– Un article engagé et engageant rédigé par Maxime GODON, analyste patrimonial, fiscal et successoral indépendant 
 
Chaque cliché comporte une part de vérité paraît-il, c’est selon moi c’est plus ou moins vrai. Mais vous m’accorderez que la relation conflictuelle entre les français et l’impôt n’est pas que fantasmée. Partant de ce postulat, si l’investissement financier défiscalisant n’existait pas, il faudrait l’inventer !
Malheureusement pour nous, ces produits financiers offrant une réduction d’impôt existent déjà. Et puisque la carotte fiscale est depuis longtemps un outil privilégié d’orientation des investissements en France, il en existe une grande variété.
Les meilleures idées ne tiennent jamais en un seul film, alors voici le sommaire de ma saga sobrement intitulée « Les produits financiers de défiscalisation » :

  • Episode 1 – Les FIP et FCPI : une arnaque qui soufflera bientôt ses 17 bougies
  • Episode 2 – Girardin Industriel : le goût du risque
  • Episode 3 – Détournement de la loi TEPA : plus sécurisé, vraiment ?
  • Episode 4 – les Groupements Fonciers Forestiers (GFF) : l’arbre qui cache la forêt

 
L’objectif principal de ces articles sera de vous démontrer que réduire son imposition ne doit jamais être une fin en soi. Ignorer cette règle fondamentale de la gestion de patrimoine ne vous amènera que rendement décevant ou perte en capital.
Ne vous inquiétez cependant pas pour le professionnel qui vous aura vendu ces produits car comme le dit le proverbe : « à quelque chose malheur est bon ». Et si les rendements s’envolent, l’up front reste.
Passons tout de suite à nos premiers invités qui ne viennent jamais l’un sans l’autre :

  • Les Fonds d’Investissement de Proximité (FIP)
  • Les Fonds Communs d’Investissement dans l’Innovation (FCPI)

 

Les FIP & FCPI : une belle idée à l’épreuve de la pratique financière

 

FIP & FCPI, belle est la théorie

 L’octroi d’un avantage fiscal en contrepartie d’un investissement respectant un cahier des charges précis est un outil régulièrement utilisé en France. L’objectif étant de flécher l’investissement particulier français dans des domaines jugés prioritaires.
Concernant les FIP et FCPI, il s’agit de vous encourager à apporter des capitaux aux PME françaises.
 

Le point sur la philosophie de ces produits

 A l’heure actuelle, près de 70% des capitaux placés en assurance-vie le sont au sein du Fonds en Euros. C’est dire les difficultés rencontrées par les PME françaises pour attirer des capitaux via l’investissement. Sans compter que ces PME relèvent souvent du non-coté.
Cette absence de cotation suppose une valorisation ainsi qu’une liquidité incertaine. Rien de nature à attirer les investisseurs français réputés pour être timorés sur le sujet.
C’est là qu’intervient la réduction d’impôt sur le revenu de 18% offerte en contrepartie d’un investissement au capital de PME  respectant de nombreux critères. Ces critères ne sont pas utiles dans cet article, je vous en fais donc grâce.
Cette incitation n’occulte cependant pas la complexité d’un tel investissement pour un particulier comme vous et moi. Afin de rendre ce dispositif fiscal accessible au plus grand nombre, les FIP et FCPI ont fait leur apparition il y a presque 17 ans.
Les FIP sont soumis à une condition géographique d’investissement. Ils doivent donc être composés à 70% d’actifs d’entreprises situées dans une zone géographique restreinte choisie lors de la constitution du fonds.
Les FCPI quant à eux sont soumis à une condition de nature. 70% de l’actif d’un FCPI doit donc être constitué d’entreprises considérées comme innovantes.
L’existence de ces produits vous simplifie grandement la vie puisque votre seule obligation est de conserver les parts de FIP ou FCPI pendant une durée minimale de 5 ans afin d’entériner l’avantage fiscal.
Dans la mesure où ces produits supposent un blocage du capital investi pour une durée de 5 à 8 ans, vous n’avez en fait rien d’autre à faire que de signer un chèque après une présentation très succincte de la stratégie d’investissement par votre conseiller, limpide !
En finalité, vous obtenez une réduction d’impôt égale à 18% de votre investissement (peut-être bientôt de 25% si la Commission Européenne donne son aval) en échange d’un investissement dans l’économie réelle pour une période minimale de 5 ans pouvant être portée à 8 ans maximum.
Une belle philosophie n’ayant rien à envier à l’idée d’investissement productif si chère à certains de nos hommes politiques actuels.
 

Un rendement théorique attractif

Sur le papier, l’investissement promet un rendement attractif.
En effet, vous êtes déjà assurés d’obtenir une réduction d’impôt de 18% dès l’année suivant votre investissement. Dans l’hypothèse d’une plus-value nulle à la liquidation du produit, vous êtes donc certain d’obtenir un rendement annuel allant de 3.60% sur 5 ans à 2.25% sur 8 ans.
Et puisque ce rendement annuel assuré prend la forme d’une réduction d’impôt, nous parlons d’un rendement net de fiscalité.
Par ailleurs, ces produits disposent d’un potentiel de rendement supplémentaire prenant la forme d’une plus-value éventuelle lors de la liquidation du produit au bout de 5 ans à 8 ans.
Encore une fois, cette plus-value bénéficie d’un avantage fiscal : une exonération d’impôt sur le revenu. Les prélèvements sociaux (17.20%) seront tout de même à payer.
 
L’argumentaire est donc facile à dérouler :

  • Réduction d’impôt (18% pour le moment)
  • Potentiel de plus-value à la liquidation
  • Exonération de la plus-value (IR) mais PS (17.20% à régler)
  • Participation au financement de l’économie réelle

 
Bien sûr, l’investissement dans les FIP ou FCPI comporte un risque de perte en capital. En effet, investir au capital de PME françaises comporte logiquement une part de risque supérieure à un investissement en action cotées. Pas question donc de comparer cet investissement au rendement d’un livret A ou d’un fonds en Euros.
 

La pratique : tout le monde est gagnant (sauf vous)

Comme nous l’avons vu, rien dans la théorie de ces produits n’incite à la méfiance. Vous pouvez éventuellement considérer que la réduction d’impôt n’apporte qu’un faible rendement annuel assuré mais il reste encore le potentiel de plus-value à la liquidation.
Et réduire son imposition, c’est déjà un argument très accrocheur chez nous !
Alors, où est le piège dans ces produits ?
 

Une cascade de frais rédhibitoires

Les frais, le nerf de la guerre, le principal fossoyeur de la rentabilité de vos investissements. Soyons réalistes, il n’est pas possible d’échapper aux frais dans les produits financiers, ils sont de toute façon partout.
Et tout professionnel doit vivre de son activité, mon point de vue est que les frais doivent être proportionnels au service rendu pour être justifiables.
Dans le cas présent, nous sommes face à un cas d’école : des frais injustifiés et contraires à vos intérêts.
 

Les frais d’entrée

Ces frais payés à l’entrée permettent de rémunérer le vendeur du produit. Ils évoluent dans une fourchette allant de 0% à 5%. Le plus souvent, ces frais seront fixés à 5% et aucune négociation ne vous sera proposée.
Justifier de tels frais d’entrée est assez simple et tient en un seul et unique argument : ils sont fixés par la société créatrice du produit et votre conseiller n’a pas de marge de négociation sur ceux-ci. Vous trouverez généralement ces 5% de frais imprimés noir sur blanc sur le bulletin de souscription, ce qui semble attester de la nature fixe de ces frais.
La réalité est toute autre. Bien que ces 5% de frais soient inscrits noir sur blanc, ils sont négociables et c’est bien votre conseiller qui a toute latitude pour les fixer. Ces 5% correspondent tout simplement aux frais les plus élevés possibles.
Ces frais seront par la suite intégralement reversés à celui-ci. C’est ce qu’on appelle un up-front.
Le travail de votre conseiller justifie-t-il un tel niveau de frais ? Assurément non puisque son rôle se limite à remplir le bulletin de souscription et à vous accompagner dans l’estimation du montant à investir.
Inutile de lui demander des détails sur la conception du fonds puisqu’il ne possède lui-même que des informations très floues sur la stratégie du produit. Il en sera d’ailleurs de même pendant toute la vie du FIP ou FCPI.
Pour vous la conséquence est par contre immédiatement palpable puisque ces frais sont réglés en sus du montant investi. Pour 10 000 € investi, vous signerez donc un chèque de 10 500 €.
Ainsi le rendement immédiat du produit lié à la réduction d’impôt passe à 13% en prenant en compte ces frais.
 
Comparatif :

  • Rendement avant frais d’entrée : de 3.60% à 2.25% annuel selon la durée de blocage
  • Rendement après frais d’entrée : de 2.60% à 1.625% annuel selon la durée de blocage

Dans la mesure où ces produits durent 8 ans pour la grande majorité des cas, le rendement est déjà bien moins intéressant au vu du risque de perte en capital.
Et ce n’est malheureusement pas terminé.
 

Les frais de gestion annuels

Au-delà de ces frais d’entrés payés en plus du capital investi, la société gérant votre FIP ou FCPI va prélever chaque année des frais de gestion. Logiquement, ces frais de gestion sont imputés sur l’encours global investi.
Ces frais de gestion sont variables mais la norme se situe entre 3% et 4% par an. Si vous pestez contre les 1% de frais prélevés annuellement sur votre contrat d’assurance-vie, voilà de quoi remettre les choses en perspective.
Et puisqu’on parle de remettre les choses en perspective, prenons pour l’exemple des frais de gestion de 3.50% annuel. Vous perdrez donc 17.50% de performance sur ce type de produit à horizon 5 ans. La perte se portant à 28% pour la durée la plus courante, soit 8 années.
Concrètement, si la plus-value globale s’élève à 28% lors de la liquidation de votre investissement, vous ne gagnerez rien hormis la réduction fiscale à l’investissement. Ce qui vous laissera une maigre rémunération sur 8 ans de 13% après paiement des frais d’entrée soit un rendement annuel mirobolant de 1.625%.
Et si le FIP ou FCPI présente une plus-value inférieure à 28% lors de la liquidation ? Alors vous commencerez à voir votre réduction d’impôt éponger votre perte en capital, jusqu’à un certain point.
Reste la question de la justification de ces frais. Dans la pratique, une fois le produit constitué, il n’y aura pas d’arbitrages puisque les titres doivent être détenus 5 ans au minimum. Le rôle du gestionnaire se limite donc à constituer le fonds puis à suivre les sociétés détenues. Du moins j’espère qu’il y a un suivi puisque votre conseiller vendant le produit aura toutes les peines du monde à connaître la situation du produit en cours de vie. Impossible à vérifier donc.
Et ne comptez pas sur la cotation du produit puisqu’en plus d’être annuelle, il est impossible de fixer réellement la valeur des participations non cotées au sein du FIP ou FCPI. Les cotations ne seront donc que des estimations. Vous ne saurez ce qu’il en est que lors de la liquidation du produit.
 

Des performances logiquement médiocres

 Investissement par nature risquéfrais très élevésopacité totale pendant l’investissement : tous les ingrédients sont réunis pour que vous soyez le dindon de la farce même avec la réduction d’impôt.
Reste alors à vérifier cette théorie et la matière première est riche. J’ai donc pris 205 FIP & FCPI tous liquidés à l’heure actuelle et dont la date d’ouverture varie de la fin des années 2000 au début des années 2010.
La performance moyenne de ces 205 produits est de -8.71% avec un delta allant de +9.75% à -40.44%
En considérant des frais d’entrée s’élevant à 5%, la performance moyenne d’un FIP ou FCPI est donc de … 4.29% sur la globalité de l’investissement soit une performance annuelle allant de 0.86% à 0.54%.
 
Pour résumer :

  • Rémunération du conseiller / vendeur : 5% la plupart du temps
  • Rémunération moyenne de la société gérante du produit : entre 17.50% et 28%
  • Retour sur investissement moyen pour vous : 4.29%

 

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