Nous avons terminé la semaine dernière avec cet article « Pourquoi l’assurance-vie n’a plus vraiment sa place dans votre patrimoine ?« , un article au terme duquel je vous expliquais que l’intérêt patrimonial de l’assurance-vie ne devait pas être surestimé, et qu’au contraire, l’assurance-vie constituait parfois, pour ne pas dire souvent, un frein à la valorisation de votre patrimoine.
Vous avez été nombreux à ne pas comprendre cet article dont l’analyse va clairement à l’encontre de certaines de nos certitudes. Je vais donc vous démontrer dans cet article comment un simple compte titre ordinaire est plus rentable qu’un contrat d’assurance-vie, y compris pour l’optimisation de la transmission du patrimoine et la réduction des droits de succession.
Une démonstration qui doit vous convaincre d’une chose : L’intérêt principal du contrat d’assurance-vie, c’est le fonds euros. Si vous ne voulez pas épargner en fonds euros, l’assurance-vie n’a pas beaucoup d’intérêt pour vous.
Parfois, on prend des décisions par habitude, sans se poser de question tant la réponse apparaît comme évidente. Des certitudes et des habitudes qui ne sont pourtant pas toujours les meilleures. C’est le cas de l’épargne en assurance-vie.
Prenons un exemple.
Monsieur DUPONT, 65 ans, vient de vendre une maison. Il cherche à placer 250 000€, somme dont il n’a pas besoin jusqu’à son décès dans 25 ans (c’est là un autre sujet : A quoi bon épargner pour le plaisir d’épargner…. N’oubliez pas, un patrimoine doit être utile pour vos projets de vie ; Épargner pour le plaisir n’a aucune utilité sauf à servir notre avarice).
Bref, monsieur DUPONT, 65 ans, veut placer 250 000€ sur les prochaines 25 prochaines années.
Pour ce faire, il va construire une allocation diversifiée 60/40 :
- 60% en ETF action monde type « LYXOR MSCI WORLD UCITS ETF – ACC«
- 40% en ETF obligataire risque modéré type « AMUNDI INDEX EURO CORPORATE SRI UCITS ETF DR (C) » ou encore « AMUNDI INDEX J.P. MORGAN GBI GLOBAL GOVIES UCITS ETF DR (C)«
Une allocation diversifiée qui doit pouvoir nous laisser espérer un rendement moyen d’environ 5% sur la période pour un niveau de volatilité acceptable.
Monsieur DUPONT a donc deux possibilités :
- Ouvrir un contrat d’assurance-vie. Monsieur DUPONT connaît bien le marché de l’assurance-vie, il sélectionnera un contrat hyper compétitif avec : 0% de frais d’entrée ; 0.60% de frais de gestion annuel ; eligibilité des ETF sans contrainte. Un contrat type SPIRICA distribué par de nombreux courtiers sur internet.
- Ouvrir un compte-titre et y investir les ETF. Un compte-titre ouvert chez un courtier en ligne qui présente l’avantage de réduire à néant ou presque les frais d’achat des ETF et surtout permettra de supprimer les droits de garde liés au portefeuille.
1 – Ouvrir un contrat d’assurance-vie.
Monsieur DUPONT va donc verser 250 000€ dans son contrat d’assurance-vie. Il va acheter les ETF cités ci-avant.
Tous les ans, le rendement annuel espéré de 5% sera amputé des frais de gestion de 0.60%. Le rendement annuel ne sera donc que de 4.40% net de frais de gestion.
Dans 25 ans, le capital estimé pourrait être de 733588€. (250 000 * 1.044^25). Soit une plus-value de 483588€. Une plus-value qui sera imposée a minima aux prélèvements sociaux lors du dénouement du contrat d’assurance-vie par le décès de Monsieur DUPONT.
Le capital net transmis aux bénéficiaires sera donc de 650411€.
Considérant les abattements fiscaux de 152500€ par bénéficiaire, on considère que Monsieur DUPONT désigne 5 bénéficiaires : Ses enfants et ses petits enfants afin de tirer un profit maximum de la fiscalité « succession » dérogatoire de l’assurance-vie.
(ps : Comme vous le constatez, je suis très généreux dans ma comparaison, car dans la vraie vie, il n’est pas toujours aussi simple d’optimiser la désignation des bénéficiaires).
2- Ouvrir un compte-titres ordinaire.
Monsieur DUPONT va donc ouvrir un compte-titres ordinaire dans sa banque en ligne (ou même dans sa banque locale ; Il suffit de négocier la suppression des droits de garde pour réduire l’écart à néant ou presque avec une banque en ligne)
Bref, vous l’aurez compris, le compte titre ordinaire, c’est basique de chez basique !
Monsieur DUPONT va acheter 250 000€ d’ETF. Pour ce faire, il va devoir payer des frais d’achat des ETF. Chez Boursorama, ces frais pourraient même être de 0€. En déhors de ce cas exceptionnel, ce seront environ 0.60% de devront être payé, soit 1500€.
Ensuite, 0% de frais de gestion, pas de droits de garde. Rien à payer pendant 25 ans. Monsieur DUPONT bénéficiera donc de 100% du rendement. Le rendement espéré de son portefeuille sera donc de 5%.
Dans 25 ans, le capital estimé pourrait être de 846588€ (250 000 * 1.05^25), soit une plus-value de 596588€.
Au décès de Monsieur DUPONT, ce compte-titres sera transmis à ses héritiers. Ils devront payer 20% de droits de succession, soit 169317€ de droits de succession.
Le capital net de 677 270€, soit 20 000€ de plus que l’assurance-vie malgré des hypothèses particulièrement défavorables au compte-titres.
Un écart qui aurait pu être considérablement augmenté avec quelques petits outils d’optimisation.
Une simple donation avec réserve d’usufruit ou même en pleine propriété indivise du compte-titres ordinaire au moment de la souscription ou au plus tard au 75 ans de Monsieur DUPONT aurait permis de considérablement réduire les droits de succession et donc fortement augmenter le capital accumulé.
De même, un PEA permettra d’ajouter une couche d’optimisation.
Bref, ne surestimez pas l’intérêt patrimonial de l’assurance-vie.
L’assurance-vie est un outil patrimonial très efficace dans certaines situations sur-optimisé et notamment lorsque l’épargnant y recherche le fonds euros. Dans tous les autres cas, qui représentent 90% des souscriptions, l’assurance-vie n’a pas beaucoup d’utilité surtout si l’on considère que l’avenir de l’assurance-vie n’est pas dans le fonds euros.
C’est véritablement le fonds euros qui permet à l’assurance-vie d’être incontournable. Si le fonds euros ne vous intéresse pas, l’assurance-vie n’a pas beaucoup d’intérêt pour vous.