Dans son programme publié la semaine dernière, Emmanuel MACRON propose une réforme de la retraite de répartition qui est plus profonde qu’il pourrait y paraître. Alignement de tous les régimes de retraite, fin des différences entre les retraites du publics et les retraites du privé, fin des régimes spéciaux, … sans pour autant repousser l’âge de départ à la retraite, ni baisser les cotisations ou augmenter la durée de la vie active.
Essayons de comprendre ce qui se cache derrière cette proposition de réforme semble t’il inspirée par les travaux universitaire Thomas PIKETTY et Antoine BOZIO : « POUR UN NOUVEAU SYSTÈME DE RETRAITE. Des comptes individuels de cotisations financés par répartition« .
Un régime de retraite de répartition aujourd’hui complexe, illisible, déroutant… mais il est surtout une richesse qu’il convient de renforcer.
Voici en quelques mots le constat introductif de PIKETTY et BOZIO : Quel gâchis ! Le système de la retraite par répartition pourrait être une formidable levier de croissance économique mais sa complexité et l’accumulation de réforme ont transformé cette énorme masse de cotisations de retraite (13 % du PIB en 2008) comme un impôt et non comme une épargne obligatoire donnant droit à un revenu différé garanti par l’État.
Ce point est essentiel ! Aujourd’hui, la cotisation au système de la retraite par répartition est considérée comme un impôt, une charge que l’on cherche à minimiser alors qu’il s’agit en réalité d’un effort d’épargne obligatoire. C’est une erreur : Votre cotisation retraite n’est pas un impôt, mais la certitude de continuer à percevoir un revenu lorsque vous ne serez plus en capacité de travailler. Vous devez la considérer comme une épargne forcée !
C’est le sens du message que nous avons essayé de vous transmettre dans cet article « Arrêtez d’épargner pour la retraite vous n’en aurez pas besoin !« . La retraite par répartition est une richesse, un revenu futur que vous vous constituez pendant votre vie active. Mais alors pourquoi cette obsession pour l’épargne retraite par capitalisation ? Pourquoi chercher à épargner pour la retraite via la capitalisation alors que vous cotisez déjà pour votre retraite par répartition ? N’avez vous pas mieux à faire avec votre argent ? Ne devriez vous pas davantage vous investir plutôt que d’épargner pour la retraite ?
Plaidoyer de PIKETTY et BOZIO pour un régime de retraite par répartition universel et équitable « à cotisations égales, retraite égale ».
C’est alors que la proposition de réforme de M PIKETTY et BOZIO apparaît comme d’une grande simplicité (sur le papier). PIKETTY et BOZIO proposent la mise en place d’un système unifié fondé sur des comptes individuels de cotisations. Voici une présentation simple, en quelques mots, du principe de la retraite universelle :
» Les travailleurs accumulent tout au long de leur carrière professionnelle leurs cotisations de retraite (salariales et patronales) sur un compte individuel géré par l’assurance vieillesse.
Leurs contributions bénéficient chaque année d’un taux de rendement réel (fonction de l’évolution des salaires ?) garanti par l’État.
Le système fonctionne toujours en répartition : les cotisations des salariés financent toujours les pensions retraite de l’année en cours. Le compte est simplement une mesure en euros des droits des salariés.
L’avantage est donc de profiter des faibles risques de rendement qu’apporte le système par répartition tout en clarifiant les droits individuels à la retraite sur le long terme. Attention, il ne s’agit pas d’un régime de retraite par point, c’est à dire d’un système de capitalisation avec valeur du point fonction de l’évolution des marchés financiers. Il s’agit d’un système de répartition, c’est à dire dans lequel les cotisations des actifs d’une année permettent de payer les pensions retraites des retraités pendant cette même année. Il s’agit toujours d’assurer un équilibre parfait entre montant des cotisations et montant des prestations. La nouveauté réside dans l’uniformisation et la capitalisation individuelle des cotisations pour déterminer le montant de la rente en fonction de l’âge de départ à la retraite.
Fini le calcul sur les 25 meilleures années ou encore les 6 derniers mois… Le montant de votre retraite dépendrait uniquement de l’importance de vos cotisations pendant votre carrière et non seulement les 6 derniers mois ou les 25 dernières années. Les personnes dont les revenus augmentent fortement en deuxième partie de carrière seront désavantagés au profit des personnes aux revenus stables pendant toute leur vie professionnelle.
Un lien clair et direct est établi entre les contributions des travailleurs et leurs droits à pension.
Au terme de sa vie active, le travailleur a ainsi accumulé un certain patrimoine retraite qui donne droit au versement d’une retraite mensuelle. La conversion du capital retraite en rente sera effectué par application d’un coefficient de conversion qui dépendrait de l’espérance de vie de sa génération et du choix de revalorisation des pensions.
Le montant de la retraite par répartition est fonction du nombre d’années que le salarié peut espérer passer en retraite. La durée de la retraite dépend en effet de l’âge de liquidation, mais aussi de la génération du travailleur.
Le système prend ainsi en compte très progressivement l’augmentation de l’espérance de vie, au fur et à mesure que celle-ci peut être mesurée. Il est par ailleurs très flexible, permettant au salarié de partir en retraite de façon progressive, tout en continuant à travailler et à accumuler des droits.
Cette proposition permet une individualisation des droits à la retraite, sans pourtant tomber dans les risques de valorisation financière de la retraite par capitalisation. Il ne s’agit pas d’un système de retraite par capitalisation pour lequel la volatilité des marchés financiers met en danger le montant de la retraite future.
Ce nouveau système de retraite par répartition universelle présente trois avantages majeurs :
Le salarié comprend ses droits et est mieux à même de considérer ses cotisations de retraite comme des droits à un revenu différé (une épargne obligatoire) ; Le salarié se constitue un « capital retraite universelle » qui lui permettra de percevoir un revenu garanti ;
Le salarié conserve exactement le même capital de cotisations et les mêmes droits à la retraite quels que soient les aléas de sa carrière professionnelle ou ses changements de statut : public/privé, salarié/ non salarié, cadre/non cadre, France/étranger, etc. ;
Le salarié dispose d’une grande liberté pour liquider son capital retraite en toute sécurité : par exemple, s’il conserve une activité partielle après 2050, il peut choisir de toucher une pension plus réduite pendant quelques années pour préserver son capital retraite pour la suite, éventuellement complété par de nouvelles cotisations.
Exemple du système de retraite universelle proposée par PIKETTY
Prenons l’exemple d’un salarié né en 1985, commençant à travailler à 25 ans (en 2010), partant à la retraite à 65 ans (en 2050) et travaillant pendant 40 ans pour un salaire brut mensuel de 2 000 €.
Le taux global de cotisations de retraite est fixé à 25 % (part salariale + part patronale).
Les cotisations versées sur le compte du salarié sont donc de 500 € par mois, soit 6 000 € par an, soit au total 240 000 € au cours de ses quarante années de travail.
L’État garantit à ces cotisations un rendement réel de 2 % par an sur la base du taux de croissance observé des salaires. Par conséquent, 1 € de cotisation versée en 2010 vaut 2,21 € en 2050, 1 € de cotisation versée en 2020 vaut 1,81 € en 2050, etc.
Le système fonctionne par répartition (les cotisations courantes financent toujours les pensions courantes) mais un lien clair et direct est établi entre les cotisations et le niveau des pensions.
Le compte de cotisations de retraite est libellé en euros mais il n’est pas placé sur les marchés financiers : il s’agit d’une mesure des droits à la retraite que l’État s’engage à honorer sur le très long terme, sur la base des cotisations des générations futures. C’est pourquoi le rendement garanti est le taux de croissance de la masse salariale.
Au total, la valeur du capital retraite ainsi accumulé par le salarié est de 377 000 € en 2050.
Supposons que l’espérance de vie de ce salarié en 2050 soit de vingt années, et qu’il cesse toute activité professionnelle à cette date. Il peut alors choisir de liquider son capital retraite en une pension fixe de 1540 € par mois, soit un taux de remplacement de 77 % par rapport à son salaire brut de 2 000 €
A suivre…