ont augmenté de 2,85% à 2,89% et le dollar a baissé contre l’euro de 1,16 à 1,1720.

Trump nous rejoue en fait l’épisode de Mitterrand en 1981. La réforme fiscale est une politique de relance budgétaire keynésienne. Au lieu d’augmenter les dépenses publiques comme Mitterrand, Trump a réduit les recettes fiscales. En termes économiques, l’impact de ces politiques est exactement le même. Seuls les bénéficiaires diffèrent.

En augmentant le déficit public, une forte pression sur le déficit commercial s’exerce. C’est  l’équation de base de la macroéconomie : (S-I)+(T-G)=(X-M); S est l’épargne; I est l’investissement; T sont les Taxes;G les dépenses du gouvernement; X sont les exportations et M les importations.

En 1981, l’explosion du déficit budgétaire avait entrainé une explosion du déficit commercial.

De même, la pression exercée sur le financement du déficit budgétaire pousse les taux d’intérêt de court terme à la hausse. La hausse de taux d’intérêt à court terme qui approche les 2,85%  avec l’aplatissement de la courbe des taux d’intérêt est très supérieure à celle des taux directeurs déterminés par la FED, entre 1,5% et 1,75%.

De plus, depuis 2009, ce n’est pas l’épargne des ménages qui finance la dette américaine, ni même les réserves de change venant de Chine ou du Japon. C’est la FED. Or la FED, pour garder sa crédibilité et préserver la confiance dans le système économique doit réduire son bilan, hérité des différents « quantitative easing ». Ce que Trump insinue en rompant avec l’indépendance de la FED, c’est qu’il va tout faire pour obtenir de l’inflation : d’où la baisse du dollar et la hausse des taux d’intérêt de long terme.

C’est en dénonçant les taux d’intérêt trop hauts, que Trump a fait augmenter à nouveau les taux. Comme l’a dit Karl Otto Pöhl, président de la Bundesbank dans les années 80, l’inflation, c’est comme le dentifrice, facile à faire sortir, impossible de l’y  faire rentrer. Trump joue donc ici avec le feu.

Pour résumer, face au risque sur la croissance créé par la guerre commerciale initiée par les barrières douanières de l’administration Trump, alors même que la réduction de la Fed, via (S-I) pousse à l’augmentation du déficit commercial, et que la réforme fiscale, via (T-G) en diminuant drastiquement T et en laissant inchangé G, pousse encore à l’augmentation du déficit commercial, Trump cherche à manipuler le dollar, pour ne pas perdre la face, en mettant en jeu la crédibilité de la FED.

Nous ne pensions pas qu’un tel « signe noir » pouvait apparaître. Tous ces développements sont sans précédent et nécessitent la plus vive attention.




10 Comments

  1. Mon alternative : parts de SCPI adossées à des biens en rapport avec la santé
    Genre EHPAD, EMS . Cabinets médicaux
    Par ailleurs les contrats pour ces supports sont conclus pour de longue durée

    • Ne pensez-vous pas que l’alternative que vous proposez est un tantinet réduite, le support EPHAD est aussi fragile car chez nous dépendant des fonds publics, en Allemagne de la population

      Les baux sont de longue durée, sauf si le gestionnaire plante, donc protection évanouie, car plus de fonds (bcp d’exemples)

      EMS ?????

      Cabinets médicaux oui s’ils sont aux normes PMR

      En fait , tout cela en petites touches, mais pas au principal

    • Attention à ne pas mettre tous vos oeufs dans le même panier, surtout sur du long terme… Beaucoup de personnes vieillissantes et leur famille ne sont pas enthousiastes pour les EPAHD et cherchent d’autres alternatives (famille d’accueil, habitat intergénérationnel, etc. voire euthanasie).

      En cas de crise, vu le coût des EPAHD, il est fort à parier que bien des familles n’auront pas les moyens de s’offrir ce genre de services et préfèreront garder leurs personnes âgées chez elles, surtout si les familles sont en situation de sous-emploi ou de mal-emploi et que la retraite de papy et mamie est la bienvenue pour terminer la fin du mois…

      Quant au soutien de l’Etat au financement des EPAHD, il dépend des finances publiques… Si l’Etat n’a plus les moyens, soit les conditions seront tellement dégradées que seules les personnes qui n’ont plus de famille et ne peuvent plus rester chez elle sans présenter un risque pour elle et leurs voisins iront ; soit la prise en charge sera si coûteuse que seuls les plus riches pourront en bénéficier…

  2. En fait on dit « Cygne Noir », comme l’oiseau…

    • Excellente remarque Mr Clay !
      En même temps rien de bien nouveau sous le soeil; ça fait longtemps que les déficits s’accumulent et continuent de s’accumuler (hors Allemagne et quelques autres).
      Un minimum de bon sens suffit à comprendre que cela ne peut durer éternellement quoique en disent certains ânes, de gauche ou extrême le plus souvent.
      Plus cela monte et plus la grande catastrophe financière et économique s’approche !
      Sera-ce TRUMP, Merckel, Xi Jinping, Poutine, Hassan Rohani ou autre chose le fait déclencheur ? En fait peu importe si je puis dire, il y a tellement de raisons pour que le système explose!

  3. @Mathieu
    « Nous ne pensions pas qu’un tel « signe noir » pouvait apparaître »

    Pourtant le Donald de plus en plus gonflé et girouette apparente ne fait que ce qu’il avait promis non ?

  4. julien bonnetouche says:

    Bonjour à tous,

    Il semble que ce que j’anticipais récemment sur Trump est en train de se produire :
    Celui ci met de l’eau dans son vin, à la suite des pressions exercées par les lobbies industriels et agricoles américains.( les élections midterm sont pour dans 3 mois)
    Du coup les bourses ont tendance à remonter. Pour le moment elles restent encore en observation, mais cela ne devrait pas durer.
    Je suis toujours optimiste pour la fin de l’année (6000 sur le cac d’ici février)
    En parallèle, la chute de 20% de facebook hier laisse insensible le reste du marché. Même les autres technologiques.
    C’est étrange :
    mon interprétation est la suivante :
    Le marché est en train d’apprendre à  » segmenter » les valeurs sur un fond de croissance mondiale forte, où les excès d’un secteur qui a le vent en poupe, ne rendent plus les intervenants ni moutonniers ni aveugles;

    • Trump est probablement plus « intelligent » qu’il n’y paraît notamment sur « l’Art du Deal ». Je m’explique: il fait pression sur le marché de l’automobile Européen dont les Allemands seraient les premiers et fortement touchés. Il amène ainsi Juncker à négocier et lui refile son gaz de schiste et son soja OGM que les écolos-socialos d’Europe et Français en particulier ne voulaient pas. C’est pas beau ça !!!
      Bon Lemaire a, semble t-il bien compris le piège, mais comment va t-il se sortir de ce piège sans se mettre l’Allemagne (et une partie de l’UE) à dos chers à Macron ????

  5. julien bonnetouche says:

    Oui Trump n’est pas con !!
    Effectivement il obtient des résultats avec les européens et les chinois et sait ne pas aller trop loin pour rester optimum vis a vis de ses électeurs ! tout en divisant ses interlocuteurs.
    Et finalement ce que pensent les écolos, franchement …..

    • Je ne parlais pas QUE des écolos, famille politique, mais de tous ceux (de droite, gauche, centre extrêmes,…) qui se se sont faits « manipulés » par les Hulot, Yann A B, GIEC et COP 1 à 22, qui de surcroît font se paffer de rire le grand blond d’Amérique!

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