Un article prospectif rédigé par Julien Bonnetouche, notre désormais fidèle lecteur commentateur.

 Le concept de la théorie monétaire moderne, ou TMM , est actuellement « tendance » aux USA.

Cette théorie puise ses fondements chez Keynes, et de nombreux économistes en font l’apologie comme Stéphanie Kelton (professeur à l’université du Missouri à Kansas city et chroniqueuse dans Bloomberg opinion)
Mais plus important encore, cette nouvelle théorie économique, portée par plusieurs candidats à la candidature du parti démocrate, et à son l’aile gauche par une « jeune et pétillante » représentante américaine du 14e district de New York, Alexandria Ocasio-Cortez, qui se dit socialiste, véritable espoir du parti démocrate pour les années à venir et qui déchaîne les passions outre-Atlantique.
Cependant, nous allons le voir, Trump n’est pas en reste, pour ce qui est de la monétisation de l’économie. Et plus près de nous , Macron suit le même chemin.
 

Alors c’est quoi la Théorie Monétaire Moderne (TMM) ?

Autant vous le dire tout de suite ça fait froid dans le dos ! Et d’ailleurs une certaine panique teintée de morale, transparait dans les avis formulés par les rares experts qui commencent à s’exprimer sur ce sujet.
On pourrait la résumer ainsi :  La monnaie a une fonction sociale, et ne doit pas obéir aux règles établies par le secteur privé lui conférant une valeur en soi. D’autant plus, lorsque ce dernier a failli au rôle que la théorie monétariste dominante lui attribue.
À ce titre, la valeur de la monnaie est secondaire puisque son usage doit concourir avant tout au bien public, et l’État (qui ne peut faire faillite) reste maître de la quantité de monnaie à mettre en circulation.
Plus populo-démago ……Mais c’est à destination de l’électeur moyen américain qui n’a aucune culture historique en la matière.
En fait de Théorie Monétaire Moderne, ce concept est presque aussi ancien que la notion de monnaie elle-même, dès lors que c’est l’État qui décide de ce qui est, ou n’est pas monnaie :
Mais sans remonter aux Grecs, on se rappelle de John Law ou de la république de Weimar et des catastrophes inflationnistes qui en ont découlé lorsque l’État décide d’aller trop loin en matière de création monétaire.
Tout le monde comprend intuitivement d’une part, que cela ne peut normalement pas fonctionner, et d’autre part, que seuls de grands démagogues populistes peuvent oser en faire l’apologie.
Et pourtant, nous allons sans doute y avoir droit dans les années qui viennent.
En fait nous y sommes déjà entrés depuis les QE. Et comme tout le monde trouve que cela a été bénéfique, un échelon supplémentaire sera encore sans doute bientôt franchi.
Répondre à quelques questions simples va nous aider à mieux comprendre les enjeux :

  • S’endetter à l’infini est-il possible ?
  • S’endetter au-delà des possibilités de remboursement est-il nécessaire pour nos sociétés ?
  • Et une troisième question découlera des deux premières : est-ce inévitable ?

 

S’endetter à l’infini est-il possible ?

Mais tout d’abord, si l’on regarde les exemples existants nous avons deux cas de figure contemporains :

  • Le Venezuela : c’est le cas classique de la dérive monétaire, avec inflation galopante, appauvrissement rapide, baisse de la production, dans un pays corrompu, faiblement industrialisé et qui n’est riche que du pétrole, dont on voit ce qu’il advient.Personne ne veut plus lui prêter bref c’est la catastrophe.

 

  • Le Japon : depuis 30 ans les taux sont à zéro, l’inflation aussi, et l’endettement est passé de 100 % du PIB à 250 %, sans que personne ne se plaigne, ou attaque la monnaie. Mais c’est un pays fort, industriel, dont la dette est détenue en grande partie par les japonais eux-mêmes, qui se contentent de ne pas perdre d’argent en achetant les obligations d’État mais ne gagne rien non plus.Las japonais ne vivent pas plus mal qu’avant.

 
 

Quelle est l’explication du phénomène ?

Si les taux d’intérêt sont à 0 % l’inflation à 1 %, et la croissance supérieurs à 1 % par exemple 1,5 % comme en France, ou mieux encore, 2 à 3 % comme la croissance mondiale, terrain de jeu des multinationales, alors s’enclenche le cercle vertueux suivant :
Celui qui emprunte à 0 % (disons moins de 1%) alors que l’inflation est à 1 % , celui-là s’enrichit.
Celui qui emprunte à un taux en dessous de l’inflation alors que la croissance est supérieure à l’inflation, celui-là voit sa dette s’éteindre d’elle-même à terme.
On peut donc (les Etats et les entreprises, et même les particuliers) s’endetter à l’infini, puisque l’on ne rembourse jamais le principal mais seulement les intérêts. En effet l ‘on réempruntera pour rembourser l’emprunt, les créanciers restant confiants, car il n’y a pas de doute sur le résorption de la dette à long terme.
De toutes façons ici les créanciers sont les banques centrales, lesquelles n’attendent pas après ….
On s’enrichit automatiquement, c’est fabuleux !!
Entre temps, les particuliers n’ont pas l’impression de s’appauvrir, puisque l’inflation est sommes toutes presque négligeable.
Et si par hasard, la croissance venait à ralentir en dessous de l’inflation, il suffit de réemprunter davantage à la fois pour accroitre la consommation et l’investissement ( politique de l’offre et de la demande simultanément)) et la croissance repart automatiquement.
 

Deuxième question est ce nécessaire ?

Hélas oui, même indispensable.
On riait un peu, lors de la dernière élection présidentielle du « revenu universel » de Benoit  Hamon, mais finalement il n’était peut-être que un peu trop en avance sur son temps.
En effet, l’évolution de toutes les sociétés matures est à peu près la même partout sur le plan social, où l’on constate un appauvrissement des classes moyennes tendant à se confondre avec les classes les plus pauvres.
A l’autre extrême, les classes supérieures (en revenu) sont marginalisées à un petit pourcentage qui correspond grosso modo à celui qui bénéficie de la mondialisation( 20 à 25% environ)
De même on constate que 1 diplômé sur 3 niveaux licence ou master trouve un emploi déclassé par rapport à sa formation initiale. Ce qui est frustrant, et nous savons aussi que les zones péri-urbaines ( 30 km des villes) où il n’y a pas d’emploi, peu de services publics, et peu de moyens de transport, sont source de pauvreté ( gilets jaunes..)
Il va donc falloir donner de l’argent d’une manière ou d’une autre à toute cette frange de population, sous peine de la voir se révolter ou pire voter pour les extrêmes d’une manière qui pourrait devenir majoritaire. C’est comme cela que l’on a imaginé le concept d’hélicoptère money, qui consiste à donner de l’argent sans contrepartie avec sa forme la plus aboutie qui serait que les banques centrales créditent directement les comptes en banques des particuliers.
Mais d’autres formes d’hélicoptère money sont à l’étude, et qui passeraient par les États, lesquels choisiraient d’une manière plus politique, d’aider telle ou telle partie de la population.
Il faut aussi garder à l’esprit que la 4eme révolution industrielle et l’intelligence artificielle, auront plutôt tendance à réduire le nombre d’emploi, malgré les dénégations de certains.
On voit par exemple des sociétés comme Whatsapp être valorisées à plusieurs milliards de $ et n’avoir pour tout personnel que quelques dizaines d’informaticiens de très haut niveau, avec peut-être aussi des femmes de ménage à l’autre extrémité de la chaine.
 
Bref il est probable que la paix sociale et même la paix tout court sera à ce prix.
 
Nous sommes tous des « habitués » de l’économie de papa, où l’on considère qu’il ne doit être dépensé que ce que l’on a gagné.
Il va donc sans dire combien la TMM peut nous choquer.
 
Mais que font les américains avec le dollar depuis des lustres et leur déficit budgétaire astronomique ?
Que font les chinois qui s’endettent jusqu’aux oreilles ?
Et chez nous, que fait Macron lorsqu’il distribue 10 milliards à Noël puis 5 à 10 milliards maintenant sans réduire le nombre de fonctionnaires comme prévu ( 120000 pourtant pas beaucoup) ni bien sûr, les dépenses publiques d’aucune façon ?
En fait tout le monde s’en moque.
 

Est ce inéluctable ? (à défaut d’être souhaitable) !! car ce n’est pas souhaitable.

Surement oui, car la grosse différence qui est maintenant devant nous avec la TMM, c’est sa justification théorisée par des individus investis de l’autorité.
Et pour ceux que ne seraient pas convaincus de » l’avenir » qu’a devant elle cette nouvelle théorie monétaire, il suffit de rappeler trois raisons essentielles :

  • La lâcheté des politiques en face de la dépense publique est à toute épreuve. Toutes les occasions seront les bonnes pour le laisser aller.
  • L’excès de dépense publique qui était jusqu’ici considérée comme un mal endémique deviendrait subitement une solution bénéfique et acceptable.
  • L’aspect inéluctable d’un appauvrissement des populations mal formées et qu’il faudra obligatoirement subventionner d’une manière ou d’une autre si l’on veut éviter la tentation du pire.
  • Tout ceci ayant l’objectif, dans l’esprit des décideurs, de conserver le système du libéralisme/capitalisme. (parce que c’est le mode de fonctionnement économique majoritaire et aussi le plus efficace dans le monde) En tous cas pour pas mal d’années encore.
  • Et l’on peut rajouter aussi que les « puissants » (économique et politiques) sont aujourd’hui coalisés à l’échelle mondiale, et qu’ils feront ce qui est nécessaire pour assoir leur pouvoir.  En commençant par le maintien de la hiérarchie : Taux /inflation/ croissance absolument indispensable à l’équilibre du château de cartes comme dit plus haut.

 
Dans cette hypothèse, nous sommes partis pour avoir des taux à O %, ou à peu près, pour un bon bout de temps.
 
Malgré tout, si aux USA et en Chine, aucun obstacle ne paraît se dresser contre cette politique, en Europe, il y a tout de même l’Allemagne attachée à un monétarisme plus orthodoxe. Soit elle devra suivre, soit l’Europe et l’Euro éclateront. (ce qui bouleverserait le monde entier)
Elle suivra, on peut le supposer. Elle n’aura pas vraiment le choix. A moins que les nationalistes reviennent au pouvoir entre temps.
Certains peuvent également objecter que l’inflation pourrait revenir par le biais des salaires, et mettre à bas toute cette belle mécanique.
C’est assez peu probable, car la digitalisation et la mondialisation, qui sont-elles déflationnistes, sont encore loin d’avoir fini leur œuvre. Et puis comme dit précédemment, la tendance n’est pas à l’augmentation des salaires puisque si l’on manque toujours de personnel très qualifiés, une bonne partie de la population restera sous employée, et cela pèsera sur les salaires .
 
Finalement, chacun appréciera et ne manquera pas de faire des commentaires sur un sujet qui est de nature à provoquer des diatribes dignes de la querelle des « anciens et des modernes ».
Mais, contre toute logique classique, la TMM a de bonnes chances de fonctionner, à condition bien sûr, que les principaux États du monde s’entendent pour maintenir les taux d’intérêts en deçà de l’inflation.
On a pu constater récemment, à l’occasion de la guerre commerciale lancée par Trump, que le vieux film de l’arroseur arrosé était plus que jamais d’actualité. Il semble que les divers pouvoirs politiques concernés, en ont à peu près tiré la leçon.
Partant de là, on peut imaginer que cette entente mondiale régisse désormais également les problèmes monétaires.
 

Quelles conséquences peut-on imaginer pour l’avenir des investissements ?

Les obligations ne seront  plus intéressantes puisque dans l’exemple pris plus haut de taux à 0 % et d’une inflation à 1 % leur valeur réelle s’érode de  1%/an.
Les actifs tangibles eux, prennent de la valeur :

  • L’or, aura toujours ses partisans, l’incertitude lui conservant son rôle de valeur refuge.
  • Mais aussi l’immobilier et surtout les actions d’entreprises fiables, domaine où il y a le plus de possibilités d’utiliser cet argent facile.

Une question se pose alors concernant les actions : y a t-il une limite à leur valorisation, dès lors que les entreprises pourront emprunter à gogo ? Un PER à 30 est-il moins justifiable qu’un PER à 10 ?
A partir du moment où l’entreprise est solide, probablement pas. Mais les avis sont surement partagés ??
Une autre question se pose néanmoins pour des compagnies valorisées plusieurs milliards, qui font peu de chiffre d’affaire et pas de bénéfice ou même du déficit comme UBER par exemple, dont on sait qu’elle ne deviendra rentable que lorsque les véhicules autonomes remplaceront les voitures avec  chauffeurs.
UBER va bientôt rentrer en bourse. Ça va surement bien se passer…
 

Pour aller plus loin :
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