L’édito hebdo de Julien BONNETOUCHE


Vous vous posez sans doute la question puisque je me la pose aussi. Je vais tenter de donner une réponse à cette question, pour moi même, et vous la faire partager.

Naturellement, je sais que la plupart d’entre vous «surfent» sur les hausses et les baisses de marché sans s’en préoccuper comme le conseille Guillaume, mais pour ma part, j’aimerais quand même essayer de vendre plutôt en haut de cycle pour racheter plus bas si j’y parviens.

Lire l’avenir tient de la divination, c’est donc un exercice très difficile.

Il y a voyez-vous, une sorte de discordance entre la situation de quelques très grandes entreprises multinationales, surtout américaines très florissantes, et l’État général de l’économie mondiale.

Imaginez : Les bénéfices d’Amazon, Google, Meta, Microsoft et Nvidia ont augmenté de 64% au premier trimestre 2024. Ceux des 495 autres valeurs du S&P500 ont baissé de 6%.

Ces 5 entreprises mondiales mènent le marché et leur réussite insolente cache la réalité d’une économie peut être moins fleurissante qu’il n’y paraît. Pour combien de temps encore ?

On le sait, la vie économique d’une entreprise n’est jamais linéaire, elle est cyclique. Il n’y a aucune raison que ce ne soit pas pareil pour ces magnifiques entreprises.

La croissance de Nvidia, moteur du monde boursier, n’est pas tenable éternellement. La concurrence s’organise, de nouveaux entrants innovent, de nouveaux produits vont apparaître devant l’importance du marché et des bénéfices à espérer.

Demain est un autre jour, mais demain, ce n’est pas « jamais ».

L’économie américaine

Ceux parmi vous qui ont regardé récemment la vidéoconférence du vendredi présentée par Hiboo portant sur leur thème favori, les droites de régression appliquées aux indices, ont pu constater que dans l’ensemble, si les grands indices mondiaux sont légèrement surévalués, cela ne dépasse pas pour le moment 1 écart type, alors qu’il faut commencer à s’inquiéter à partir de 2 écarts types. (cf. « Bourse : Excès de valorisation (à la hausse ou à la baisse) ou l’inévitable retour aux fondamentaux de long terme ?)

De ce point de vue là, il y a par conséquent encore de la marge, d’autant plus que les résultats de l’année en cours seront sûrement à 2 chiffres pour les meilleures boites, et que la croissance aux USA reste aux alentours de 2 à 3 %par an.

La croissance mondiale, elle aussi, est du même ordre.

Sans compter que l’inflation se réduit, y compris aux États-Unis, ce qui induira un jour ou l’autre les fameuses baisses de taux tant attendues, d’abord en Europe puis aux USA.

Une seule question reste en suspend : de quelle ampleur seront-elles et jusqu’où iront-elles ?

N’avons-nous pas excessivement des baisses de taux pour justifier le niveau actuel des marchés actions ? Et si les taux ne baissaient pas autant que prévu ?

Or une bonne nouvelle peut en cacher une mauvaise, et la croissance qui repart quand même un peu en Europe avec des indices PMI à 52 (au-dessus de 50, c’est positif) pèse ce vendredi sur les taux longs qui se tendent et les marchés souffrent un peu.

Toujours aux USA, la productivité (qui réduit le coût unitaire du travail, par conséquent l’inflation par les salaires), et le taux d’emploi, ce qui favorise aussi fortement l’offre, sont en nette hausse.

Alors que dans le même temps, chose normalement impossible, nous avons une contraction de masse monétaire la plus importante après celle de Paul Volker dans les années 80 avec une réduction de l’inflation «core» , (hors énergie et alimentation), ce qui signifie que le combat contre l’inflation porte ses fruits, malgré le petit rebond des 2 derniers mois.

Bien sûr, nous savons que ce paradoxe est largement lié aux artifices du déficit budgétaire américain à 8 % et à l’IRA (Inflation Réduction Act).

Mais ce sont encore eux, les américains, qui commandent le monde économique.

Nous pouvons dire alors qu’une valorisation de 15 ou 20 % de plus en 2024 par rapport aux cours actuels ne traduirait pas un excès considérable.

Et nous attendons maintenant le début de la baisse des taux courts en Europe pour voir s’enclencher le processus de reprise de la hausse des actions. Patience…

Un redémarrage de l’économie accompagné d’une baisse des taux serait sûrement particulièrement favorable aux marchés.

Et puis les industries militaires ont le vent en poupe, ce qui est toujours bon pour les marchés.

En Europe, cela va donc un peu mieux, mais nettement moins bien qu’aux USA, nous sommes en retard comme toujours.

La géopolitique mondiale

Nous avons d’un côté des démocraties en voie de décomposition, gangrenées par des idéologies de la déconstruction depuis les années 70, (et maintenant le wokisme entre autres) avec l’exploitation du sentiment de culpabilité à l’encontre de tous ceux qui oseraient affirmer leur identité occidentale d’origine, l’incapacité pour l’Europe de résister au chant des sirènes des importations à bas prix qui sapent ce qui reste de nos industries, et surtout la faiblesse du régalien en recherche permanente du compromis dans un esprit «pas de vagues».

En face, les dictatures et les régimes autocratiques assis sur l’Histoire de leurs peuples et du sentiment religieux agissant comme un ciment social.

Chine, Corée du Nord, Russie, Azerbaïdjan, Iran, Turquie, Afghanistan, Yémen, Vietnam, et j’en oublie bien sûr, L’Inde qui est semi-démocratique, presque toute l’Afrique….

Ça fait du monde ! pour qui la violence reste plutôt légitime en toutes circonstances !!

La montée des périls est là, sous nos yeux, et en tout premier lieu bien entendu la Russie et la guerre d’Ukraine, dont on voit mal comment cette dernière pourrait la gagner.

Nous voyons par contre très bien comment Poutine peut en sortir vainqueur si l’occident, c’est-à-dire l’Amérique de l’après l’élection de novembre décidait de s’en retirer comme elle l’a déjà fait d’Afghanistan au prétexte par exemple que l’Ukraine fait partie depuis toujours de la sphère d’influence russe.

Je suggère au lecteur de se procurer (s’il ne l’a pas encore fait) le dernier livre d’ Emmanuel Todd «la défaite de l’occident» afin de mieux comprendre les sous-jacents sociologiques des divers peuples concernés en Europe centrale et pour quelles raisons par exemple la population russe soutient Poutine, en dehors de toute logique occidentale.

L’auteur estime que le président russe s’est donné 5 ans devant lui depuis le début, pour gagner cette guerre, essentiellement pour des raisons démographiques, la natalité russe baissant extrêmement vite.

Ça vaut ce que ça vaut bien sûr, mais le renforcement progressif des capacités militaires russes, le pays étant réellement en économie de guerre, couplé avec l’attente de Poutine du résultat de l’élection de novembre ( pour laquelle Trump est favori) et l’espérance qu’il en a d’une politique qui lui serait plus favorable, laissent à penser qu’une action militaire d’envergure sera repoussée à 2025 ou après.

Dans cette région, la guerre ne se fait que d’avril à novembre. Il va de soi qu’une invasion totale ou même partielle de l’Ukraine, dépassant les actuelles zones russophones et russophiles serait de nature à paniquer les marchés.

Ces parties russophones du territoire ukrainien, correspondent peu ou prou à celles actuellement occupées par les russes. Le signal récemment envoyé par Poutine en Chine disant qu’il ne comptait pas prendre Kharkiv (pour le moment ) est en soi assez révélateur du calcul d’attentisme du dictateur russe.

Quant aux autres, essentiellement les chinois, ils attendent certainement de voir comment se règle la guerre d’Ukraine pour agir à Taïwan.

L’Occident se réveillera-t-il ou pas entre temps ? L’enjeu est d’importance.

Les peuples européens pressentent plus ou moins le danger, mais pour le moment ne semblent porter leur attention que sur la déstabilisation due à l’excès migratoire, bien réel, évidemment.

Toujours est-il que pour nous, investisseurs sur les indices mondiaux, la situation géopolitique devrait rester en état de latence pendant encore un an au moins, et sauf nouvel événement inattendu, le Krach n’est pas pour tout de suite.

D’ailleurs le VIX (indice de la peur ) est au plus bas.

Pour le moment, je patiente, et j’attendrai pour vendre que la survalorisation des indices soit vraiment nette, et que la situation militaire internationale soit encore plus dégradée.

Il y a normalement encore un peu de grain à moudre surtout sur le marché américain !!

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