Depuis quelques jours, les articles de presse se multiplient pour s’alarmer de la violente hausse des taux de crédit immobilier pour ce mois d’Avril 2020. Nombre de courtier en crédit immobilier font part d’une hausse qui peut atteindre 0.70%, soit une augmentation de 30% des taux de crédit immobilier entre le mois de Mars et ce début du mois d’Avril.
Cette hausse est considérable, mais, pour le moment, elle n’est pas réelle. Il faut attendre la fin du confinement et le retour à la « vie normal » pour savoir si cette hausse est vraiment sérieuse.
Explication.
A court terme, dans une période de confinement ou toute l’activité est en mode pause, et notamment les services prêt des banques, augmenter le taux des barèmes prescripteurs est une solution rapide et efficace pour réduire les nouveaux dossiers et permettre aux banquiers de ne pas être débordés par des nouveaux dossiers qu’ils ne pourront gérer alors même qu’une partie non négligeable de leurs salariés du siège sont en arrêt maladie pour garder les enfants ou en télé-travail.
Les banques utilisent les courtiers en crédit immobilier comme un réseau d’apporteurs d’affaires dont elles modulent l’importance en fonction des besoins de nouveaux dossiers de crédit immobilier :

  • Lorsque les banques veulent augmenter l’afflux de nouveaux dossiers, comme c’est souvent le cas en début d’année, le barème des taux qu’elles proposent aux prescripteurs (courtier en crédit immobilier et autres apporteur d’affaires comme les constructeurs de maisons individuelles) est particulièrement compétitif.

 

  • A contrario, lorsque les banques veulent freiner l’afflux de nouveaux dossiers ou privilégier l’apport de client venant de leur réseau de commerciaux en propre, les banques augmentent les taux proposés aux prescripteurs ; C’est la un phénomène que nous observions déjà à la fin de l’année 2019 lorsque les banques voulaient limiter l’apport de client en provenance des courtiers au profit de leur propre réseau d’agences (Une réflexion que nous vous proposions déjà dans cet article : « Crédit immobilier : Le courtier ne vous permet plus d’obtenir le meilleur taux immobilier ! »).

 
Dans les faits, il existe donc deux barèmes de taux de crédit immobilier dans les banques :

  • Le barème des taux de crédit immobilier destiné aux conseillers bancaires et négociable en fonction de la situation patrimoniale de l’emprunteur ; Le plus souvent, il s’agit d’un barème apparemment peu compétitif mais qui est en réalité largement négociable en fonction des dossiers ; Il s’agit d’un barème de base fourni au conseiller en agence, mais qui nécessitera une dérogation, un accord commercial du directeur d’agence, du directeur de groupe d’agence ou du directeur régional en fonction de le faiblesse du taux demandé en négociation par l’emprunteur.

 

  • Le barème des taux de crédit immobilier à destination des prescripteurs ; Il s’agit d’un barème de taux de crédit immobilier qui est envoyé tous les mois aux prescripteurs que sont les courtiers en crédit immobilier mais aussi les constructeurs de maison individuelles et certains agents immobilier. Le barème prescripteur est un barème déjà négocié qui vise à attirer le prospect qui ne serait naturellement pas venu en agence (c’est la raison pour laquelle votre courtier vous demande toujours le nom des banques que vous avez déjà rencontrées avant de vous faire une proposition – Le courtier n’est pas rémunéré si vous propose un crédit immobilier dans une banque que vous connaissez déjà).

 
Ce sont les taux affichés dans le barème prescripteur qui ont fortement augmentés en ce début de mois d’Avril. Mais attention, il est trop tôt pour conclure à une augmentation des taux ; Pour le moment, il semble prudent de considérer cette hausse comme la volonté pour les banques de réduire les apports prescripteurs alors que l’activité des services prêts est limitée pendant cette période de confinement.
Les services prêts sont aujourd’hui affectés par des salariés en confinement et parfois en arrêt pour garde d’enfant ou en télétravail, mais surtout, ils sont fortement sollicités par les demandes de suspension de mensualité ou autres mesure d’urgence qui exige l’impression d’un avenant à l’offre de prêt immobilier. Augmenter le taux de crédit immobilier des barèmes prescripteurs est une solution facile et efficace pour réduire l’apport de nouveaux dossiers qui, de toute manière, ne pourront pas être correctement traités pendant cette période de confinement.
 
 

Néanmoins, il ne faut pas exclure l’hypothèse d’une hausse des taux de crédit immobilier progressive au gré de la reprise d’après crise du coronavirus.

Comme vous l’aurez compris, cette hausse surprise des taux de crédit immobilier en Avril n’est pas réelle. Elle est strictement liée au confinement et à l’obligation pour les banques de réduire le flux de nouveaux dossiers en provenance des courtiers en crédit immobilier.
Pour le moment, pas de panique.
Il est d’ailleurs intéressant de chercher l’origine de ces articles de presse qui dénoncent ces augmentations : Il s’agit de communiqué de presse des communicants des courtiers. Ces derniers ne font rien d’autre que du lobbying, face à une situation économique qui s’annonce d’ores et déjà désastreuse pour le secteur.
Néanmoins, il ne faut pas exclure l’hypothèse d’une hausse des taux de crédit immobilier progressive au gré de la reprise d’après crise du coronavirus. L’hypothèse d’un retour de l’inflation ne doit pas être totalement exclue comme le présente parfaitement Patrick Artus dans une notre récente dont voici un extrait :

« S’il y a davantage d’inflation dans la zone euro après la crise, quelles conséquences ? 

Nous pensons qu’il est très probable que l’inflation soit plus forte dans la zone euro après la crise du coronavirus que ce qu’elle aurait été sans la crise, avec :

– des revendications salariales qui devront être satisfaites ;
–  des relocalisations en Europe de productions aujourd’hui réalisées dans des pays émergents à coûts salariaux faibles ;
–  la destruction de capacités de production pendant la crise.

Si l’inflation est plus forte dans le futur dans la zone euro, il faut attendre :

    • une tension sur les taux d’intérêt à long terme, pas favorable avec des taux d’endettement très élevés ;
    • un dilemme pour la BCE, avec le besoin d’éviter une crise des dettes publiques et privées, mais en même temps une inflation plus forte.

Nous analysons les possibles choix de la BCE dans cet environnement. Que fera-t-elle ?

    •  réagir à l’inflation en remontant ses taux d’intérêt directeurs ? Certainement pas avec les taux d’endettement élevés ;
    •  maintenir le Quantitative Easing pour empêcher la pentification de la courbe des taux d’intérêt ? Probablement pas avec l’inflation.

Il y aurait donc bien pentification de la courbe des taux d’intérêt avec taux d’intérêt à court terme restant bas et hausse des taux d’intérêt à long terme. « 

 
A suivre …
 

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