Dans notre article « En 2020, Face à une politique monétaire nuisible, la politique budgétaire va financer le front populaire écologique« , j’essaie d’introduire l’idée selon laquelle la politique monétaire serait devenue déflationniste alors même que l’unique mission d’une banque centrale est de lutter contre la déflation et d’agir pour la stabilité des prix.
J’introduis le propos avec ces mots :

La politique monétaire engagée par les banques centrales à pour unique objectif la stabilité des prix que la communauté considère comme étant une inflation fixée à 2% par année. Toute la politique monétaire est orientée vers cet objectif d’inflation.

Pour y parvenir, le raisonnement des banques centrales est simple : Puisque l’inflation est le résultat d’une économie dont l’offre de production ne parvient pas à répondre à la demande, il suffit de baisser les taux d’intérêt pour relancer l’économie et donc l’inflation. Le raisonnement paraît étrange, mais c’est bien celui qui est au cœur de la politique monétaire des banques centrales comme l’explique très bien cet article publié dans Alternative Économique sous le titre « D’où vient l’inflation ?. Extrait :

« Spécialiste des phénomènes monétaires, l’économiste américain Milton Friedman part d’une idée simple : toute augmentation de la masse monétaire au-delà de ce qui est nécessaire pour assurer les transactions entraîne celle du niveau général des prix.  » La cause immédiate de l’inflation est toujours et partout la même : un accroissement anormalement rapide de la quantité de monnaie par rapport au volume de production « 

[…]

L’inflation ne serait donc possible que si les banques centrales l’autorisent, par une politique trop laxiste au regard de la maîtrise du crédit. L’abondance de crédit nourrirait alors une demande excessive par rapport aux capacités de production, ce qui se traduirait par une hausse des prix. »

Ce postulat de base est simpliste et nous, les hommes de la rue, ceux qui n’ont pas le pouvoir de savoir, comprenons intuitivement que ce n’est pas vrai, ou du moins que ce n’est pas vrai passé un certain niveau : Faciliter les crédits n’est pas nécessairement source d’inflation si la production est excessive face à une population qui n’a pas les moyens (ou le besoin) de consommer. On ne fait pas boire un âne qui n’a plus soif…

Pourtant, les politiques monétaires persistent et accélèrent même dans cette idée d’une nécessaire baisse des taux de crédit pour relancer l’activité et donc l’inflation. Nous sommes même arrivé au point ou la politique monétaire devient déflationniste.

 
Je crois qu’il est important d’approfondir ma réflexion sur cette question importante qui pourrait remettre en cause de nombreuses certitudes. Car, si demain, la narration dominante en vient à considérer que la politique monétaire des taux bas est effectivement déflationniste, c’est toute nos certitudes qui seraient questionnées, notamment la question des taux d’intérêt négatif et de l’impossible remontée de taux.
 

Pourquoi la politique monétaire pourrait elle être devenue déflationniste ?

La baisse excessive et durable des taux d’intérêt enferme l’économie dans la stagnation et limite la croissance économique.

D’après vous, quelle est la conséquence d’une baisse durable et excessive des taux d’intérêt, c’est à dire des taux d’intérêt des crédits, mais aussi, par répercussion, des taux de rentabilité exigés par les investisseurs ? Ma réponse est simple : Une moindre pression sur la hausse des prix du fait d’une moindre contrainte de rentabilité.
Lorsque les taux d’intérêt sont à 10%, lorsque le taux de votre crédit est de 10%, vous devez exploiter votre entreprise, votre actif pour générer un bénéfice suffisant qui vous permettra de payer ce taux de 10% ; Pour générer un effet de levier, votre taux de rendement doit être supérieur à 10%. Vous avez une contrainte de rentabilité forte pour justifier votre exploitation.
Lorsque les taux d’intérêt sont à 0%, votre contrainte de rentabilité est moindre car il suffit de générer un taux de rendement de 1% pour justifier votre effet de levier et donc votre activité. La contrainte de rentabilité est moindre. Ainsi, l’économie se stabilise progressivement autour de ce taux d’intérêt faible. L’économie stagne puisque l’ensemble des investisseurs se contente d’un rendement faible.
Ainsi, la baisse des taux d’intérêt ne relance plus l’activité et une forme de trappe à rentabilité enferme l’économie dans une stagnation qui n’est pas source d’inflation (ce mot « trappe à rentabilité » est une invention maison construit autour de l’idée que la « trappe à liquidité » – La trappe à liquidité pour les nuls !).
Cette trappe à rentabilité permet à de nombreuses entreprises non rentables de rester en activité ; Leur non disparition n’est pas à l’origine de la dégradation de l’activité, mais leur persistance malgré un rentabilité insuffisante, enferme l’économie dans la stagnation et empêche de nouvelles entreprises de créer et générer une rentabilité meilleure.
 

L’excès de liquidité est à l’origine d’une bulle sur les startups (ou dans le capital investissement) dont les excès sont déflationnistes

De surcroît, la politique monétaire menée depuis 10 ans ne se contente pas de baisser les taux d’intérêt, elle agit également, sur l’offre et la demande d’actif via les quantitative easing : La banque centrale modifient la structure de l’offre et de demande d’actif obligataire. Cela a pour conséquence une baisse exagérée des taux d’intérêt (et cette trappe à rentabilité dans laquelle l’économie s’enferme petit à petit) et participe à un déplacement des masses d’investissement sur les actifs immobilier, les actions et les entreprises non cotées. Les investisseurs protégés par la liquidité apportée par la politique monétaire peuvent investir massivement sur les marchés dits à risque.
La politique monétaire est régulièrement accusée d’être à l’origine des augmentations fortes sur les prix de l’immobilier, des actions et apporte des masses considérables dans le capital investissement, c’est à dire dans la startup nation.
Vous le savez, si vous me lisez régulièrement, je crois cette économie de la startup comme nuisible. C’est le propos que je développe dans cet article « La bulle des startup est destructrice de l’économie ! Ces entreprises zombies doivent disparaître« .
Le petit monde des startups n’existe que du fait d’une politique monétaire excessive et agit donc directement sur le caractère déflationniste de l’économie. La politique monétaire agit comme est une forme de soutien abusif de toutes ces sociétés zombies, ces startups sans modèle économique qui veulent toutes révolutionner le monde.
Ce soutien abusif est une forme de concurrence déloyale qui  détruit des pans entier de notre économie, sans créer de valeur pour personne ! Sans modèle économique viable, ces startups sont incapables d’approcher la rentabilité et disparaissent laissant des secteurs entiers de l’économie dévasté par des années de cette concurrence déloyale.
 
 

Remettre en cause le bien fondé de la politique de taux bas, c’est remettre en cause toutes les certitudes construites autour de l’impossible remontée des taux.

Si cette réflexion est pertinente, il faut craindre le pire car l’augmentation des taux d’intérêt pourrait devenir une nécessité pour lutter contre la déflation !
 
A suivre.

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