– Une chronique rédigée par Mathieu Hamel, fondateur de Mariequantier –

 

Les taux d’intérêt américains sont remontés à 2,94% à la suite de l’amélioration de l’activité manufacturière et de l’emploi aux US.

Le taux de participation de la population dans la population active a baissé alors que la population active a vu son nombre diminuer. Le facteur travail devient à la fois moins disponible et moins désirable.

Avec la poursuite de la croissance économique, les salaires horaires ont enfin augmenté, de 2,9% sur une année.

Cela reste peu, surtout si l’on prend en compte le retard accumulé depuis 2009, mais cela marque enfin la fin de la stagnation. Le risque de déflation s’éloigne un peu et les taux d’intérêt ont donc pu reprendre leur remontée.

Dans le même temps, le dollar s’est apprécié, à 1,1550. Cela pourrait d’ailleurs se poursuivre sous l’effet combiné de l’accroissement du « Quantitative Easing » en Europe, la création de monnaie par la banque centrale pour contrer la déflation, qui ne montre aucun signe d’arrêt, et de la montée des populismes en Europe, notamment néo-nazis en Allemagne, en Suède et en Hongrie.

Le cas des élections suédoises marque un coup d’arrêt à la théorie de la montée des populismes pour cause économique, notamment la crise de 2008.

Si la montée des inégalités aux USA et l’augmentation de la pauvreté sont des facteurs qui ont favorisé de la dislocation du parti démocrate et du parti républicain traditionnel, à la McCain ou à la Bush, il n’en va pas ainsi, ni en Suède, ni en Allemagne.

La montée du « Whiteism », l’idéologie pro-blanche dans les sociétés multi-raciales où les citoyens d’autres couleurs de peau accèdent à des postes de pouvoir, est un autre facteur de première importance. Le « whiteism » semble être une manifestation de la diminution de la tolérance et de l’augmentation du fanatisme, sous toutes ses formes, y compris les plus inattendues. C’est comme si nous étions passés d’une société dont le seul fanatisme était religieux, à une société où les fanatismes étaient de faible intensité mais dispersés dans tous les aspects de la vie sociale.

Pour prendre des cas concrets, nécessairement polémiques : Montessori, anti-spécisme et veganisme, luttes pour le climat, « manif pour tous » anti-gais, anti-velibisme anti-Hidalgo, lutte contre l’appropriation culturelle quoique cela veuille dire, conspirationisme, pro-putinisme, anti-migrants, etc. Nos républiques avaient appris à gérer le fanatisme religieux de chacun. Mais il semblerait qu’avec le développement des connaissances, de la science, de l’esprit critique, le religieux institué ne répondrait plus au besoin de « croire », de croire fort quelque chose, jusqu’à en refuser la remise en question.

Nos républiques sembleraient très jeunes dans la capacité à canaliser, à civiliser, la politique des « cercles clots ». Le « Whiteism » serait l’une des manifestations de ce fanatisme de faible intensité, mais structuré.

Ces mouvements et contre-mouvements se sont manifestés cette semaine sur les marchés financiers avec la campagne de publicité de Nike. Le géant du sportswear de l’Oregon, état traditionnellement adepte des contre-culture, a adopté une posture politique en prenant comme égéries les sportifs polémiques Kaepernick, Lebron James et Williams.

Après une baisse vertigineuse des ses ventes lors de la montée en puissance d’Amazon, tuant ses distributeurs, Nike a changé de stratégie il y a 2 ans en cherchant à créant une relation directe avec ses clients. En créant ses propres magasins. D’une marque de sportifs, Nike devient une marque de style de vie, du dépassement de soi, quelqu’il soit.

Le concept fonctionnant plutôt fort, Nike a cherché à accélérer la croissance de ses ventes avec cette campagne qui fait grand bruit aux USA, car elle est anti-Trump. Mais ce positionnement « politisé », touchant la sensibilité « fanatisée » des anti-Trump, est peut-être risqué. En fait, non ! Les consommateurs américains, relativement de moins en moins nombreux dans les clients de Nike sont jeunes et urbains, donc peu susceptible de soutenir Trump.

Mais surtout le rebond des ventes vient d’Europe, du Moyen-Orient et de la Chine. C’est aussi le génie de l’Amérique : faire du business américain à partir d’un sentiment anti-Amérique ! Il est donc possible de se dire : Nike présente les bons produits au bon moment, a réinventé une distribution post-Amazon en fédérant son segment et son staff autour d’une vision « qui améliore le monde » dans des espaces de vente dédiés et optimisés, il faut acheter l’action.

Mais en y regardant de plus près, le ratio price-to-earnings de Nike, le rapport entre le prix et le bénéfice, est de 69 ! L’action Nike s’achète 69 années de profits. Cher y compris pour une entreprise Tech en hyper-croissance.

 

Cela nous renvoie au niveau de surévaluation des actions américaines.

Selon le multiple Marie Quantier qui ajuste le ratio entre le prix, les bénéfices, la croissance économique et le niveau des taux d’intérêt, l’Eurostoxx 50 s’achète moins d’une année de profit alors que le SP500 se paie 20 années.

Le décrochage est massif. Les marchés émergents et l’Europe sont toujours les premiers à pâtir des doutes sur la poursuite d’un marché haussier. Ce décalage peut aussi s’expliquer par la peur des investisseurs américains d’une désintégration de l’Union Européenne face à la montée des populismes européens. Ou encore le risque de contagion de la crise des pays émergents vers l’Europe.

Assez mécaniquement lorsque les USA durcissent leur politique monétaire les pays émergents les plus fragiles connaissent des crises violentes. Soit du fait de la démesure de leurs gouvernants, soit par l’endettement en dollar et à taux flexibles de leurs entreprises.

Il nous semble que le risque des populismes ne se transformera pas en crises politiques ou militaires. Il apparaît qu’historiquement les populismes qui se transforment en régimes militairement agressif naissent du soutien de populations qui n’ont plus rien à perdre.

En Europe, les populations vivent bien trop confortablement pour entrer en guerre les unes contre les autres.

Aux USA, certaines franges de la population vivent dans des conditions de vie insurrectionnelle. Mais les institutions sont fortes et la constitution puissante et respectée.

C’est pourquoi nous restons acheteur sur les actions européennes, dans le respect de votre budget de risque.

Les financières qui ont été fortement vendues depuis le début de l’année et qui sont toujours très risquées peuvent rebondir violemment en cas d’accalmie géopolitique et politique. Il nous semble que les valorisation en Europe sont tellement basses, que le risque d’une crise économique est quasiment déjà intégré dans le prix. Mais n’oublions jamais que les actions européennes ne montent jamais sans que les investisseurs américains s’y intéressent …




2 Comments

  1. « En Europe, les populations vivent bien trop confortablement pour entrer en guerre les unes contre les autres ».
    Certes, on est pas en 1939, mais en réalité la guerre a déjà commencée, pas entre les pays d’Europe, mais déplacée sur d’autres zones (cf Libye, Syrie, Yemen…) avec les conséquences qu’on connaît, qui elles, se déplacent chez nous (crise migratoire, augmentation forte de la dette en raison de la hausse des budgets militaires et de soutiens de certains factions étrangères, attentats sur nos territoires, coût de l’accueil des migrants, coup de rabots budgétaires, etc). Par ricochet, cela peut amener assez rapidement à des guerres civiles larvées car les peuples sont épuisés par ces efforts de guerre qui ne disent pas leur nom. La montée des fanatismes est la résultante d’autres fanatismes d’états qui imposent aux peuples des décisions prisent sans leurs concertations. En plus, la mondialisation diffuse le problème sur l’ensemble du globe. Un peu à l’exemple des subprime en 2008. Je pense qu’aucune zone ne se sera réellement épargnée en réalité en cas de crise financière profonde. Il convient à mon sens d’adopter une vision nettement plus disruptive que ce qui a été fait jusqu’à maintenant concernant les placements financiers, en faisant appel notamment à d’autres leviers que celui seul de faire de l’argent. Mamon est un mauvais maître. Tout un programme.

  2. Concernant les financières en Europe: D’énormes risques ont été pris par les banques avec des niveaux de levier stratosphérique. Une des banques européenne de loin la plus exposée au niveau des produits dérivés (entre 40 à 50 trillions de dollars d’exposition) vient de perdre son plus gros actionnaire, il faudra un tour de magie extraordinaire des banques centrales pour faire avaler cette couleuvre aux investisseurs.
    Les valos sont certes très basses, mais il y a peut-être des raisons valables…

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