2023 n’aura pas été une bonne année pour l’assurance-vie en fonds euros. Entre des rachats qui accélèrent et une collecte qui se concentre sur les unités de compte, le fonds euros décollecte. Les chiffres de l’ACPR ne laissent aucun doute : -33.40 milliards d’euros sur l’ensemble de l’année 2023.
Ce n’est évidemment pas une bonne nouvelle pour l’avenir du fonds euros. Les premiers mois de l’année 2024 vont être déterminants. Si les fonds euros ne réussissent pas à collecter massivement, tout en limitant les rachats, c’est la catastrophe certaine comme nous vous l’expliquions déjà dans cet article « Assurance-vie : Un risque systémique que personne ne veut voir ! Ça va mal finir !« .
Dans le détail, l’année 2023 se singularise avec ces chiffres :
La nécessité absolue de collecter massivement pour sauvegarder l’avenir du fonds euros.
Décollecter lorsque les taux d’intérêt sont proches de zéro est une bonne nouvelle.
Décollecter lorsque les taux d’intérêt sont durablement élevés est une mauvaise nouvelle et peut-être même une très mauvaise nouvelle.
Les compagnies d’assurance-vie sont confrontées à un dilemme majeur : Comment retenir les épargnants alors que le rendement du fonds euros est inférieur à l’inflation ? Comment les empêcher de retirer leur épargne tout en continuant d’attirer de nouveaux flux de collecte ?
On ne va pas se mentir, le fonds euros n’est plus une enveloppe attrayante pour épargner. Les épargnants ne vont pas pouvoir être dupés très longtemps et ce ne sont pas les « super taux boostés à condition d’investir 50% en UC non rentables/hyper chargées en frais » qui vont les attirer durablement.
Avec un rendement moyen autour de 2.60% avant prélèvements sociaux, le fonds euros fait perdre de l’argent aux épargnants.
Un rendement inférieur au moindre CAT ou même aux SICAV monétaires qui proposent encore 3.90% pour quelques mois.
D’autant plus que ce rendement de 2.60% est un rendement artificiel tant il est gonflé par la consommation des réserves et autres provisions pour participation bénéficiaire. Le véritable rendement du fonds euros devrait être autour de 1.50% (2.24% de rendement du portefeuille – 0.70% de frais de gestion du contrat = -+1.50%).
Demain, lorsque les réserves seront intégralement consommées ? Quel sera le rendement de votre fonds euros ?
Conserver les encours et même massivement collecter est une priorité absolue pour les compagnies d’assurance-vie.
Lorsque les taux étaient négatifs, décollecter est une bonne nouvelle. Décollecter en période de taux négatifs permet de limiter la dilution du rendement dans des obligations à taux trop faibles.
Décollecter lorsque les taux sont durablement élevés est évidemment une mauvaise nouvelle car les compagnies ne peuvent pas profiter des taux élevés pour améliorer le rendement de leur portefeuille d’investissement en achetant de nouvelles obligations.
Les compagnies doivent donc :
- Impérativement collecter de l’argent frais. Pour ce faire, c’est la foire commerciale aux taux boostés. C’est à qui proposera le meilleur taux, sous condition d’investissement en UC (évidemment), pour attirer le pigeon dans un fonds euros sans perspective. J’ai même envie de penser que plus les offres sont attrayantes, plus cela démontre l’impérieuse nécessité de collecter. Il y a urgence !
- Impérativement trouver le moyen de limiter les rachats et recycler les capitaux décès. L’argent ne doit pas sortir des contrats d’assurance-vie. Et là, c’est plus difficile. Comment convaincre les épargnants de laisser leur argent dans un fonds euros dont le rendement est minable (inférieur à l’inflation) ? Je ne sais pas. De mon côté, je ne trouve pas beaucoup d’arguments. L’argument fiscal n’en est assurément pas un. Je vous l’ai démontré à de très nombreuses reprises, notamment dans cet article : « Le compte-titres ordinaire est plus efficace que l’assurance-vie, y compris pour la succession« .
Quant à ceux qui anticipent une baisse des taux qui réglerait, le problème, vous savez ce que j’en pense : Et si, les taux d’intérêt long terme ne baissaient pas ?
Bref, je n’aimerais pas avoir de l’argent placé en fonds euros pour les prochaines années (sauf éventuellement les fonds euros cantonnés des PER et/ou les nouveaux fonds euros cantonnés de certains contrats d’assurance-vie).