Bitcoinmania, Cryptomania, ICOmania, la fin de l’année 2017 a été riche en rebondissements et une agitation sans précédent s’est emparée des marché autour des crypto-monnaies et de la blockchain.
Faut-il tout balayer d’un revers de la main en le qualifiant de scam, de fraude ou de bulle ou filtrer cette boue souvent putride dans l’espoir d’y trouver quelques pépites ?
Nous allons essayer d’apporter notre réponse.
Rappelons toutefois ce qu’est une crypto-monnaie et prenons pour exemple le Bitcoin, la plus connue d’entre toutes, les autres comme l’ETHER n’étant que des déclinaisons de la première avec des paramètres techniques différentes.
Le Bitcoin est une monnaie sui generis dont à mon avis la définition la plus simple serait celle d’une monnaie fiduciaire dématérialisée, la garantie d’intégrité étant donnée non pas par une banque centrale mais par une communauté. Il ne permet pas l’émission de monnaie scripturale contrairement aux monnaies classiques, la preuve de propriété étant non une inscription en compte mais la détention de cette monnaie dans un porte-monnaie électronique une « wallet ». De par ce fait, la masse monétaire est quasi-constante et n’augmente que par le processus de minage, l’endettement et le crédit n’augmentant pas la masse monétaire en circulation.
Ces crypto-monnaies reposent sur la blockchain. Contrairement à une idée communément répandue que j’ai partagée jusqu’à ce que je me décide à fouiller, la blockchain n’est pas une base de données décentralisée. C’est un système de données distribuées ne pouvant être mis à jour que par des évènements, reflet de transactions, les smart contracts. C’est à tort que l’article français de Wikipedia la qualifie de bases de gestion de données distribuées, puisque la blockchain ne contient pas de données mais des évènements dont l’agrégation constitue un résultat. (L’article français sur la blockchain étant truffé de contre-vérités, j’ai mis en lien hypertexte l’article en Anglais qui lui est simple et fort bien fait, il contient certaines erreurs ou omissions mineures sur la genèse de la blockchain).
Un des mérites à forte connotation anarcho-libertaire est que la preuve de détention et l’authentification d’un évènement est faite non pas par un tiers certificateur (Banque centrale, Organisme de paiement…) le plus souvent détenteur d’une base de données centralisée (Visa, MasterCard,…) mais par l’écosystème de la blockchain qui inclut l’implication de tous les nœuds actifs dans un réseau peer-to-peer. Mais le corollaire de la validation par l’écosystème est qu’il est indispensable que les caractéristiques d’un évènement et de tous les évènements qui concernent une chaînes soient publiques (Montant d’un transfert de fonds,…), c’est la notion « d’open ledger ». Il n’est pas certain que les fanatiques du BTC aient tous compris que leurs mouvements financiers sont ou ont été publics bien que l’émetteur et le destinataire soient anonymes, ni ne sautent de joie en le découvrant !
La confidentialité dans la blockchain est en fait le négatif de certains systèmes d’échanges d’information comme WhatsApp. Dans WhatsApp, les grandes oreilles peuvent savoir avec qui vous avez été en relation et quand mais ne peuvent avoir le contenu du message, ces mêmes yeux indiscrets peuvent savoir quelle transaction a été effectuée et quand mais ne peuvent savoir entre qui.
La similitude d’une blockchain avec un journal comptable est parfaite. Chaque évènement affectant un compte fait l’objet d’un enregistrement, il est impossible d’annuler une écriture comptable sauf à la contrepasser car chaque écriture comptable est par principe intangible. La seule différence avec un journal comptable c’est qu’il n’y a pas de gestion de solde ni de report à nouveau, le solde étant recalculé à chaque opération par l’agrégation de l’intégralité de l’historique. Certes, par rapport à ce que l’on lit sur Internet sur la blockchain, la comparaison manque de glamour et on est habitué à plus de bling-bling sur la blockchain nécessairement révolutionnaire !
La blockchain de type Bitcoin (Blockchain 1) en l’état actuel des choses est donc un système aux caractéristiques suivantes :
- Interopérabilité.
- Inviolabilité.
- Possibilité de minage (Facultative).
- Autorégulation et auto-authentification et certification en peer-to-peer sans l’intervention d’une base de données ou d’une autorité centrale.
L’inévitable alourdissement de la blockchain est patent, non seulement le poids des blockchains croit proportionnellement au nombre d’opérations puisque l’intégralité de l’historique est repris à chaque évènement, mais l’augmentation du nombre de participants, les nœuds, alourdissent aussi la validation consensuelle de chaque opération, rendant la blockchain exponentiellement consommatrice de puissance de calcul à chaque nouvelle opération.
La publicité des caractéristiques des transactions est par ailleurs un frein à sa généralisation.
Il y a donc finalement peu de domaines ou la blockchain est utilisable. De diverses expériences ou études sont menées :
- Par certains pays pour la gestion du cadastre et de la preuve de propriété. La blockchain est parfaitement adaptée, puisqu’un d’un seul clic on pourrait avoir la preuve de propriété d’un bien immobilier et l’intégralité de l’origine de propriété. Mais il n’est pas certain que la blockchain apporte des plus suffisant par rapport à une base de donnée avec traçage d’historique centralisée ou éventuellement décentralisée et l’appétence d’un pouvoir politique à renoncer à maîtriser la gestion d’un cadastre me parait faible.
- La gestion des connaissements maritimes (BL). Le domaine du transport maritime vit à l’âge du papier, celui qui détient physiquement le papier de connaissement est le propriétaire juridique et effectif de la marchandise indépendamment du chargeur et du client initialement mentionnés. Mais la publicité des caractéristiques de chaque opération de fret est un frein sérieux à son adaptation.
En fait en l’état actuel des choses la blockchain de type Bitcoin ne trouve malgré la fanfare qui la promeut que bien peu de domaine auxquels s’appliquer en dehors des secteurs financiers, mais il existe cependant des applications dans le monde réel avec des blockchain privées.
Elle aurait été parfaite pour la gestion des titres au porteur ou des bons anonymes mais ce n’est guère dans l’heure du temps !
Il faudra attendre la blockchain 2.0 qui devrait savoir pallier les inconvénients de la lourdeur et l’émergence de smart contracts encore plus intelligents, avec par exemple, la possibilité de programmer un événement automatiquement lors de la réalisation de certains autres événements pour la voir se développer.
Certaines technologies comme « bulletproofs » commencent à émerger afin de donner plus de confidentialité à la blockchain mais un consensus ne s’est pas encore dégagé.