Le « sell off » a-t-il eu lieu ?
Cette hypothèse devient peut être une réalité et on peut raisonnablement accompagner la phase actuelle du rebond sans prendre trop de risques.
Comme souvent, les marchés financiers se sont fait peur en jouant la politique du pire. Sans être naïf, notre sentiment penche toujours vers une rationalité et une efficience des marchés. Nous pensons que, tant aux Etats-Unis qu’en Europe, une solution aux problèmes de la dette doit forcément être trouvée, personne n’ayant intérêt à la réalisation d’un scénario catastrophe. C’est d’abord une nécessité politique de part et d’autre.
Par rapport à la semaine dernière, des éléments un peu plus favorables apparaissent et la bonne surprise vient une nouvelle fois du côté des entreprises car pour l’instant, les publications que l’on pouvait craindre, apportent des nouvelles assez positives. Une sortie durable « par le haut » va néanmoins rester difficile car le marché peut faire la fine bouche par rapport aux mesures proposées. Wait and see.
Du côté des dettes publiques, cette fin de semaine va être cruciale.
On peut une énième fois s’interroger sur le comportement des politiques. Avons-nous mérité d’avoir une classe politique européenne aussi médiocre par rapport aux enjeux financiers actuels ? Hier Angela Merkel déclarait qu’il ne fallait rien attendre du prochain sommet, et aujourd’hui revirement de situation puisque des solutions devraient émerger. Peut-être que le coup de fil qu’elle a reçu d’Obama a eu un effet. Ce dernier lui réaffirmant que la zone euro ne pouvait pas se permettre de clore le sommet de demain sans résultat. Ainsi, comme par enchantement, des fuites font état de solutions précises qui auraient été auparavant rejetées par l’Allemagne.
Le FESF pourrait ainsi fournir des lignes de crédit de précaution afin de mettre un terme à la contagion. Le FESF aurait également la capacité de prêter aux banques qui ont besoin d’être recapitalisées. En somme, l’objectif est d’accroître le champ des possibles du FESF, via une plus grande souplesse. C’est la porte ouverte à un quantitative easing européen, destiné à secourir la veuve (les Etats) et l’orphelin (les banques). Personne ne s’en plaindra. Toutefois, la partie est loin d’être gagnée. Quelle que soit la nature du programme de soutien financier à la Grèce et aux autres pays, le recul de l’activité directement imputable aux politiques budgétaires restrictives leur empêche de réduire leur déficit public.
Par leur minimalisme, la stratégie des gouvernements européens s’apparente à un achat (toujours à crédit !) de temps. On cherche à colmater les brèches pour durer jusqu’aux échéances électorales sans prendre des mesures structurelles
d’envergure pour relancer la croissance. Cette démarche pourrait être anéantie si on assistait à une contagion, mais on n’en est pas là.
L’autre bonne nouvelle vient encore des Etats-Unis.
Un groupe de six sénateurs américains, Démocrates et Républicains, surnommé la « bande des six », a présenté, hier, un nouveau plan de réduction des déficits en contrepartie d’un relèvement du plafond de la dette. Barack Obama a jugé conforme à son approche ce nouveau plan du Sénat, et a estimé que des progrès avaient été effectués dans les négociations avec ses adversaires Républicains. La porte semble s’ouvrir pour un accord rapide entre Républicains et Démocrates. Ce plan prévoit une réduction des dépenses de 3 600 à 3 700 Mds $ sur 10 ans. Il comprendrait notamment une hausse des recettes de l’Etat fédéral, non pas en augmentant les impôts mais en réformant le système fiscal (?). Au niveau des dépenses (75% des économies), le programme Medicare (assurance maladie des personnes âgées) subirait des coupes. Selon le sénateur Conrad, la réaction des élus a été « extrêmement positive ». Si effectivement, les deux éléments négatifs qui ont
fortement pesé sur les marchés ces derniers jours sont en voie de résolution, on peut parier sur un rebond des marchés qui pourrait être assez intense.
L’autre élément favorable tient aux publications des résultats des entreprises pour ce premier semestre.
Le secteur technologique a été soutenu par la progression de l’action IBM (+ 5,7% hier). Le groupe informatique a relevé ses prévisions 2011 après un deuxième trimestre meilleur que prévu. Les principaux partenaires commerciaux d’IBM en ont profité, comme, par exemple, Juniper Network (+ 5,2%) qui bénéficie aussi des récentes difficultés de Cisco. Coca-Cola (+ 3,3%) annonce une solide croissance de ses ventes en volume. Le groupe de pharmacie et d’hygiène Johnson & Johnson ou plusieurs grandes banques comme Wells Fargo (+ 5,7%), ont publié des profits également supérieurs aux attentes. Certes, il y a quelques déceptions, comme les banques Goldman Sachs ou BofA, mais globalement les résultats annoncés sont plus élevés qu’attendu. En Europe, Accor a réalisé un très bon deuxième trimestre, avec une accélération des volumes et une hausse des prix.
les niveaux actuels atteints par la plupart des marchés sont favorables au déclenchement d’un rebond qui pourrait faire revenir les indices à leurs plus hauts niveaux annuels. Ceci est cohérent avec nos objectifs théoriques de valorisation et avec un environnement actuel plus sécurisé. Le levier le plus important est la situation des entreprises, toujours très favorable, qui soutient évidemment les objectifs de valorisation grâce à des croissances bénéficiaires élevées. En effet, si on se rappelle de la situation de 2008, les sociétés connaissaient exactement à cette époque une baisse très forte de leur activité, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. Mais parce-que la question des dettes souveraines en Europe, et aux Etats-Unis ne sera pas résolue rapidement, la volatilité des marchés va rester très forte. Aussi, nous conseillons surtout à la veille de décisions importantes, (la réaction des marchés pouvant surprendre à court terme) de rester en partie protégé (30 à 40% ?), quitte à manquer les premiers points de reprise. Mais si les nouvelles continuent à être favorables, un gain assez rapide d’au moins 5 à 6% peut sembler atteignable rapidement.
