Depuis plusieurs années, je vous propose régulièrement des articles autour de la question des cryptomonnaies, que l’on peut nommer bitcoin ou libra. Mon propos sur le sujet est invariable : Les crypto-monnaie ont peut être un potentiel considérable et ont pour conséquence de redessiner l’environnement monétaire mondial ; Néanmoins, il ne faut pas confondre le potentiel usage nouveau introduit par ces monnaies non contrôlées par un état souverain, et spéculation sur leur valorisation future.
Bref, les crypto-monnaies sont probablement une innovation majeure qui pourrait bouleverser l’ordre économique et monétaire mondial, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il faille y investir pour espérer réaliser une plus-value et s’enrichir. Une crypto-monnaie est avant tout un moyen d’échange comme l’était les coquillages, les ballots de soie sur la route de la soie, ou encore les cartouches de cigarettes pendant la guerre froide en Allemagne de l’est.
Parfois, lorsque les usagers perdent confiance dans une monnaie officielle qui ne satisfait plus ce rôle de réserve de valeur, ils sentent le besoin de convertir la monnaie dans laquelle ils n’ont plus confiance dans un actif réputé posséder une valeur pérenne à long terme. Le bitcoin et autres crypto-monnaie peuvent posséder ce statut (usurpé ?!) et cela peut expliquer pourquoi leur valeur à tendance à augmenter au gré de la perte de confiance des agents économiques dans leur monnaie. S’agit il d’un phénomène durable ou d’un effet de mode, seul l’avenir nous le dira.
Cette fuite devant la monnaie, c’est à dire ce besoin pressant de transformer son argent, sa monnaie, son épargne en actif d’investissement capable de préserver la valeur à long terme, n’est cependant pas réservée aux crypto-monnaies. La hausse spectaculaire des prix de l’immobilier ou encore le maintien à haut niveau du cours des actions ou encore l’extrême faiblesse des taux d’intérêt peuvent également trouver une justification par cette recherche de protection : Les agents économiques ne veulent plus détenir de monnaies et préfèrent payer très cher un actif plutôt que de prendre le risque de dévaluation monétaire.
 

La fuite devant la monnaie n’est autre qu’une crise monétaire larvée.

La fuite devant la monnaie est le risque majeur d’une politique monétaire trop longtemps accommodante : Une banque centrale qui adopte une politique monétaire durablement accommodante prend le risque d’une perte de confiance dans la monnaie qui perd alors sa qualité de valeur de refuge, tout en conservant (au moins dans un premier temps), sa qualité de valeur d’échange.
Dans une telle situation de perte de confiance dans la valeur de réserve de la monnaie, les acteurs économiques ne veulent plus détenir de monnaie à long terme et se précipitent pour acheter des actifs non monétaires (et potentiellement non liquide) capables de posséder cette protection sur la valeur.
Dans une récente étude publiée en septembre 2018 intitulée « Fuite devant la monnaie : quelles formes peut-elle prendre ?« , Patrick Artus expliquait :

« Lorsque les Banques Centrales accumulent des portefeuilles importants d’actifs risqués, la confiance dans la valeur de la monnaie peut reculer, ce qui peut conduire à la « fuite devant la monnaie ».

Quelles formes peut prendre la fuite devant la monnaie ?

      • L’achat d’actifs sans risque (obligations des Etats) ;
      • L’achat « d’actifs réels » (actions, immobilier) ;
      • L’achat de devises.

Dans le premier cas, il y a baisse forte des taux d’intérêt à long terme ;

Dans le second cas, il y a hausse des cours boursiers et des prix de l’immobilier ;

Dans le troisième cas, il y a dépréciation du taux de change. »

 
Lors de la rédaction de cette analyse (septembre 2018), le sujet du moment était le retour d’une politique monétaire moins accommodante face à une croissance économique forte et une inflation proche des niveaux cibles des banques centrales.
Aujourd’hui, et depuis le début de l’année 2019, l’environnement est totalement inversé : Fini l’idée d’une hausse des taux d’intérêt, les banques centrales envisagent maintenant ouvertement une nouvelle période d’assouplissement monétaire et l’expérience d’une nouvelle expérience de taux d’intérêt négatif. Bref, la destruction de la valeur de la monnaie semble s’accélérer ! (cf »Êtes vous prêt pour la destruction de la monnaie et de l’épargne ? »).
Depuis le début de l’année 2019 : Nous constatons à la fois : une très baisse forte des taux d’intérêt à long terme ; Une très forte hausse des cours boursier et des prix de l’immobilier et surtout une explosion des cours des crypto-monnaies (et je n’ai pas changé d’avis sur l’absence de valeur d’investissement de cet actif).
 

Faut il en déduire que la crise monétaire a déjà commencée ?

Dans ce cas, nous ne sommes qu’au tout début d’une grave crise monétaire !

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