jeannoelvieilleChypre : un nouveau cas d’école pour l’Europe !

Ceux qui pensaient que la crise des dettes souveraines européennes était désormais derrière nous doivent aujourd’hui déchanter. Le risque et surtout la fragilité des systèmes bancaires refont surface par le biais d’un pays qui ne pèse pourtant que 0,2% de l’économie de la zone Euro. L’essentiel n’est évidemment pas là : après 2008, les banques ont mis des années pour retrouver la confiance des investisseurs et la crise chypriote pose à l’Europe une nouvelle question de fond : celle de sa gouvernance et d’un possible effet de contagion. Sur le plan international, c’est encore un peu moins de crédibilité pour la zone Euro, qui pourrait justifier des rachats d’actifs.

Le rappel des faits et l’effet sur les marchés

On savait depuis quelques mois que l’économie chypriote, où la sphère financière occupe une place prépondérante, était au bord de l’asphyxie. 17 Md€ étaient nécessaires pour assurer le sauvetage des banques. L’accord conclu ce week end ne porte que sur 10 Md€, l’Allemagne ayant considéré que le niveau d’endettement induit (140% du PIB) n’était pas soutenable par l’économie. Cette dernière exige aussi que le FMI intervienne à hauteur d’1 Md€. Chypre va donc devoir se tourner aussi vers la Russie pour que cette dernière contribue au plan de sauvetage (allongement du délai de remboursement d’un prêt russe de 2,6 Md€ qui vient à échéance en 2016 et demande éventuelle d’un autre plan d’aide).

Des nouvelles taxes frappent tous les épargnants

Les conditions de l’aide européenne ont surpris par leur aspect contraignant. La principale mesure est l’instauration d’une taxe exceptionnelle de 6,75% sur les dépôts bancaires en deçà de 100 000 € et de 9,9% au-delà de ce seuil. Ces prélèvements qui seront appliqués sans discernement à tous les clients des banques devraient rapporter 5,8 Md€. Selon le ministre des finances, 67 Md€ sont déposés dans des banques chypriotes, dont 30 Md€ dans des comptes ne dépassant pas 100 000 €.
C’est un fait sans précédent et le parlement qui devait approuver aujourd’hui ces mesures a jusqu’à demain pour le faire. Le risque que le marché a interprété ce matin est constitué de plusieurs éléments.
Tout d’abord, il y a le fameux risque de contagion dans les pays fragiles de l’Europe du Sud. On peut craindre un retrait massif des épargnants de ces pays qui voudraient se prémunir contre ces taxes, que l’on peut effectivement juger assez traumatisantes et injustes pour les petits épargnants.
On estime par ailleurs que les avoirs russes représenteraient une part significative des actifs financiers de Chypre (environ 20 Md€), plus 12 Md€ d’avoirs de banques russes dans les banques locales. On comprend ainsi pourquoi Poutine a intérêt à accéder favorablement à la demande de soutien du gouvernement.
Les services secrets allemands ont la conviction qu’une partie de cet argent provient d’un vaste système de blanchiment de la mafia russe. Enfin parmi les autres exigences, on citera l’augmentation du taux d’imposition des sociétés de 10 à 12,5% et un audit des banques dont les conclusions sont espérées à la fin du mois.
On devra donc attendre la journée de demain pour être fixé sur l’acceptation ou non de ces mesures, ce lundi étant férié et les banques fermées. Les marchés boursiers, après un moment de panique à l’ouverture, autour de 2% de baisse, terminent la journée avec des pertes bien moins fortes et une perte de 0,48% du CAC 40. On ne croit manifestement plus à l’effet contagion, mais attention tout de même au retour de la volatilité surtout demain avec le résultat du vote.
 

Situation bancaire européenne toujours fragile selon le FMI

Un discours du FMI toujours peu rassurant.
Selon une dernière étude du FMI le risque souverain européen n’a pas totalement disparu : « L’Union européenne reste vulnérable et doit intensifier ses efforts pour stabiliser son système financier », le FMI en appelle d’ailleurs à la mise en place d’un superviseur bancaire unique et à l’assainissement des bilans des banques, en renforçant leurs capitaux propres. Bref, on a le sentiment de peu d’avancée depuis 3 ou 4 ans et le FMI met aussi un petit coup de griffe au gouvernement français en indiquant que la séparation entre banques de dépôt et d’investissement n’est pas la panacée pour réduire le risque bancaire.
Les marchés financiers qui ont retrouvé des plus hauts durant ces derniers jours font fi de ces différentes nouvelles qui ne sont guère optimistes. Au-delà du problème purement bancaire, les politiques mises en place en Europe atteignent leurs limites : baisse de l’activité, moindre investissement, diminution des capacités de production, difficultés de réduire les déficits publics, crise bancaire et probable risque politique.
Pour sortir de ce cercle vicieux, c’est moins à une politique monétaire expansionniste qu’il faut recourir, ni à une relance de type keynésien, qu’à une politique d’accroissement de l’offre sur le plan européen. Ceci pourrait provenir de  grands chantiers liés à l’énergie, à l’éducation et aux nouvelles technologies, sans oublier la santé.
Rechercher des leviers de croissance est en effet le seul et quasi unique moyen d’actions pour résoudre les problèmes économiques, sociaux et politiques de la zone Euro.
 

Vers une autre politique économique européenne : un vœu pieux?

En conclusion, même si le cas de Chypre est un épiphénomène par l’importance économique du pays, la façon dont ce pays va réagir demain sera déterminante. Il est loin d’être certain que le parlement accepte le plan et il pourrait s’en suivre une certaine confusion. Pourquoi ce pays ne serait-il pas tenté d’une solution à l’islandaise qui consiste à refuser le remboursement de ses dettes tout en laissant plonger le système bancaire ?
 
 

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