Article traditionnel du début de l’année, essayons ensemble de construire une stratégie d’investissement pour 2016.
Mais avant cela, avant de vous donner ma vision de l’investissement en 2016, analysons la pertinence (ou non) de nos conseils 2015. C’est bien de faire de la prospective, mais il est essentiel de vérifier la cohérence de celle-ci.
Dans notre article de prospective pour 2015 « Stratégies d’investissements et de placements pour 2015. Votre patrimoine face à la déflation.« , nous écrivions :
Depuis 2013, notre analyse est constante et la stratégie d’investissement n’évolue guère. Nous sommes en déflation, engluer dans une croissance faible voire inexistante pour de très nombreuses années encore.
Les politiques monétaires, toujours plus accommodantes, ne changent rien et ne parviennent pas à relancer la machine économique mais conduisent simplement à la création d’une formidable bulle sur l’ensemble des actifs.
L’injection massive de liquidités et probablement le prochain Quantitative Easing (QE) annoncé par la banque centrale européenne permettent seulement de se donner du temps, mais ne règle rien. Dans un monde sans croissance marqué par des surcapacités de production mondiale, baisser les taux d’intérêt ne donne pas l’envie d’investir. Pour investir, les entreprises ont besoin de visibilité et d’espoir dans une augmentation future de chiffre d’affaire… On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif.
Seule la croissance économique peut combattre la déflation.
L’analyse de fond n’a pas changée d’une virgule : Nous sommes en déflation pour des raisons multiples (vieillissement de la population et donc moindre consommation ; innovation technologique massive induisant une des coûts de distribution et une baisse des prix, …) mais l’intervention massive des banques centrales modifient profondément le prix des actifs qu’ils soient immobilier, action, obligation.
Les banques centrales restent toujours très accommodantes et espèrent toujours relancer la croissance économique en inondant le monde de liquidités. Cette relance de la croissance économique par le crédit ne fonctionne pas et les banques rechignent à refaire les mêmes erreurs que celles qui sont à l’origine de la crise de 2008 (et on peut le comprendre).
A mon sens, et comme je vous l’expliquais dans cet article « Les politiques monétaires accélératrices d’innovations et fondatrices d’un nouveau cycle de croissance ?« , c’est l’investissement en capital dans les entreprises qui permet aujourd’hui d’apprécier l’efficacité de la politique monétaire des banques centrales. Nous sommes dans une économie de bulle spéculative (la bulle des sociétés internet, puis la bulle de l’immobilier, …).
Ce sont les excès d’investissement (=bulle) qui sont à l’origine de la croissance future et ce sont les excès d’investissement dans les entreprises de l’économie collaborative (blablacar, uber, AirBNB, …) mais aussi dans les Fintechs qui sont à l’origine des nouvelles perspectives de croissance économique.
Lorsque la bulle éclatera, les excès du passé laisseront des cadavres et de nombreuses entreprises feront faillite faute de nouveaux capitaux permettant d’alimenter une activité non rentable, mais l’impact sur la croissance économique future est certain. Souvenez vous que Google ou Amazon sont les rescapés de la bulle de l’internet des années 2000. La formidable avancée technologique que nous connaissons aujourd’hui aurait elle été possible sans les excès de la bulle de l’internet des années 2000 ? Pas certain. Les excès d’investissement actuels permettront probablement de dessiner la nature de la croissance économique de demain.
Mais alors, comment investir en 2016 ?
Une fois ce constat réalisé, la question est de savoir comment l’utiliser pour définir une stratégie d’investissement pour 2016. Rappelons les points forts de l’analyse :
– Nous sommes en déflation (baisse généralisée des prix) ;
– Tous les actifs sont très (trop chers) du fait d’une politique monétaire particulièrement accommodante ;
– L’innovation actuelle est séduisante, elle construit la nature de la croissance économique de demain mais à court terme nous sommes en excès d’investissement et de valorisation (=bulle) ;
– Les taux de rendement de l’épargne sont ridiculement faibles et cela devrait continuer en l’absence de croissance et d’inflation ;
– Les taux d’emprunt sont ridiculement faibles et ne devraient pas bouger tant que la croissance et l’inflation sont proches de 0 ;
– En attendant les conséquences de l’innovation sur la croissance future, la croissance actuelle est faible et l’emploi détruit par l’innovation ; C’est la phase destruction du cycle de « destruction – créatrice » de Schumpeter ; Nous sommes en stagnation économique et en destruction de valeur.
Accepter l’idée de la déflation, c’est accepter l’idée que l’ensemble des actifs doivent voir leur valeur baisser et notamment les actifs dont la valeur est fonction des flux futurs générés. Comme nous vous l’écrivons depuis 2013, il faut :
-Privilégier les investissements ou placements garantis en capital malgré une rémunération apparente ridiculement faible.
C’est la raison pour laquelle le fonds euros de votre contrat d’assurance ou le PEL resteront d’excellente solution de placement pour 2016. Malgré des taux de rendement toujours plus faible, la seule garantie de maintenir la valeur de votre épargne doit déjà être considérée comme une source d’enrichissement. cf « Quel rendement pour l’assurance vie en 2015 ?
– Envisager de vendre les actifs dont la valeur atteint aujourd’hui des niveaux très élevés tels que l’immobilier résidentiel ou les bureaux (SCPI).
Les taux d’intérêt bas devraient permettre donner l’impression d’un marché immobilier dynamique en 2016. Les volumes devraient repartir à la hausse et les prix devraient limiter leur baisse. Néanmoins, il serait une erreur de considérer cette respiration comme un nouveau cycle de hausse des prix de l’immobilier : Seule la violente baisse des taux d’intérêt explique ce regain d’activité et la hausse des taux qui doit se profiler finira d’achever le marché.
Ainsi, comme nous vous l’expliquions dans cet article « Quelles stratégies pour gérer son patrimoine en 2016 ?« , cette amélioration temporaire du marché de l’immobilier doit encourager les vendeurs à céder leur bien immobilier locatif devenus trop peu rentables et sans perspective de revalorisation. La faiblesse des taux d’intérêt solvabilise les acquéreurs potentiels et limite la négociation à la baisse des prix. Vendeurs, profitez du regain de 2016 pour vous débarrasser des vos immeubles non rentables (faible rendement locatif et médiocres perspectives de valorisation lorsque les taux d’intérêt augmenteront).
Le candidat investisseur immobilier doit être actif sur le marché immobilier en 2016. Entre un marché encore peu dynamique, des vendeurs pressés de vendre leur bien pour profiter du retour de l’activité, et surtout des taux d’intérêt très faibles, il doit y avoir de bons investissements immobiliers à réaliser en 2016 : En deux mots, et nous détaillons la réflexion dans cet article « Et si c’était le moment d’investir dans l’immobilier ? Prix en baisse, taux de crédit immobilier faibles, vendeurs aux abois…, je crois que la moins value certaine que réaliseront les acquéreurs immobiliers en 2016 sera compensée par le niveau très faible des taux d’intérêt auquel ces derniers se financent. Pour comprendre « Quelles stratégies pour gérer son patrimoine immobilier en 2016 ?« .
– Diversifier avec grande prudence sur les marchés financiers actions, en gardant en mémoire et en permanence, que le marché est spéculatif et repose principalement sur l’interventionnisme massif des banques centrales. C’est la bourse casino !
La déconnexion entre le marche action et l’économie réelle est forte et maintenu artificiellement par les banques centrales. Au regard des fondamentaux de long terme, les marchés sont valorisés à leur juste prix (légèrement au dessus, mais guère notamment depuis la consolidation de la mi décembre 2015). Cela doit nous encourager à être relativement prudent.
La croissance mondiale devrait être poussive ; La croissance des Etats-Unis devrait connaître ses premières déconvenues ; La croissance de la Zone euro légèrement supérieure à 1% ; La croissance chinois proche de 0% ; Bref, rien de sérieux qui puisse justifier une prochaine hausse des cours de bourse, néanmoins nous ne sommes pas à l’abri d’une valorisation des marchés poussés par la spéculation et les banques centrales : Avec un CAC40 à 4500 points, le marché action est le seul marché qui ne soit pas encore totalement déconnecté de ces valorisations fondamentales de long terme. Cela peut il justifier une prochaine hausse ?
L’investisseur spéculateur et joueur pourra chercher spéculer et investir sur les marchés financiers (à condition d’être réactif et capable de sécuriser le capital rapidement – Mais ne cherchez pas, vous avez perdu d’avance, la nature humaine est ainsi faites -) alors que l’investisseur prudent et patrimonial préférera rester en dehors du marché et ne pas prendre des risques inconsidérés.
– Et surtout, arrêter de croire les bonimenteurs qui vous assurent un rendement supérieur à 4% sans risque ! Nous sommes dans un monde sans rendement, l’investissement rémunérateur est par nature risqué.
– Cesser d’écouter votre banquier lorsqu’il vous assure que vous devez investir sur les marchés actions car c’est le seul investissement rentable !