Nous sommes en 1545, la renaissance des arts et des lettres bat son plein en Europe.

François 1er, HenryVIII, et Charles Quint ( rien que du beau monde!) sont sur le fin de leurs règnes.

Charles Quint, qui avait hérité d’un vaste empire (sur lequel le soleil ne se couchait jamais) s’épuisait à en défendre les frontières, et cela coûtait déjà « un pognon de dingue »

Aux Amériques, les conquistadors avaient pillé la plus grande partie de l’or des Incas, et les ressources s’amenuisaient.

C’est à ce moment là qu’un Indien faisant du feu pour se réchauffer, quelque part en haute altitude dans le Grand Pérou des Incas, s’aperçut que la terre fondait sous le brasier.

Il était assis sur une montagne d’argent, au sens propre, une curiosité géologique, puisque sur une hauteur  de plusieurs centaines de mètres, le minerai était d’autant plus pur et en surface, que l’on allait vers le sommet.

Il suffisait de gratter le sol.

Potosi, aujourd’hui en Bolivie,  fut fondée par Juan de Villaroel, la montagne prit le nom de Cerro Rico, et Philippe II d’Espagne en fit une ville impériale quelques années plus tard.

La cité de Potosi  acquit le droit de battre monnaie. Les pièces et lingots d’argent produits quotidiennement quittaient « la casa de la moneta » dans un flot ininterrompu, pour entreprendre un long et périlleux voyage vers l’Espagne, en commençant par des sentiers muletiers jusqu’à l’océan.

Puis chargés sur des galions naviguant en convois encadrés de navires de guerre, pour les protéger des pirates, ils suivaient le parcours de la flotte des Indes pendant 10 semaines.

Outre les cyclones, les pertes humaines étaient nombreuses, souvent 50 % de l’équipage à cause des maladies, et les survivants débarquaient enfin dans le Guadalquivir, à Séville.

Ce manège  permanent et régulier a duré environ 200 ans.

Les quelques touristes actuels venant sur le lieu ont la chance de pouvoir imaginer assez facilement la vie de cette époque.

Comme toutes les villes hispaniques d’Amérique, la place d’Armes entourée du palais du gouverneur,  des bâtiments administratifs et de l’église constitue d’élément central, sur laquelle aussi, se passait la promenade rituelle de l’après midi.

L’inévitable couvent n’est jamais très loin.

Pour rappel, le couvent avait un rôle rédempteur essentiel, car chaque famille se devait d’y envoyer une de ses filles, avec pour mission d’expier les péchés de la communauté auprès de Dieu..

Il faut dire que les fautes à se faire pardonner étaient assez nombreuses compte tenu de la façon dont on traitait les esclaves dans la mine.

Y envoyait on en priorité celles dont on jugeait qu’elles auraient le plus de mal à se marier ?

J’avance là une hypothèse complètement gratuite, car je n’ai pas poussé les recherches assez loin.

Mais on peut supposer que les choix ne devaient pas être simples.

La casa de la moneta, est transformée en musée,  avec tout le matériel d’époque  pour frapper les monnaies.

Les rares touristes peuvent visiter ensuite la mine, en passant au préalable par les boutiques dédiées aux mineurs, car il est de bon ton d’apporter une offrande à la Pachamama ainsi qu’au Dieu des mineurs.

On y trouve tout le nécessaire, cigarettes, feuilles de coca, alcool à 95° et même des chapelets de bâtons de dynamite en vente libre, pour ceux qui souhaitent ramener un petit souvenir.

Sans conteste, le Dieu des mineurs apprécie surtout l’alcool à 95°.

On les comprend.

S’engouffrer dans ces boyaux étroits et bas de plafond, où il règne une température de 30° dans un oxygène raréfié tout juste maintenu par des tuyaux d’aération reliés à un compresseur extérieur, n’est pas une sinécure .

Encore à notre époque, les mineurs remontent sur une hauteur de plusieurs étages, des sacs de minerai au moyen de cordes, pour les déverser dans des wagonnets qui ont sans nul doute servi de modèle pour le film d’Indiana Jones.

Les wagonnets sont ensuite propulsés à toute allure vers la sortie par des hommes visiblement assoiffés d’air pur alors que le crissement aigu des roues sur les rails résonne comme le signal impératif de se coller contre la paroi rocheuse, en rentrant le ventre, si l’on veut sortir de là entier.

Vous me pardonnerez je l’espère pour cette petite digression historique et géographique, pour situer l’action, et nous revenons à notre sujet principal.

Où est donc passé tout cet argent ? Qu’en ont fait les espagnols du 16eme au  18eme siècles ?

La réponse est cinglante et historique : pas grand-chose de bien pour le pays.

L’argent a été dépensé à guerroyer aussi bien à l’intérieur de l’empire pour en maintenir la cohésion sans succès, tant à l’extérieur comme la construction de « l’invincible Armada » flotte de plusieurs centaines de navires devant envahir l’Angleterre avec les résultats  que l’on connaît en 1588 en face du corsaire Francis Drake.

Mais il a aussi servi à entretenir le faste de la classe dirigeante du pays avec ses fameux « grands  d’Espagne»

Voici ce que Louis XIV écrit à cette époque :

« Il sçait bien que le commerce qui se fait en Espagne par toutes les nations ne se fait presque pas par échange de marchandises, mais pour de l’argent comptant qui vient en Espagne du Pérou par les flottes et les galions qui y sont envoyés de temps en temps. Ce commerce est d’autant plus considérable que c’est par son moyen que l’argent se répand dans tous les autres Estats de l’Europe, et que plus chacun Estat a de commerce avec les Espagnols, plus il a d’abondance d’argent.  

https://fr.wikipedia.org/wiki/Potos%C3%AD

Alors que l’Espagne se désindustrialisait, le reste de l’Europe lui, en profitait et utilisait cet apport monétaire d’une part pour s’enrichir,  et d’autre part pour se doter des moyens techniques et intellectuels précurseurs de ce qui allait être au XIXe siècle la première révolution industrielle, pendant que l’Espagne régressait vers  une époque antérieure .

Je tenais à rappeler cette histoire que tout le monde connaît plus ou moins, car elle devrait nous servir de leçon dans les circonstances actuelles d’une abondance monétaire qui pourrait se déverser sur nos pays assez longtemps encore.

De l’usage que nous en ferons dépendra l’avenir e notre civilisation et de nos enfants.

Mais comme nous devons garder à l’esprit la trilogie essentielle : Taux, Inflation , Croissance.

Le prochain chapitre sera consacré aux taux d’intérêt futurs.

Pour ceux qui voudraient approfondir cette belle histoire de création monétaire :

  • Sur les traces de l’argent espagnol des Amériques – « L’inflation qui a sévi aux XVIe et XVIIe siècles en Europe s’explique-elle par l’import massif d’argent des Amériques ? Des analyses isotopiques indiquent que cet argent n’a pas servi à fondre les monnaies espagnoles avant longtemps » ;
  • Potosi, l’argent du Pérou inonde le monde – Deux siècles durant, le métal blanc extrait sur ces hauts plateaux andins fut l’un des moteurs de la première mondialisation.

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