Ce qui est abondant et disponible n’étant pas cher, est-il raisonnable de croire qu’il est possible de valoriser son patrimoine grâce au rendement de son épargne ?

C’est la question à laquelle j’ai essayé de répondre sur le plateau de BFM Business en début de semaine. Voici la vidéo de mon intervention :

 
Dans un monde à taux négatifs, dans un monde ou l’épargne n’est pas rémunérée, et même confisquée au gré du temps et du fait d’une rémunération inférieure au taux de croissance nominale de l’économie, il est important de retrouver la définition originelle de l’épargne. L’épargne, ce n’est pas l’investissement. Épargner, ce n’est pas investir.
L’épargne, c’est un stock d’argent dans l’attente d’une consommation future, soit sous forme de dépense, soit sous forme d’investissement. L’épargne n’est pas une fin… mais simplement un moyen. L’épargne permet de préparer un projet de dépense important ou encore permet d’éviter le recours au crédit pour financer un investissement.
Il est peut-être plus simple de définir la notion d’épargne par opposition avec la notion d’investissement.
Si l’épargne est une accumulation passive, une situation d’attente, l’investissement représente une action. Investir, c’est acheter aujourd’hui un actif dont l’exploitation directe ou indirecte permettra de dégager un flux pérenne pour son propriétaire.
Dans un monde à taux négatif, l’épargne est en danger car elle est progressivement confisquée au gré des années par un rendement inférieur au taux de croissance nominale de l’économie et parfois même par rapport à l’inflation.
Dans ce même monde à taux négatif, l’investisseur (par opposition à l’épargnant) est disposé à accepter un moindre revenu de son investissement par rapport au prix payé ; En acceptant un moindre rendement de son investissement, il rend possible une hausse du prix de cet actif dont l’exploitation permet de générer un flux futur pérenne dont le niveau sera toujours supérieur au rendement négatif de l’épargne.
Ainsi, dans un monde à taux zéro, on doit pouvoir s’attendre à une hausse de la valeur des actifs d’investissement. Mais attention, contrairement à l’épargne, sans risque, investir n’est pas certain et la baisse des rendements (consécutifs à la hausse des prix) ne doit oublier la rémunération du risque. La rémunération du risque permet à l’investisseur de compenser les périodes de moindre rendement ou de perte.
Faisons le point sur les différents types de placement ou d’investissement afin d’essayer d’anticiper les conséquences des taux négatifs :
 

1 – Épargne liquide; placement bancaire (PEL) et compte chèque.

Dans un monde à taux négatifs, l’argent ne rapporte plus rien ; Il n’est donc plus rémunérée et le PEL, dont le rendement est garantie, redevient un excellent support d’épargne. Il est incroyable d’affirmer cela, mais avec seulement 1% net, le PEL est un excellent placement.
LEP, Livret A sont même des placements attrayants puisque leur rémunération est politique et sociale et donc non totalement connectée aux taux du marché.
En revanche, oubliez les livrets fiscalisés et autres compte à terme: Il n’y a plus de rendement possible.
Enfin, si stocker votre argent sur votre compte chèque ne vous est pas encore facturé, cela pourra être le cas dans les prochaines années : Vous devrez payer pour avoir la chance d’avoir trop d’argent sur votre compte chèque.
 
 

2- Fonds euros des contrats d’assurance vie (Analyse détaillée avec la composition moyenne des fonds euros au 31/12/2018) ;

Le fonds euros des contrats d’assurance vie représente encore -+ 80% des 1700 milliards d’euros en assurance-vie. Autant dire que le succès de l’assurance vie repose sur la capacité du fonds euros à générer un rendement attrayant à long terme.
Malheureusement, lorsque l’on analyse la composition du fonds euros comme le fait goodvalueformoney.eu , on doit sérieusement s’inquiéter. Je crois qu’il est urgent de se poser la question du risque du fonds euros.

 
 
De manière schématique, le fonds euros, c’est -+ 80% d’obligation dont -+ 45% en obligations d’état, directement concernées par un rendement négatif, notamment pour celles qui sont réputées être les plus sures ; et -+ 55% d’obligation d’entreprises, mais attention, lorsque l’on parle d’obligation d’entreprise, ont parle notamment d’obligation de banques ou de compagnies d’assurance, parfois même subordonnés (TSR). A titre d’exemple, dans le fonds euros de l’AFER, les obligations du secteur financier représente 16.4% de la totalité de l’encours du fonds euros.
 

Composition du fonds euros AFER au 31/12/2018


 
Ainsi, le fonds euros c’est 80% d’obligation dont 45% qui subissent les taux négatifs et 15 à 20% qui sont exposés à la solvabilité du secteur financier particulièrement pénalisé par la faiblesse des rendements.
Bref, dans le meilleur des cas, le fonds euros ne sera plus capable de générer un rendement suffisant pour conserver l’intérêt des épargnants et dans le pire des cas, nous pourrions assister au blocage de l’épargne par application de la loi SAPIN 2.
 
 

3 – SCPI – Immobilier d’entreprise

L’investissement en SCPI est typique de ces actifs d’investissement dont l’exploitation permet de générer un revenu pérenne. Il s’agit là de l’exploitation indirecte d’immobilier d’entreprise par l’intermédiaire d’une SCPI.
C’est la capacité de l’exploitant à valoriser l’actif immobilier qui permettra de générer un flux pérenne à long terme. L’immobilier d’entreprise fait dont logiquement parti de ces actifs dont la valeur augmente avec la baisse des taux d’intérêt et donc qui se renforcent avec les taux d’intérêt négatifs.
Le rendement baisse du fait d’une augmentation de la valeur de l’immobilier. Néanmoins, attention à ne pas céder à l’euphorie en oubliant le risque. Les rendements sont aujourd’hui très faibles (et donc les prix trop élevés) et ils pourraient ne pas couvrir les risques inhérents à ce type d’investissement. Deux risques principaux : Le risque économique avec des locataires qui ne pourraient pas payer le loyer exigé en cas de crise économique et le risque d’obsolescence immobilière par la mutation accélérée des usages et des besoins de locataires. Le nomadisme d’entreprise réduit les besoins des entreprises qui cherchent à réduire le nombre d’espace de travail et leur coût immobilier.
De surcroît, la baisse des taux d’intérêt ne sont ils pas déjà dans les valorisations ? Prudence sur la prise de risque non rémunérée…
 
 

4 – Immobilier d’habitation ;

L’investissement dans l’immobilier d’habitation suit la même logique que l’investissement dans l’immobilier d’entreprise. C’est l’exploitation de cet actif immobilier qui permettra de générer un revenu futur pérenne. L’immobilier d’habitation, tout comme l’immobilier d’entreprise, fait dont logiquement parti de ces actifs dont la valeur augmente avec la baisse des taux d’intérêt et donc qui se renforcent avec les taux d’intérêt négatifs.
Mais attention aux excès et à la rémunération du risque. Tout comme l’immobilier d’entreprise, certains actifs ont déjà profité de la baisse des taux d’intérêt et ne semble pas de bons investissements. On peut citer par exemple, l’immobilier d’habitation dans les villes qui ont vu leur prix augmenter fortement depuis 2008 (Paris, Lyon Bordeaux).
Ailleurs, et en moyenne en France, les prix sont relativement stables depuis 10 ans. Ces actifs n’ont pas (encore) profité de la baisse des taux d’intérêt et pourraient bien se rattraper rapidement.
 

5 – Action.

Détenir une action, c’est détenir indirectement un actif dont l’exploitation permet de générer un flux futur. C’est même la qualité de ce flux futur qui permet de fixer la valeur de l’action. Tout comme tout les autres investissement, l’investissement à long terme dans le capital d’une entreprise devrait profiter de la baisse des taux d’intérêt et des taux d’intérêt négatifs (d’autant plus que les entreprises sont structurellement empruntrice et profitent potentiellement d’un très fort effet de levier).
A court terme, c’est le marché avec ces excès qui fixe la valeur d’une entreprise ; A long terme, cette valeur de marché suit la capacité de l’entreprise à générer des bénéfices futurs. On n’investit pas sur le marché … L’investisseur de long terme achète une action et profite du marché pour l’acheter à un prix qu’il jugera attrayant.
Le marché étant une succession de cycle, d’humeur, de hausse puis de baisse, il est évident qu’il est toujours plus rentable d’acheter une action après une baisse qu’après une longue hausse, même si, la valeur pourrait bien être soutenue par l’excessive faiblesse des taux d’intérêt.
En d’autres mots, les taux d’intérêts négatifs pourraient permettre d’assumer des PER nettement plus élevés, non pas pour tenir compte d’une croissance future des bénéfices… mais de l’effritement généralisé des rendements.

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