Nous sommes dans une tornade. Après l’explosion de la bulle immobilière en 2022 suite à la hausse des taux d’intérêt, nous assistons à l’éclatement de la bulle financière avec les frasques du gouvernement des États-Unis.
Oui, on peut le dire : Nous étions dans une bulle immobilière liée aux taux d’intérêt trop bas. Les prix ont fortement baissé dans les très grandes métropoles (Lyon et Paris principalement en France), mais également pour l’immobilier de rendement (immeuble de rapport ou immobilier d’entreprise et notamment bureaux).
Aujourd’hui, une bulle financière globale pourrait bien être en train d’être révélée par les récents développements de la politique des Etats-Unis :
- Bulle obligataire : Des taux d’intérêt beaucoup trop faibles pour de nombreux acteurs trop endettés ; Après des années de taux excessivement bas, manipulés par les banques centrales, il faut maintenant payer la facture. La hausse du taux d’emprunt des États-Unis doit être surveillée avec beaucoup d’attention.
- Bulle sur certaines entreprises cotées et non cotées : Des valorisations non tenables dans un monde qui se démondialise ; La mondialisation a poussé les taux de profit à des sommets ; La démondialisation réduit l’optimisation des chaînes de production ; Elle est inflationniste et destructrice de profit pour les entreprises mondialisées.
- Et probablement bulle monétaire avec un dollar beaucoup trop fort au regard de la faiblesse de l’économie US.
Bref, nous assistons à un vaste mouvement de remise à zéro, d’assainissement d’une situation qui apparaît comme intenable. Un assainissement indispensable avant l’avènement d’un nouvel ordre mondial ?
L’équilibre du monde serait-il en train de basculer ?
Nous ne sommes pas dans une simple crise des droits de douane. Nous vivons une crise structurelle, quasiment une crise de civilisation. C’est toute la construction de nos sociétés qui semble être contestée.
Dans sa dernière lettre, Edouard Carmignac pose des mots très juste sur le moment que nous traversons.
Il écrit en conclusion « l’effritement de l’empire américain est indiscutablement préoccupant et ne pourra qu’être heurté, l’avènement d’un nouvel ordre mondial recèle bien des opportunités qu’il nous appartient dès à présent de saisir ».
Nous sommes littéralement en train de détruire l’ordre mondial (et ensuite, nous pourrons le reconstruire).
Quel bouleversement ! Donald Trump qui s’était fait réélire sur les promesses d’une croissance plus soutenue, d’une moindre inflation en favorisant l’investissement, moins de régulation et une réduction des dépenses publiques, déclare aujourd’hui une guerre commerciale tous azimuts. Si les hausses de droits de douane annoncées devaient être mises en place, l’économie américaine entrerait en récession, ces augmentations de tarifs représentant un prélèvement de près de 2% sur le revenu disponible du consommateur américain, alors que l’inflation pourrait être portée à près de 5%.
Ces brusques volte-face successives ébranlent sévèrement tous les marchés. Au-delà des protections légitimes mises en place pour répondre à la recrudescence des incertitudes, il nous semble essentiel d’aménager notre stratégie d’investissement en fonction de la nouvelle donne géopolitique et économique qui s’annonce.
Depuis la fin de la première guerre mondiale, les Etats-Unis se sont comportés en garants de la sécurité de l’Occident et de ses valeurs. En offrant la victoire sur l’Ukraine à Mr. Poutine, quel est aujourd’hui le crédit dont peut encore bénéficier Washington auprès des Européens, du Japon ou de Taïwan ? Certes, il pourrait être reproché à leurs alliés de contribuer insuffisamment au coût de leur défense, mais ne le font-ils pas déjà en achetant principalement des armements made in USA et en finançant généreusement la dette américaine ? C’est précisément ces achats d’emprunts d’Etat et d’actions yankees qui ont permis aux Etats-Unis de vivre au-dessus de leurs moyens ces dernières années, leur déficit commercial croissant étant financé à moindre frais par l’étranger. Le lancement d’une guerre tarifaire réduira certes le déficit commercial américain, mais au prix d’un surcoût notable pour le consommateur et d’un accroissement du déficit public induit par une chute de l’activité.
La conduite d’une politique aussi aberrante n’est pas soutenable et amènera sans aucun doute à faire prévaloir le « bon sens » tant mis en avant par D. Trump au cours de sa campagne électorale. Mais quand ? Quelle devra être la dissuasion des marchés et des chutes d’activité pour l’y contraindre ? En attendant, la prudence s’impose, d’autant que l’affaiblissement du dollar nous semble inévitable. Nous conservons les valeurs technologiques au cœur de l’intelligence artificielle, mais réduisons l’exposition américaine, allant au-devant du reflux, nous semble-t-il inévitable, des capitaux hors Etats-Unis dont la part de la capitalisation boursière mondiale approchait en début d’année 70%.
La défiance envers le principal marché mondial est naturellement lourde de conséquences pour le reste du monde. Elle crée cependant des opportunités prometteuses. Ainsi le retrait à venir annoncé par les Etats-Unis d’un soutien de la défense européenne aggrave les pressions sur notre Union de reprendre notre destin en main. L’Allemagne redeviendra la locomotive de la croissance européenne en s’apprêtant à porter son déficit public à 4/5%, alors qu’il plafonnait en moyenne à 1 ½ % de son PNB au cours des 75 dernières années. Certes, ce regain d’investissement s’étalera sur les trois prochaines années, mais il bénéficiera à l’ensemble de ses partenaires européens ne disposant pas de la même latitude budgétaire. Ils auront un accès privilégié (sans tarifs !) auprès de la plus large économie de l’Union, dont le taux de croissance passera de la stagnation enregistrée ces deux dernières années à une croissance proche de 2%.
Au-delà de nos rives, l’univers émergent devient plus attrayant, soutenu à la fois par notre attente d’un dollar plus faible et de taux d’intérêt réels plus faibles, accompagnant la décélération de la croissance américaine. Nous privilégierons l’Amérique Latine, largement épargnée par la menace des tarifs des Etats-Unis, dont la criante sous-évaluation des actifs devrait être corrigée par la « déferlante Javier Milei ». Son succès fait progressivement basculer les pays de la zone vers une gouvernance plus favorable à la croissance. Parmi les économies les plus prometteuses, l’Inde mérite une mention particulière. Disposant d’un gouvernement stable et favorable à l’investissement privé, l’Inde est en mesure de poursuivre sa croissance à un rythme proche de 6%, favorisant l’éclosion de sociétés de qualité conduites par des entrepreneurs éclairés. Nous n’oublierons pas la Chine, grande gagnante du repli américain auquel elle fait notamment face par une stimulation sans précédent de ses entreprises de technologie.
En conclusion, si l’effritement de l’empire américain est indiscutablement préoccupant et ne pourra qu’être heurté, l’avènement d’un nouvel ordre mondial recèle bien des opportunités qu’il nous appartient dès à présent de saisir.
Un « effritement » de l’empire américain que l’on pourrait résumer dans cette interview TIM COOK, Pdg de Apple :
Se protéger face à l’effritement de l’empire américain (sic!).
Le moment est délicat. Imprévisible et à haut risque. Effritement.
Avant d’envisager le monde d’après, avant d’investir dans le nouvel ordre mondial en construction, il semble prudent de vous protéger contre l’effritement en cours de l’empire US.
(On notera l’utilisation par Edouard Carmignac du terme « effritement » – Il est beaucoup trop tôt pour parler d’effondrement, même si, nous pourrions être tentés au regard de la médiocrité du spectacle offert pour le gouvernement US)
Un effritement qui nous affectera tant la croissance mondiale est aujourd’hui dominé par la puissance des États-Unis.
Un effritement qui impose de se protéger. Il est beaucoup trop tôt pour investir dans le nouvel ordre mondial. On verra dans quelques mois ou peut-être année.
En attendant, on privilégie les valeurs refuges ! Des valeurs refuges qui sauront satisfaire les besoins premiers des citoyens : Manger (Terres agricoles) ; Dormir (immobilier) ; Sécurité (logement dans des zones protégées) ; Famille ; Énergie (forêt ; autosuffisance énergétique) ; Monnaie (OR ; Franc Suisse).