Enfermés dans nos narrations, nous vivons dans une réalité parallèle, dans un monde imaginaire que nous construisons à force de tordre les faits et les actes.
La narration, c’est, par exemple, une guerre dont personne ne sait comment on pourra sortir, mais Donald Trump qui annonce triomphant que la guerre est déjà presque terminée, comme il l’expliquait déjà avec la guerre en Ukraine commencée il y a 4 ans.
La narration, c’est le monde imaginaire que nous aimons nous construire à force de discours, de déclarations, alors même que les faits et les actes démontrent pourtant une réalité différente.
Nous vivons chacun dans notre narration, le monde vit dans sa narration.
Dans notre vie personnelle, nous avons chacun notre manière d’interpréter un même fait.
Nous nous racontons des histoires sur nos enfants, notre conjoint, nos relations sociales, et surtout sur nous-mêmes, nos défauts, nos qualités, nos échecs. Une interprétation qui dépendra de notre expérience, de ce qu’on n’osera pas s’avouer, de notre incapacité à assumer nos actes. On se raconte des histoires sur nous, nos proches, nos actes…
Nous reconstruisons nos décisions.
Nous expliquons nos échecs en les faisant porter sur les autres,
Nous justifions nos mauvais choix, notre comportement,
La narration permet de vivre avec nos contradictions.
Dans le monde, c’est la même chose. Les États se racontent des histoires. Ils s’inventent une réalité qui les arrange pour justifier leur médiocrité le plus souvent. Donald Trump illustre parfaitement cette vérité parallèle avec ces montagnes de mensonges qu’il ne cesse de proférer.
Plus c’est gros, plus ça passe.
Les marchés financiers se font berner, à l’insu de leur plein gré, par peur de rater la prochaine hausse. Alors qu’ils devraient anticiper et donc se fier aux faits et aux actes, les marchés écoutent la narration dominante pour en faire leur vérité.
À court terme, c’est la narration qui impose la direction du marché. Ne pas écouter la narration est impossible pour ceux qui sont payés pour le suivre, et même essayer d’afficher de meilleures performances.
Donald Trump affirme que la guerre est terminée et que les États-Unis sortent vainqueurs de cet épisode. OK, les cours de bourse remontent, le prix du pétrole chute et on passe à autre chose.
Dans les faits, les actes ne racontent pas la même chose.
À court terme, peu importe, nous adorons nous vautrer dans ces narrations qui nous arrangent.
Souvenons-nous de la guerre en Ukraine qui devait être terminée en 24 heures.
Idem pour Epstein et ce réseau mondial de pédophiles, violeurs et corrompus dont la guerre permet de mettre la poussière sous le tapis.
Idem pour la hype de l’intelligence artificielle. Les gourous adorent raconter leur histoire, nous, comme des moutons incapables de réflexion, fonçons, tête baissée, sans même nous fier aux faits et aux actes.
Idem pour les SCPI ou encore le private equity. Les vendeurs de placements racontent une belle histoire, nous y croyons, les épargnants y investissent massivement sur ces bases pourtant tellement éloignées des faits et des actes.
Idem pour les cryptomonnaies dont le prix n’est que narration totalement déconnectée des faits et du réel.
À court terme, impossible de lutter contre la narration du plus puissant. Certains ont le pouvoir d’imposer leur narration. En temps de guerre, on parle souvent de la narration du vainqueur avec cette idée bien connue qui explique que « l’histoire est écrite par les vainqueurs ».
Les réseaux sociaux aujourd’hui et l’intelligence artificielle demain (et peut-être même déjà aujourd’hui) ont le pouvoir d’imposer la narration du dominant.
À long terme, la narration se fracasse sur la réalité des faits. Les fondamentaux finissent toujours par s’imposer. On ne peut durablement échapper aux faits et aux actes. Le retour de bâton est alors particulièrement violent pour les naïfs qui ont accepté ces mensonges sans broncher.
Le prix des SCPI s’effondre ; le private equity révèle son illiquidité et ses valorisations non tenables ; les actions baissent ou remontent selon le sens de la narration optimiste ou pessimiste ; les guerres durent, des innocents continuent de mourir ; … La réalité se construit à l’extérieur des narrations et les actes finissent toujours par s’imposer.
On ne peut durablement soutenir une narration qui n’est pas confirmée par des actes et des faits. Les victimes de pervers manipulateurs connaissent parfaitement ces mécanismes d’emprise et de perversion.
La meilleure solution pour s’en sortir est de ne plus écouter les narrations et de se concentrer sur les actes, les actes, les actes, sans porter d’attention aux discours.
Il faut toujours confronter les discours aux actes.
Les actes, eux, ne mentent pas.
Les actes, c’est un monde violent, des guerres qui se multiplient, une démocratie qui recule, une croissance économique fragilisée, une production d’armes qui explose, des élections qui mettent des autocrates au pouvoir…
Le réveil va être violent.