Bizarre. Alors que les marchés actions semblent vouloir refermer la crise des droits de douane, les taux d’intérêt ne semblent pas d’accord. Le taux d’emprunt américain continue de monter, preuve que les choses ne sont probablement pas si simples.
Pourquoi les taux montent ils ?
Classiquement, les taux d’intérêt long terme ont 3 déterminants :
- Le niveau attendu de croissance de l’économie. Si le Marché anticipe une forte croissance de l’activité économique, les taux longs termes montent. À l’inverse, si l’activité anticipée est faible, les taux d’intérêt baissent. Au regard de l’incertitude sur le niveau de croissance future et le chaos commercial suite à l’instauration des droits de douane, il apparait difficile de croire que les marchés anticipent une augmentation de la croissance économique ; Dans le meilleur des cas, ils devraient anticiper un ralentissement lorsqu’ils n’anticipent pas une récession. Cette composante « Le niveau attendu de croissance de l’économie » devrait au contraire faire baisser le niveau général des taux d’intérêt long terme.
- Le niveau attendu d’inflation. Si le Marché anticipe une reprise d’inflation alors les taux long terme ont tendance à partir à la hausse. Explication possible : Les droits de douane sont inflationnistes. Hier, le directeur financier de Walmart alertait :
Mais attention, il ne faut pas confondre inflation et hausse ponctuelle des prix. Les droits de douane, c’est surtout une hausse ponctuelle (mais durable des prix), il n’y a pas, a priori, d’une inflation autoentretenue.
En même temps, le ralentissement de la croissance économique et les premiers accords commerciaux devraient calmer les craintes. Une telle hausse des prix n’est pas une bonne nouvelle pour le pouvoir d’achat du consommateur ou les profits des entreprises.
Bref, cette hypothèse d’inflation ne semble pas être une hypothèse suffisamment solide pour expliquer la hausse très récente des taux d’intérêt.
- Le niveau attendu d’émission de la Dette et le risque de défaut de l’émetteur. C’est la prime de risque. C’est, à mon humble avis, l’explication principale de la hausse récente des taux d’intérêt : Les investisseurs prennent conscience que le déficit budgétaire US s’installe comme durablement élevé. Les droits de douane ne permettront pas des rentrées fiscales suffisantes, les promesses de réductions d’impôts réduiront les recettes, la croissance économique faiblit. C’est le scénario noir qui commence à se dessiner : Des déficits budgétaires trop élevés et impossibles à résorber dans un contexte de ralentissement économique. De surcroît, partout dans le monde, les plans de relance se multiplient. Les émissions obligataires vont être très importantes dans les prochains mois, mécaniquement, les taux montent.
C’est alors un cercle vicieux qui se profile. Hausse des taux = Crainte pour la croissance économique = baisse des recettes fiscales = hausse des déficits budgétaires = hausse des taux … C’est alors une crise obligataire qui est à craindre.
Et si la hausse des taux d’intérêt n’était pas terminée ?
Il faut toujours écouter ce que disent les taux d’intérêt.
Le scénario d’une poursuite de la hausse des marchés actions ne me semble pas compatible avec ce que nous disent les taux d’intérêt :
- Soit, ce sont les taux d’intérêt qui baissent fortement dans les prochaines semaines,
- Soit ce sont les marchés actions.
Les marchés obligataires se trompent rarement. Je n’arrive pas à comprendre comment cela peut bien se terminer.