L’édito hebdomadaire proposé par Julien Bonnetouche.

Depuis quelques mois, un certain consensus s’est établi autour d’une inflation qui irait en refluant nettement, à partir du 2eme semestre 2023. Et déjà des signes encourageants venus des USA accompagnent une petite baisse des taux, y compris en Europe.

Les banquiers centraux (tous) sont, eux, beaucoup plus prudents.

En Amérique comme en Europe, ils disent clairement qu’ils sont incapables de prévoir l’évolution de l’inflation ; les taux resteront probablement élevés encore un certain temps et en Europe, ils monteront encore.

Les intervenants de marchés ne les croient pas vraiment pour l’instant.

La récente hausse des marchés témoigne de cette confiance, et l’interrogation de cet article porte sur les éléments qui pourraient retarder le retour à un taux d’inflation considéré comme acceptable.

Est-il raisonnable de croire que l’inflation reviendra rapidement à un niveau compatible avec le mandat de la BCE, c’est-à-dire autour de 2%.

L’enjeu est de taille bien sûr pour nos patrimoines, boursiers, mais immobiliers aussi.

Les conséquences du covid sur l’inflation

Notre pays, plus que tout autre, est un baromètre social, tant nous aimons l’agitation de rue comme expression démocratique.

La récente manifestation contre la réforme des retraites traduit à l’évidence un malaise profond, qui dépasse cette réforme dont nous percevons pourtant bien l’aspect minimaliste.

Les 1 à 2 millions de personnes qui ont fait grève, et sont descendues dans la rue jeudi dernier, expriment en même temps leur mécontentement devant la baisse du pouvoir d’achat due à l’inflation du panier de la ménagère qui atteint 20 % (nous le voyons tous) autant qu’une certaine habitude, prise pendant les confinements, de désaffection au travail.

Les gens ont moins envie d’aller bosser…

Les syndicats en profitent naturellement pour se refaire une petite santé, se laissant pousser par le vent dominant.

La fronde sociale ne fait peut-être que commencer. Et si nous étions en train de payer les conséquences de 15 ans de déflation, de stagnation des salaires et d’absence de croissance économique.

Depuis 15 ans, on réduit les coûts, optimise les process et la productivité. Aujourd’hui, il faut lâcher du lest. Il faut augmenter les salaires pour redonner l’envie.

Ailleurs dans le monde occidental, l’état d’esprit est sûrement identique, même si c’est moins visible, les populations n’ayant pas toutes le même tempérament sanguin que les Français.

L’habitude du « quoiqu’il en coûte » est dure à passer !!

C’est une raison pour laquelle malgré les propos tenus par Mme Lagarde sur la suppression des rachats d’actifs, (obligations d’États) déjà vitupérés par l’Italie et Mme Belloni, risquent de faire long feu.

Il est très possible qu’il faille lâcher du lest dans les mois à venir, et pas seulement sur les retraites.

Cela veut dire, donner de l’argent, et peut-être cette fois, augmenter les salaires. Les salaires sont faibles. Ils vont augmenter. Le système n’a pas d’autres choix pour redonner du sens au travail. Si personne ne veut travailler, c’est que le fruit du travail est insuffisant !

Augmenter les salaires pourrait alors déclencher une inflation de deuxième tour beaucoup plus pernicieuse celle-là, d’autant plus que les caisses sont vides, ce qui implique d’emprunter toujours plus ou alors impose plus que jamais une croissance économique forte pour financer les hausses de salaires.

Dans une note récente, la banque de France explique :

Chaque trimestre depuis fin 2021, une enquête de la Banque de France interroge plus de 1 700 chefs d’entreprise sur la croissance des salaires de base (hors primes) attendue au cours des 12 prochains mois dans leur entreprise (Graphique 3). En moyenne, ces anticipations ont significativement augmenté depuis le début de l’année passant de 2,5% fin 2021 à 4,2% au dernier trimestre 2022. Les chefs d’entreprises sont notamment maintenant plus nombreux à anticiper des hausses de salaires de 5 à 6% au cours des 12 mois à venir (Graphique 3).

Au-delà des aspects institutionnels de la négociation, les difficultés de recrutement jouent aussi un rôle : les entreprises rapportant systématiquement des difficultés anticipent une croissance des salaires de base plus élevée que celles ne rapportant aucune difficulté (Graphique 4).

Graphique 4 : Difficultés de recrutement et hausse des salaires anticipée par les chefs d’entreprise pour les 12 prochains mois Source : BDF Enquête Mensuelle de Conjoncture – module trimestriel sur inflation et salaires, réponses collectées – le trimestre en légende fait référence au trimestre d’interrogation.

Enfin, la croissance de la rémunération du travail dans son ensemble (c’est à dire y compris primes, heures supplémentaires, effets de structure de la main d’œuvre) sera plus soutenue en 2023 qu’en 2022. En particulier, au-delà de la hausse plus forte des salaires de base liée aux accords de branche et/ou d’entreprise, le versement de primes notamment la prime de partage de la valeur souvent négociée dans le cadre d’accords d’entreprise et versée fin 2022 – courant 2023 devrait aussi soutenir la croissance des salaires et conduire à une hausse du salaire moyen par tête supérieure à 6% en moyenne annuelle en 2023 selon la dernière prévision de la Banque de France.

Cette hausse plus forte des salaires négociés et effectifs en 2022 et 2023 traduit essentiellement un rattrapage partiel de l’évolution récente des prix par les salaires nominaux. Elle n’indique pas, à ce stade, d’enclenchement d’une boucle prix-salaires en France.

Source : Les hausses de salaires négociés : quel bilan pour l’année 2022 ?

Et si les salaires augmentent en France, il faudra le faire partout.

Ceci est la première cause possible du maintien d’une certaine inflation.

La guerre d’Ukraine

Cette guerre patine.

Une petite histoire pour commencer :

Il y a 5 ou 6 ans, j’ai loué un de mes appartements (quartier étudiant de Paris) à deux jeunes russes venus étudier les mathématiques à Paris. L’un des deux, d’origine plutôt modeste, avait obtenu une bourse pour parfaire son cursus, parce qu’il avait eu le premier prix de mathématique de Sibérie. Il parlait d’ailleurs très bien français sans jamais avoir quitté son pays. L’autre, de famille plus aisée, était un peu moins brillant, mais payait le loyer.

Lorsque je leur rendis visite quelque temps plus tard, j’ai eu la surprise de voir accroché au mur un grand portrait de Poutine qu’ils avaient emmené dans leurs bagages. !!

Aujourd’hui quelques informations qui nous viennent de Russie, montrent quand même qu’une majorité de Russes ne voient pas le monde comme nous, et soutiennent Poutine.

En face de cela, l’occident fait entendre des voix dissonantes sur la nature de l’aide à apporter à l’Ukraine, avec comme ciment commun qu’il faut l’aider à gagner cette guerre, mais on ne sait pas trop comment, sur quelles frontières, ni s’il faut traiter avec Poutine ou pas…

En tout cas, plus cela dure, plus l’effort de guerre devra être important pour tous les camps.

La Russie est en économie de guerre, fait tourner ses usines d’armement à fond, et possède de bons ingénieurs ; l’occident sera sûrement amené à fournir de plus en plus d’armements aussi.

Des chars lourds, et après ?

Tout cela finira par coûter un «pognon de dingue», déjà l’Allemagne a décidé 100 milliards de budget militaire, et en France, nous sommes en voie de suivre, comme vient de nous l’expliquer le président.

La vision d’un monde bipolaire, avec des dictatures assises sur des structures sociales patriarcales d’un côté et des démocraties libérales riches, mais socialement délitées de l’autre, apparaît assez clairement maintenant, y compris aux yeux des décideurs politiques…

Là aussi, les dépenses risquent bien d’en être à leur début seulement.

Il est par conséquent très possible que «pompe à finance» continue de fonctionner allègrement.

La reprise économique en Chine

Pour le moment, nous ne percevons pas encore beaucoup de conséquences du revirement radical de Tsi Jinping en faveur d’une reprise économique.

Mais les manifestations à son encontre semblent avoir créé un choc psychologique, une prise de conscience des dirigeants chinois. Nous ne sommes plus à l’époque de Tian’anmen où la répression était la première option pour conserver le pouvoir.

Si comme cela se dessine, un desserrement de l’économie chinoise se met en place, la demande en matières premières explosera et fera monter les cours, donc l’inflation.

Cela parais maintenant assez probable.

La lutte contre le réchauffement climatique.

Collectivement, nous sommes engagés dans la construction d’une économie décarbonée dites compatible avec le réchauffement climatique.

Moins de carbone, c’est probablement plus de régionalisation des échanges, moins d’optimisation, plus de coût pour produire « propre »… et donc la persistance d’une inflation plus forte. Depuis 40 ans, nous avons construit la baisse de l’inflation sur l’industrialisation destructrice de l’environnement ;

Il faut accepter que le chemin inverse, même partiellement, soit inflationniste.

Bref, il n’est pas impossible que l’inflation reste forte plus longtemps que prévue…

La somme de ces facteurs est susceptible d’entretenir une certaine inflation, et des taux qui ne baissent pas aussi vite que prévu.

Malgré tout, nous ne devons quand même pas perdre de vue que la tendance séculaire est à la baisse de l’inflation et des taux. Démographie et révolution technologique militent pour une baisse des prix.

Néanmoins, le système a tellement besoin d’inflation pour rembourser la montagne d’endettement qu’il n’est pas impossible qu’il s’organise pour maintenir un certain niveau indispensable d’inflation.

L’équilibre de nos systèmes repose en partie sur l’inflation.

À suivre.

Besoin d'un conseil ? Découvrez nos services :
Conseil & services 
Bilan patrimonial
Abonnement patrimonial
Formation
Au service de vos projets de vie 
MonImmoLocatif.fr
MonPatrimoine.io
IA Patrimoniale