N’avez vous pas l’impression que le vent tourne depuis quelques semaines. N’avez vous pas l’impression que toutes ces belles idées autour de la révolution collaborative, de l’ubérisation, de la fin du travail, des robots qui remplaceraient les hommes sont en train de faire pshiiit.
Depuis deux ans, nous assistons à une incroyable vague d’entrepreneurs qui nous annoncent vouloir révolutionner le monde grâce au numérique, à l’intelligence artificielle et autres algorithmes. Enthousiasmante, mais aussi effrayante pour tous les travailleurs qui voient déjà le terme de leur vie professionnelle, cette révolution est très largement accompagnée par des levées de fonds incroyables.
On se croirait de retour au début des années 2000, ou la révolution était partout … du moins surtout dans les cours de bourse. Aujourd’hui, on ne parle pas de bulle boursière car ces entreprises ne sont pas toutes en bourse, mais de bulle dans le capital investissement. L’argent est tellement abondant dans les couches favorisées de la société que tout le monde peut créer sa société, lever des centaines de milliers d’euros auprès d’investisseur qui n’y comprennent rien, et annoncer révolutionner son secteur grâce aux algorithmes et autres intelligence artificielle… pour au final se rendre compte que ce n’est pas si simple.
Il y a quelques semaines, nous écrivions « #Fintech de la gestion de patrimoine… Vivement l’éclatement de la bulle ! » ou encore « La bulle des fintechs et des robo-advisors fait pshiiit…« . Dans ces deux articles, je vous faisais part de mes observation autour de cette fumeuse fameuse révolution des fintechs.
Les idées sont souvent excellentes, les levées de fonds incroyablement élevées … mais la rencontre du client nettement plus délicate. Souvenez vous les ambitions premières de ces pionniers qui visaient 1 milliard de collecte sous 3 ans pour être rentable .. qui, deux ans plus tard, peinent à trouver 50 millions d’encours.
Que penser du secteur du crowdlending qui nous annonçaient mettre fin à l’abominable monopole des banques qui refusaient de financer des entreprises aux projets viables. Aujourd’hui deux années après, nous cherchons toujours ces millions d’entrepreneur aux projets à financer. La réalité est tout autre que la légende urbaine du vieux banquier bedonnant qui refuse de prêter : Les banques font plutôt bien leur métier… et les porteurs de projets viables qui ne trouvent pas de financement sont relativement rares.
Le véritable problème n’est pas dans l’innovation mais dans sa mise en oeuvre trop respectueuse de l’ancien monde qu’elle souhaite détruire. Comment voulez vous révolutionner l’économie en utilisant les codes capitalistes du 20 ième siècle. Le capital investissement n’est il pas so 2000… Comment espérer renouveler un modèle économique en utilisant l’argent et le raisonnement financier de ceux qui ont profité de la révolution précédente ?
Après l’euphorie de la nouveauté… le réalisme d’un marché qui refuse de tomber dans le piège de ce nouveau capitalisme
Mais au delà, de cette drôle d’impression d’une magnifique bulle spéculative, j’ai le sentiment que le consommateur est las. Après l’euphorie de ces promesses non connectées à leur marché, il s’agit de gérer l’atterrissage.
Comment expliquer la valeur actuelle d’UBER ou d’AirBnb ? Par la promesse d’un monopole futur exceptionnellement rentable ?
Au final, le consommateur n’est pas dupe : Faut il accepter de remplacer le service d’un taxi par un Uber alors que le service est le même et que la différence n’est que dans l’exploitation supérieure du conducteur d’UBER (et par une meilleure optimisation fiscale de ces mastodontes virtuels qui ne payent d’impôt nul part ?)
Pourquoi utiliser Airbnb pour mettre en location sa résidence principale ou secondaire … alors que Leboncoin ou même la page petites annonces de Ouest France serait tout aussi efficace et moins chère ?
Pourquoi acheter ses produits fermiers sur une plateforme et la rémunérer 20% alors que vous habitez à moins de 20km du producteur ? Pourquoi ne pas aller au marché hebdomadaire, tout simplement.
Ne faut il pas abandonner l’idée d’utiliser le capitalisme et ses codes pour satisfaire le développement d’une économie davantage en adéquation avec les attentes des consommateurs ?
Les consommateurs veulent un rapport direct entre producteur et consommation (Bio, local, direct…). Pourquoi s’évertuer à ajouter une plateforme dont la valeur ajoutée est faible ? Pourquoi chercher la rentabilité dans une nouvelle intermédiation (plateforme) alors que le consommateur recherche le rapport direct avec le producteur d’un bien ou d’un service.
Le consommateur est las de ces entreprises qui n’en veulent qu’à leur argent. Ils veulent retrouver du sens… mais au delà du bullshit marketing qui cache des pratiques financière du 20 ieme siècle derrière des termes nouveaux comme uberisation ou collaboratif.
J’ai le sentiment que la véritable révolution est ailleurs, et cela passe par une rénovation du financement de ces sociétés innovantes. L’économie sociale et solidaire est un exemple frappant de ces nouveaux codes financiers.
Les exemples sont nombreux et tellement enrichissants. Regardez par exemple, cette fromagerie qui crée une coopérative et fait appel aux épargnants pour relancer son activité de fabrication de Fromage. N’est ce pas ça la nouvelle révolution ! Les exemples sont légions !
Cet exemple illustre la puissance du véritable crowdfunding (et non d’un crowdfunding marketing qui sert à valoriser le rôle de la plateforme – « Crowdfunding, l’avenir est local, indépendant et probablement sans plateforme.« )
Après l’éclatement de la bulle… la véritable révolution pourra commencer !
Les consommateurs ont soif de sens et c’est un mouvement de fonds qui ne disparaîtra pas après l’éclatement de la bulle !