Les banques centrales ont « fait le job », il faut maintenant de la croissance économique.

Les annonces des banques centrales passées, l’analyse du comportement des marchés financiers devient plus intéressante car moins pollué par les effets d’annonces. « Le fondamental » tend à reprendre ses droits. La semaine dernière a connu une stabilité des marchés financiers, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, qui nous donne l’opportunité de revenir sur quelques constats afin d’anticiper l’évolution future des marchés financiers. Les banques centrales ont mis tous leurs moyens pour restaurer la confiance des investisseurs et pour éviter un nouveau naufrage des marchés, mais est-ce suffisant au moment où la situation économique semble plus difficile?
 

En Europe, 2012 va bien acter un ralentissement.

Nous restons d’un point de vue stratégique assez circonspects quant à l’évolution des marchés boursiers des économies développées. Les prochaines années seront marquées par un nécessaire cycle de « deleveraging », (réduction forcenée des dettes publiques et privées), un ralentissement économique, et donc la poursuite du « de-rating » des actifs à risques.
A l’inverse, on peut imaginer que les pays émergents resteront à l’écart de ces problématiques et pourraient bénéficier d’un retour en grâce, mais c’est encore trop tôt pour le jouer boursièrement, tant le ralentissement économique conduit aussi dans ces pays à une révision des objectifs boursiers. Les prévisions économiques sur 2012 sont significatives de cet écart de performance : après +3,7% de croissance mondiale en 2011, celle prévue en 2012 reste assez vigoureuse à +3,2% d’après le consensus des économistes, et nous devrions avoir +5,1% pour les pays émergents et seulement +1,3% pour les économies développées. Dans cette zone, on va assister à une forte différenciation avec +2,2% aux Etats-Unis (vs +1,8% en 2011) et une récession en Europe, à -0,4% (vs +1,5% en 2011). Ceci reste assez cohérent : les Etats-Unis devraient commencer à bénéficier des plans de relance, d’un redressement de l’immobilier, alors que l’Europe, et surtout sur ce deuxième semestre, va payer « cash » sa politique de rigueur, ses augmentations d’impôt, son chômage, et ses efforts de réduction de dettes.
 
Sur les pays émergents, on pourrait avoir un meilleur deuxième semestre 2012, avec de fortes différences régionales. La croissance devrait être moins forte qu’auparavant mais il se peut que les politiques monétaires et fiscales accommodantes apportent une nouvelle dynamique, la Chine étant un des éléments clefs de cette nouvelle donne. Au-delà de ces chiffres économiques, certes moroses, mais faut-il le rappeler encore loin de la récession de 2009, (croissance mondiale alors en baisse de 1,4% et de -4,1% pour l’Euroland), les facteurs politiques vont rester élevés et il faudra être très tacticien et utiliser la volatilité des marchés qui va rester élevée. Nous ne croyons toutefois pas à un effondrement des marchés, mais la hausse semble désormais assez difficile à justifier d’un point de vue théorique.
 

La confrontation à la réalité économique apporte peu de perspectives haussières aux marchés.

Nous risquons d’entrer dans une phase de fortes turbulences lors de la publication très prochaine des chiffres du troisième trimestre des entreprises. Ainsi, aux Etats-Unis, si les résultats du deuxième trimestre ont dépassé les prévisions grâce aux valeurs financières, sur le troisième trimestre, les « guidances » sont plus négatives et on doit s’attendre à une forte révision des analystes sur le quatrième trimestre 2012 et sur 2013.
 

Le véritable enjeu est celui de la ré-industrialisation

En Europe, nous allons assister à la même séquence, les prévisions des résultats surtout sur 2013, apparaissent beaucoup trop excessives. A la lumière des différents plans d’austérité mis en place, on peut se demander si l’Europe ne fait pas fausse route dans ses choix de politique économique.
Le problème reste en effet grave. Les marchés ont applaudi aux décisions récentes de Draghi et croient à l’idée qu’une politique monétaire très expansionniste (achats de titres publics, taux d’intérêt très bas) pourrait conduire à un redémarrage des économies et à une réindustrialisation, notamment en France et en Espagne.
Ceci reste un vain espoir, car les problèmes sont d’ordre structurel. Pour réindustrialiser ces pays et créer de la croissance, il faut opter pour une fiscalité attrayante (on en est évidemment loin !), abaisser le coût du travail et programmer des incitations à investir surtout dans l’innovation et dans les produits haut de gamme, aucune politique monétaire ne peut résoudre ces questions de fond. Finalement, on a le sentiment que les marchés ont été soutenus cet été par une sorte de morphine euphorisante, comme dans les soins palliatifs. Si des mesures adéquates ne sont pas rapidement prises, il n’est pas certain que l’on puisse éviter une récession durable. Par ailleurs, on constate que les décisions récentes de la BCE, en matière d’aides aux pays déficitaires sont difficiles à mettre en place eu égard aux contraintes imposées.
 

L’Espagne va revenir au cœur de l’actualité

L’Espagne maintient le suspens et cherche des solutions alternatives, par exemple l’utilisation d’une partie de la ligne de crédit de 100 Md€, initialement prévue pour sauver son système bancaire, pour acheter des titres souverains sans passer par les nouvelles exigences de la BCE. Le gouvernement doit présenter son projet de loi de finances 2013 le 27 septembre prochain et inclure des mesures supplémentaires afin de satisfaire les conditions de la Troïka (UE, BCE, FMI). On devrait aussi connaître cette semaine le montant exact nécessaire à la recapitalisation des banques espagnoles.
 

Une fin de mois de septembre délicate ….

Un mot pour terminer sur la situation française, quatre mois après l’élection de François Hollande, la baisse de la confiance est là.
On nous avait vendu du rêve, la réalité reprend le dessus et on ne comprend pas toujours les lignes directrices de ce gouvernement et cet absence de confiance n’est pas de nature à stimuler les marchés financiers même si on sait depuis longtemps que le poids du local reste assez faible dans leur évolution.
Politiquement, ce gouvernement va bientôt subir l’épreuve de l’adoption du nouveau traité européen, qui ne devrait pas être une partie facile à gérer. En tout état de cause, cette nouvelle fragilité un peu surprenante n’est pas de nature à faire prendre à ce gouvernement les mesures nécessaires pour permettre à la France, (et donc à l’Europe) de sortir rapidement de cette crise toujours larvée qui use le comportement des investisseurs.
L’annonce du budget 2013 va aussi constituer un autre challenge.
 

Retour en grâce des fonds flexibles ?

En conclusion, nous maintenons toujours un choix d’allocation d’actifs prudent sur le court terme, en privilégiant des fonds d’obligations corporate et des fonds flexibles internationaux.
Le fonds Hixance Patrimoine (90% d’obligations corporate et 4% d’investissement net en actions) maintient des performances intéressantes avec +8,62% depuis le début de l’année (au 21/09).
Hixance Flexible International, lancé fin juin est composé de 49% d’actions européennes et internationales dont 17% d’actions américaines. 31% est constitué d’obligations assez courtes, entre 2014 et 2016, le reste, 19%, est du cash. Au 21 septembre, la partie actions est couverte à hauteur de 60%, l’exposition nette aux actions est donc de seulement 20%. Nous utilisons fortement la flexibilité, ce qui nous permet sur un mois glissant de réaliser une hausse de +4,7% vs -0,23% pour l’indice.
 
Preuve que dans des marchés sans grande tendance, on peut optimiser le couple rendement/risque !
 
 
 
 
PS : Jean Noël VIEILLE vient de publier un livre sur « Valorisation des entreprises en temps de crise »

Les crises financières de cette dernière décennie ont mis à mal les méthodes d’analyse et de valorisation des entreprises. Cet ouvrage entend réfléchir aux raisons de ces dysfonctionnements et propose des solutions pour appréhender la situation des entreprises et celle des marchés financiers. Il s’articule autour de trois thématiques : l’explication du comportement du marché financier lors des crises, l’analyse financière centrée essentiellement sur l’analyse des flux, et les méthodes usuelles de valorisation des entreprises. Le livre se termine par une étude de cas détaillée centrée sur l’analyse financière et l’évaluation du Groupe Bourbon. Cette étude de cas donnera aussi au lecteur un aperçu de la construction des prévisions financières. L’originalité de cet ouvrage est de relier l’analyse financière, l’analyse stratégique et l’évaluation de façon opérationnelle. Il donne des éclairages sur des questions actuelles : l’efficience des marchés, le financement de la croissance des entreprises (autofinancement ou dettes), le niveau de l’endettement et la valorisation des indices boursiers. Il apporte des réponses à certaines erreurs d’analyse commises lors de la crise des années 2000 (par exemple la valorisation des valeurs  » internet « ). Ce livre s’adresse aux praticiens (chefs d’entreprises, directeurs financiers, analystes financiers, évaluateurs, gestionnaires de fonds) et aux étudiants et chercheurs, qui souhaitent une nouvelle approche pour mieux comprendre le comportement des marchés financiers et mieux appréhender la notion de  » risques « .

Biographie de l’auteur

Jean-Noël Vieille, docteur en Sciences de gestion, est Directeur de la Gestion de HiXANCE Asset Management après avoir été analyste financier et gestionnaire d’OPCVM. Il est membre de la Société Française des Analystes Financiers, et enseigne à l’Université Paris-Dauphine, au Centre de Formation de la Profession Bancaire et à l’Institut de Formation de la Bourse de Tunis.

 
 
 

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