La question de la trésorerie d’entreprise est une question sur laquelle nous nous sommes que très rarement attardées sur leblogpatrimoine. Mais signe des temps, et peut être symbole d’une fiscalité sur la distribution des dividendes non encourageante (cf article « RSI sur les dividendes : Cotisation avant ou après abattement de 40% ?« ), nous constatons un gonflement des trésoreries des entreprises. Fautes de perspectives et de visibilité ces trésoreries en attente d’investissement dorment sur les comptes bancaires des sociétés. Analysons ensemble les possibilités de placement pour les entreprises.
Quelques règles essentielles pour comprendre le placement de la trésorerie d’entreprise.
Placer la trésorerie de l’entreprise, n’est vraiment pas comparable aux placements réalisés par les particuliers. C’est le gérant qui prend la décision de placer les fonds en accord avec son mandat et surtout en accord avec l’objet social de son entreprise.
Dans l’hypothèse ou le gérant réaliserait des placements non conformes à l’objet social de l’entreprise, il pourrait engager sa responsabilité et notamment au titre de l’acte anormal de gestion. En règle général, la prise de risque est INTERDITE par les statuts.
Une entreprise gagne des l’argent avec son activité commerciale ou industrielle mais pas avec ses placements, l’objet social proscrit régulièrement tout acte de spéculation à court terme et l’absence de garantie du capital.
Enfin, selon la nature de l’activité et selon la cyclicité de l’entreprise, qu’une partie importante de la trésorerie doit être mobilisable très rapidement au titre du besoin en fonds de roulement ou pour assurer le financement de l’activité en période de creux.
Il est finalement assez rare de conserver une trésorerie « inutile » au cycle de production. Cette pure épargne de l’entreprise pourrait être une marge de sécurité, mais faute d’utilité réelle, les actionnaires ou autres associés pourrait davantage avoir intérêt à distribuer ces sommes finalement non utile à la réalisation de l’objet social de l’entreprise.
Une entreprise doit réaliser son objet social, n’est pas dans l’obligation de distribuer ses résultats pour parfaire cette réalisation, mais elle n’a pas non plus vocation à thésauriser à l’infinie, la distribution d’une partie de la richesse créée et notamment de la richesse non utile à la réalisation ultérieure de l’objet social fait parti de la raison d’être d’une entreprise. Ensuite, la question est tout autre lorsque l’entreprise n’est pas un outil de travail mais un outil de capitalisation patrimoniale (et c’est notamment le cas de certaines SARL de famille pour l’activité de loueur en meublé professionnelle ou de certaines SCI imposées à l’IS).
Venons en directement aux aspects concrets du placement de la trésorerie d’entreprise : Quels sont les placements à préconiser ou à proscrire ? Par ordre croissant, en fonction de la durée préconisée du placement.
Les SICAV monétaires, classique mais pas rémunérées et sans garantie de capital : A PROCRIRE
La solution la plus classique, utilisée depuis toujours par les entreprises est le placement de la trésorerie en SICAV Monétaire. Elles sont indexées sur le rendement de l’argent au jour de jour et ne présentent pas, dans l’absolue un risque en capital. Néanmoins, lorsque les rendements attendus sont inférieurs aux (indispensables ? ) frais de gestion prélevés par la société de gestion, on constate une possibilité de rendement négatif.
Les frais de gestion étant supérieur au rendement des SICAV Monétaires, le capital n’est plus garantie et la majorité des prospectus réglementaire ont été ajustés pour prendre en compte cette nouvelle disposition.
Les SICAV monétaire, tant que les taux d’intérêt de la banque centrale seront aussi bas, seront à proscrire.
Les CAT (Compte à terme) : parfait pour la trésorerie stable.
L’autre solution traditionnelle pour placer la trésorerie d’entreprise est le compte à terme (CAT). Il ne s’agit plus de placer la trésorerie indispensable au cycle de production et donc placer au jour de jour est disponible du jour au lendemain. Un placement en CAT est l’idéal pour la trésorerie stable de l’entreprise.
Pour obtenir un peu de rentabilité, il faut envisager un placement sur 3 ans. Le rendement escompté à ce jour est d’environ 2% (net de frais de gestion).
L’avantage du CAT est le caractère contractuel du rendement, la sécurité absolue du capital et l’absence totale de frais.
L’inconvénient du CAT est la nécessité de respecter la durée du placement pour percevoir l’intégralité du rendement. Si l’entreprise dispose de son épargne avant le terme du CAT, et le CAT reste disponible à tout moment, le rendement sera affecté.
Le rendement du CAT doit être votre référence avant de tenter tout autre placement de trésorerie. C’est la base et le minimum pour le placement de trésorerie.
Le contrat de capitalisation : Un fonds euros avec un risque de liquidité ?
Avec la baisse des rendements des produits classiques de placement de trésorerie de nombreux acteurs proposent aux entreprises de réaliser leur placement sur les fonds euros des contrats de capitalisation.
En théorie, ces contrats de capitalisation, petit frère des fonds euros des contrats d’assurance vie, proposent à la fois un meilleur rendement que les CAT (2,5% en moyenne en 2012 contre 2% sur 3 ans pour le CAT), mais également une meilleure disponibilité. En effet, le contrat de capitalisation ne présente pas, contrairement au CAT, un engagement de placement pour obtenir le rendement.
Ce qui me dérange le plus dans l’utilisation du contrat de capitalisation pour réaliser un placement de trésorerie d’une entreprise est le faite qu’il s’agit bel et bien d’un détournement de l’utilisation normal du fonds euros du contrat de capitalisation.
Un contrat de capitalisation n’est pas un outil de placement de trésorerie pour lequel il est possible de faire miroiter les avantages du placement long terme (rendement supérieur au CAT), sans les inconvénients.
De surcroît, dans la période complexe que nous traversons actuellement, je reste toujours dubitatif sur la solidité des fonds euros et sur l’absence de risque de ces placements notamment en cas de remontée forte des taux d’intérêt. Les nombreux articles postés en début de l’année 2012 restent toujours d’actualité à ce jour, malgré l’intervention de la BCE qui permet seulement de gagner du temps. Pour approfondir les risques du fonds euros, je vous encourage à relire cet article : Assurance vie : Quels risques pour les fonds euros ?
En synthèse, l’utilisation du contrat de capitalisation pour réaliser le placement de la trésorerie d’entreprise peut être une bonne solution, mais …. je ne crois pas tellement à l’absence de risque d’un tel produit. Le jour de la remontée des taux d’intérêt, les capitaux pourraient ne pas être aussi disponible que prévu et l’entreprise pourrait bel et bien se retrouver en difficulté.
Le différentiel de rendement avec le CAT ne me semble pas suffisant pour justifier ces risques et aléas.
L’usufruit de parts de SCPI pour placer la trésorerie de l’entreprise ?
Autre idée en vogue depuis quelques mois, l’acquisition de l’usufruit de parts de SCPI pour placer la trésorerie de l’entreprise. Comme nous vous l’avions détaillé dans cet article « Achat de l’usufruit de parts de SCPI : intérêt et simulation d’investissement.« , l’acquisition de l’usufruit de parts de SCPI est parfait pour l’entreprise qui désire réaliser un placement « certain » et « non disponible » de sa trésorerie.
D’une durée fixe de 5 ans ou 10 ans, l’acquisition de l’usufruit de parts de SCPI doit néanmoins être réservée aux sociétés patrimoniales dont l’objet social est large et permet une certaine prise de risque.
Il ne s’agit plus d’un placement de trésorerie mais réellement d’un placement immobilier.
L’objet social doit donc prévoir la possibilité de réaliser des investissements immobilier de placement, non indispensable à l’exploitation de l’entreprise. Il s’agit là d’une bonne solution pour l’entreprise patrimoniale qui a de la visibilité sur ces besoins de trésorerie.