Et voilà, ça y est, nous connaissons l’objectif réel de la grande réforme des retraites annoncées par le gouvernement : Il faut travailler plus longtemps ! Le premier ministre ne cesse de la répéter ! On a pas le choix.
Patrick ARTUS,  nous explique d’ailleurs ce matin qu’effectivement la baisse des pensions retraites serait une très mauvaise solution « Pourquoi baisser le niveau des retraites est un mauvais choix ? »
« Nous pensons que baisser le niveau des retraites est un mauvais choix, principalement pour quatre raisons.

  • 1- Cela rompt la confiance dans la solidarité intergénérationnelle ; les « jeunes » anticiperont qu’eux aussi subiront des baisses de leur niveau de retraite, et perdent confiance dans la pérennité du système, ce qui crée une forte incertitude sur l’avenir ; 
  • 2- Cela déprime la demande intérieure puisque la consommation des retraités recule et que les retraités ont une forte propension à consommer (ils désépargnent) ;
  • 3- Cela peut faire apparaître des retraités pauvres, qu’il faut alors soutenir par d’autres systèmes de protection sociale. Aujourd’hui, le taux de pauvreté est faible chez les retraités ; 
  • 4- Cela conduit à une hausse du taux d’épargne des actifs (des jeunes) s’ils anticipent que leur retraite va être plus faible, d’où un freinage de la demande. »

 

Bref, il faut travailler plus longtemps…

L’objectif est donc de travailler plus longtemps ! Pourquoi ? (ça c’est un autre sujet, tant il est facile d’augmenter un déficit en réduisant les cotisations ; Car n’oubliez pas que dans l’absolu l’équilibre du régime de retraite est quasi-assuré au moins jusqu’en 2030 grâce aux réformes précédentes et notamment l’augmentation programmée du nombre de trimestres – Réforme des retraites : Une réforme aux motivations et objectifs incompréhensibles ! ) ;
Ensuite, il faut bien l’avouer déflation et croissance faible empêchent d’espérer vivre durablement dans le monde ostentatoire actuel ! On s’appauvrit, il faut bien s’adapter à la baisse, à défaut de croire le retour de la croissance possible. Ce réforme jugée indispensable n’est elle pas le signe d’un appauvrissement que l’on ne peut plus nier ? Il faut nous adapter, vivre plus modestement. Voilà la véritable signification de cette réforme des retraites ! Nos dirigeants l’anticipent et organisent notre capacité de résilience le plus doucement possible.
Celui qui serait optimiste quant à notre avenir économique et financier ne comprend pas la nécessité de cette réforme des retraite. Seul le pessimiste à conscience de l’urgence de la situation !
 

Passons sur le « Pourquoi ? » de la réforme des retraites et concentrons nous sur cette idée qui va falloir travailler plus longtemps.

De quoi parlons nous ? Qu’est ce que cela signifie de devoir travailler plus longtemps ?
La réforme des retraites ne devrait s’appliquer que pour les générations nés après 1973, l’argument les concerne donc directement : C’est eux qui devront travailler plus longtemps.
Mais qu’est ce que cela signifie t’il alors même que cette génération doit déjà valider 43 années (172 trimestres) et qu’à défaut, l’âge de départ à taux plein est fixé à 67 ans.
Ainsi, au regard de ces paramètres techniques incontestables, deux solutions :

  • Celui qui commence à travailler jeune faute d’études longues et donc souvent synonyme de carrière peu rémunérée dont la pénibilité est difficilement contestable, devra il travailler plus de 43 années, plus de 172 trimestres ?

 

  • Celui qui commence à travailler tard, du fait d’études longues qui seront le plus souvent à l’origine d’une carrière bien rémunérée dont la pénibilité physique pourrait être limitée, mais dont la pénibilité intellectuelle ne doit pas être négligée, doit il travailler au delà de 67 ans ?

 
 

  • S’agit il simplement de remettre en cause l’âge de départ à la retraite à 62 ans qui n’est qu’un âge « marketing » dont de moins en moins de personnes pourront profiter au gré de l’augmentation d’ores et déjà programmée du nombre de trimestre à cotiser. Plus personne n’y croit ! S’engager dans une telle réforme pour mettre fin à ce totem de 62 ans qui n’existe déjà plus n’a aucun sens.

 

Année de naissance Nombre de trimestres cotisés
 1948 ou avant 160 trimestres
 1949 161 trimestres
 1950 162 trimestres
 Avant le 1er juillet 1951 163 trimestres
Entre le 1er juillet et  le 31 décembre 1951 163 trimestres
 1952 164 trimestres
 1953 165 trimestres
 1954 165 trimestres
 1955 – 1957 166 trimestres
1958 / 1960 167 trimestres
 1961 / 1963 168 trimestres
 1964 / 1966 169 trimestres
 1967 / 1969 170 trimestres
 1970 / 1972 171 trimestres
 A partir de 1973 172 trimestres

 
Pourtant, le rapport DELEVOYE est ponctué d’un certain nombre de cas type qui laissait supposer que la réforme des retraites serait sans incidence sur le montant des pensions retraites ou sur les conditions de liquidation des pensions retraites. Il y aurait une forme d’équivalence entre le régime actuel et le futur régime universelle.
Malheureusement, cette équivalence n’est qu’apparente lorsque l’on décortique les hypothèses sur lesquelles sont construites les simulations.
Elles sont construites autour de deux hypothèses qui se rattachent directement au titre de cet article « Il faut travailler plus longtemps » :

  • Le nombre d’annuité retenu est de 44 ans et trois mois (soit 177 trimestres contre 172 trimestres actuellement pour les générations 72 et suivantes – Pour mémoire, les personnes qui partent en 2019 en retraite doivent cotiser 41  années et 6 mois (166 trimestres).

 

  • L’âge pivot qui permet de liquider la retraite universelle à taux plein à 66 ans et 3 mois ans pour la génération 90 et 65 ans et 6 mois ;

Voici un extrait des annexes du rapport DELEVOYE :

 

Faut il en conclure que le régime de retraite universelle avec un départ à la retraite à 66 ans et 3 mois serait aussi généreux que le régime par répartition actuel avec 44.30 ans de cotisation ?

Voilà donc une bonne manière de poser le débat. Il suffit d’être clair. On ne parle plus du totem de l’âge de départ à 62 ans ou même d’un âge pivot à 64 ans …
Au regard d’une espérance de vie en bonne santé qui stagne autour de 63/64 ans, pourront nous vraiment travailler aussi longtemps ? (cf »Retraite : Pourrez vous travailler jusqu’à 65 ou 67 ans ? Zoom sur l’espérance de vie en bonne santé. »). Devrez vous vous résoudre à accepter une retraite trop faible, car incapable de travailler suffisamment pour obtenir le taux plein et ne pas subir la décote de l’âge pivot.
 

Il reste néanmoins une solution à laquelle personne ne parle jamais : Et si on baissait le niveau des retraites de ceux qui sont aujourd’hui en retraite ?

Il existe trois solutions pour réformer le régime de retraite :

  • 1- Augmenter les cotisations de ceux qui cotisent ;
  • 2- Allonger la durée de la vie active de ceux qui cotisent ;
  • 3- Réduire le niveau des pensions retraites.

Pourquoi les options 1 et 3 ne sont elles jamais évoquées ? Car au final, repousser au delà de ce qui est possible le nombre de trimestres à travailler et donc à cotiser, n’est pas réduire mécaniquement le niveau des retraites de ceux qui ne pourront travailler jusqu’au bout ?
A suivre … L’appauvrissement est il notre seule espérance ? …

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