L’édito hebdomadaire de Julien Bonnetouche, notre lecteur passionné de la matière patrimoniale et d’économie.
Avec cet article généraliste sur les évolutions de l’économie européenne et mondiale, je vous invite à une réflexion qui doit s’inscrire dans une perspective de long terme (20 ans) pour essayer d’être aussi pertinents que possible dans le choix de vos investissements.
Investir à long terme suppose d’être capable de comprendre vers quel monde nous nous dirigeons.
Êtes-vous «contre le progrès» ?
La question peut sembler idiote, mais c’est une phrase que j’ai entendue dans les années 60 dans la bouche d’un voisin horticulteur à Antibes, un paysan à l’ancienne et italien d’origine, hermétique au démarchage commercial des nouveaux moyens qui lui étaient proposés pour améliorer la floraison de ses rosiers.
Un beau jour, il me dit de sa voix teintée de soleil : « tu vois petit, je suis contre le progrès »
Encore aujourd’hui, il ne serait sûrement pas le seul !
Que retiendra-t-on dans 100 ans de ce tournant du début des années 2000 ? La crise du covid ? La guerre d’Ukraine ? Certainement, mais pas autant que la révolution de l’intelligence artificielle !!
Et pourtant, je suis certain qu’une majorité d’entre vous ne suivent même pas les évolutions en ce domaine.
Quelques jours en arrière, Guillaume nous parlait de chatGPT. C’est une innovation bluffante, mais ce n’est rien au regard de ce qui nous attend sous peu.
Et cette innovation «grand public» n’est rien non plus à côté de la révolution technologique commencée en ce début de siècle et qui depuis 2015 à acquis les moyens techniques nécessaires (la puissance des ordinateurs et des puces) pour bouleverser le monde de l’économie et de l’industrie ; le politique ayant comme à l’accoutumée un temps de retard.
Nous sommes aussi en retard, nous tous européens, par rapport aux deux autres puissances que sont les USA et la Chine.
Les taux de croissance comparés depuis 10 ans parlent d’eux-mêmes (en sautant l’année covid), 2,3 % aux US, 7,7 % en Chine, 1,6 % en Europe, ce qui se traduit, au bout du compte, en différentiel de pouvoir d’achat, donc de bien-être.
Nous sommes en retard collectivement parce que nous pensons «vieux».
Nos structures mentales sont comme rouillées, inaptes à l’effort d’imagination nécessaire pour suivre ce mouvement qu’ont entamé depuis une vingtaine d’années les GAFAM et les BATX. (les hyperscalers réunissant de nombreux serveurs leur donnant une puissance phénoménale). Regardez leurs chiffres d’affaires et leurs capitalisations boursières acquis en si peu de temps !!
Et nous, nous sommes contre le progrès, surtout au sud de l’Europe !!
Pas seulement le peuple, les élites, les dirigeants d’entreprises sont, eux aussi, très souvent inhibés, (pas tous évidemment, on pense à Xavier Niel) préférant la conservation de leurs habitudes et de leur statut, au risque dérangeant de l’innovation disruptive…. C’est mortel à terme !!
Serions-nous tous devenus « réac » ?
Réactionnaire : « Qui se montre partisan d’un conservatisme étroit ou d’un retour vers un état social ou politique antérieur » (Larousse)
Notre société évolue à grande vitesse, mais nous restons là à lutter contre le progrès. Sur de nombreux sujets, nous nous comportons comme des « reac » !
Il va vite falloir changer, si on ne veut pas rapidement devenir un pays émergent !
Quelques chiffres :
- De 1950 à 2015, seulement une entreprise sur 10 du classement des 500 premières entreprises américaines « Fortune 500», a pu conserver son statut. Les 9 autres ont disparu, soit elles ont fait faillite, soit ont été rachetées, soit ont baissé de chiffre d’affaires, ce qui les a éliminées du classement. C’est une sorte de loi darwinienne.
- Une étude de Microsoft récente, portant sur des entreprises de taille moyenne, (réalisant entre 1 et 3 milliards de chiffre d’affaires) distingue 4 groupes tous critères confondus :
- Les meilleures,
- Celles qui arrivent juste derrière,
- Celles qui essayent de résister,
- Celles qui sont en queue de peloton.
L’étude montre que celles du premier groupe manipule chaque jour 42 fois plus de données numériques que celles du 4ᵉ groupe quelques soient leurs domaines d’activités.
Le rapprochement de ces deux observations, mises en parallèle avec le développement très rapide des «Hyperscalers» nous indique que sans prise de conscience rapide, les entreprises qui aujourd’hui font encore le succès des indices boursiers partout dans le monde, bien que représentant encore 96 % du PIB mondial, auront disparu de la cote pour la plupart d’entre elles, d’ici à quelques années.
Soit, elles auront intégré ces données (si l’on peut dire) en «upgradant» leur modèle économique, soit elles seront remplacées par d’autres dans lesquelles l’implication technologiques aura une large part dans le management d’entreprise, la conception, la fabrication, le fonctionnement, la commercialisation au sens large, des objets physiques, dans un monde devenu hybride, on parle d’ailleurs de «phygital»
Si rien n’est fait, elles seront confrontées au même sort que walmart versus amazon, ou celui des grandes chaînes hôtelières par rapport à Airbnb.
Les hyperscalers, dans leur course au profit perpétuel, pourront très bien chercher à diversifier leurs sources de revenus, et compte tenu de leur puissance financière, choisiront très possiblement d’absorber le job des entreprises traditionnelles.
Cela est-il souhaitable ?
Dans notre économie de ce début de 21ᵉ siècle, le numérique, l’intelligence artificielle et la robotisation sont des pivots obligatoires.
Un pivot qui va de pair avec l’organisation horizontale du management des entreprises, terreau de la disruption, qui s’oppose au management vertical encore majoritaire, et qui distingue la dynamique des entreprises, comme le montre l’exemple suivant avec une dernière comparaison chiffrés assez démonstrative des dynamiques comparées :
- Savez-vous que SpaceX fondée en 2002, doit faire une centaine de lancements en 2023 ?
- Et Ariane fondée en 1980, combien à votre avis ? Réponse : 2. Malgré tout son savoir-faire et son antériorité de leader mondial.
Il n’est pas besoin d’être devin pour dire que si ça continue dans ce sens, si Ariane Espace ne se remet pas immédiatement en cause, elle est condamnée, ou survivra, intubée par des perfusions de subventions européennes.
Les conséquences de notre retard collectif commencent à se voir : les gilets jaunes, les manifestations contre la réforme des retraites, ne sont que la partie émergée d’un iceberg, sous lequel chemine l’idée d’un déclassement non encore clairement formulée.
Nous pouvons encore réagir, mais nous avons très peu de temps pour le faire, car l’évolution technologique ne se mesure plus en dizaines d’années comme autrefois, mais presque en mois.
Dans 10 ans il sera trop tard.La France est plutôt bien placée, avec ses écoles d’informatique de premier plan.
Manque une prise de conscience générale et surtout des dirigeants d’entreprises. Nous sommes face à un tsunami d’innovation. Nous devons nous relever les manches, réussir à penser différemment et accepter le changement.
Nous devons apprendre à aimer et même souhaiter le progrès.
Cessons d’être réactionnaires et aimons le progrès.
Tout un programme.
NB : le sujet de cet article, m’a été inspiré par le livre de Carlo Purassanta ex président de Microsoft France, «l’élan décisif» dans lequel j’ai puisé quelques chiffres, et dont je recommande la lecture pour ceux qui souhaitent aller plus au fond des choses …