Momentum peu favorable pour investir en actions

Au risque de se répéter, le momentum pour investir sur le marché des actions n’est pas bon. Toute phase de rebond, même timide comme jeudi matin devra être mise à profit pour poursuivre l’allégement des actions au sein des portefeuilles. Il est encore temps, (en France, la plupart des indices reste encore positif, ce qui n’est pas le cas de l’Espagne et de l’Italie) de mettre en place des stratégies de couverture afin de se protéger. Pourquoi amorcer un scénario plus pessimiste en ce moment alors que les indicateurs économiques ne sont pas particulièrement dégradés ?

 

Retour en force des « spéculateurs » contre les « fondamentalistes »

Un peu de pédagogie s’impose. Les marchés sont loin d’être toujours efficients et depuis 2 ou 3 ans, la part du psychologique (ou du comportemental) a pris une place plus significative dans les stratégies d’investissement, à la baisse en 2008 et 2011, à la hausse en 2009. Ceci nous conduit à ne plus croire aux stratégies de « stock picking », ni à des stratégies « value », mais à aller vers des réflexions liées à la finance comportementale et au mimétisme des intervenants. Fini aussi le temps des « fondamentalistes » et bienvenue aux « spéculateurs » au sens littéral et non galvaudé du terme : « celui qui fait des opérations commerciales ou financières en anticipant les fluctuations du marché ».

 

La situation grecque devient très préoccupante

Anticipons. Ce qui s’est passé cette semaine n’est pas favorable aux marchés des actions et donne quelques indications pour l’avenir. Nous avons eu plusieurs adjudications de dettes en Espagne (1,4 Md€ sur 10 ans à 5,74%) et aussi en France. Les demandes ont dépassé l’offre, mais les taux se sont un peu tendus, ce qui a ramené les investisseurs à une dure réalité : la nécessité, mais aussi la difficulté de désendetter l’Espagne. La situation des banques de ce pays et des entreprises est devenue très alarmante. Le placement forcé d’une partie du capital d’Iberdrola par ACS démontre à quel point le système financier espagnol est exposé à la baisse des actifs dont les banques espagnoles ont financé largement l’acquisition agressive au cours des dernières années. On peut craindre un effet contagion. Pour trouver de la liquidité, les sociétés vont brader leurs actifs, surtout dans un contexte où les investisseurs étrangers ne sont plus acheteurs pour des questions d’analyse du risque. Plutôt que d’aller se blesser à la hanche en allant chasser l’éléphant, le roi d’apparat aurait peut-être mieux à faire. On pourrait lui conseiller d’aller faire quelques voyages en Chine ou au Qatar, pays qui peuvent aujourd’hui investir sans être trop regardant sur le risque. Quand on achète le PSG, on peut tout acheter ! Revenons sérieux car le sujet l’est ! On a ainsi assisté durant toute la semaine à des baisses significatives des banques et des sociétés espagnoles qui avaient été très dynamiques en matière d’acquisition (ACS, Indra, Iberdrola, BBVA, Santander, Sacyr, …. ). Notre opinion aujourd’hui est de rester à l’écart de ce pays qui ne se relèvera pas rapidement, comment s’en sortir avec un taux de chômage de plus de 22% ! Nous avons donc désormais une autre certitude, ce pays ne pourra pas tenir ses engagements et les répercussions sur l’Europe seront fortes, on devrait reparler assez vite de la dislocation de l’Euro et à court terme, le spread entre les taux souverains français et allemands va s’accroître.

 

Prochaine dégradation de la France par FITCH

Après l’Espagne, on arrive en France. Les rumeurs font état d’une prochaine dégradation de la dette souveraine par Fitch. Ce n’est pas une surprise, les agences de notation (qu’il faudra bien un jour réguler !) continuent à tirer sur l’ambulance, sans émotion aucune ! D’autres rumeurs circulent sur l’état réel des finances françaises. François Hollande, le 7 mai au matin, (une fois revenu de la Bastille ou plutôt de la République) pourrait trouver une situation économique beaucoup plus difficile, lui interdisant tout « état de grâce » et l’obligeant à des concessions immédiates. Le risque à court terme serait un troisième tour social dans la rue, ou des législatives plus favorables « aux extrêmes » afin de tenter une sorte de contrepoids. On ne doit pas oublier que les partis contestataires, et c’est une spécificité française, vont représenter pas loin de 40% des électeurs, plus de la moitié de la population avec les abstentionnistes. Le pays sera-t-il alors gouvernable ?

 

Les tensions, en absence de réponse politique, vont précipiter le marché à la baisse

Du côté de la macro-économie, et une fois n’est pas coutume, on retiendra quelques publications de statistiques décevantes, qui entretiennent un certain flou sur l’avenir de la croissance américaine. La rechute modérée des reventes de logements existants au mois de mars, vient contredire les signes de stabilisation du marché immobilier constatés ces derniers mois. L’indice de la Fed de Philadelphie met en avant un épuisement de l’accélération de la production industrielle et un rythme de croissance qui se stabilise. Les nouvelles demandes d’allocation chômage ne marquent pas d’amélioration par rapport à la semaine précédente, ce qui est quelque peu décevant. Ainsi, si nous avions pu voir les hirondelles poindre au début de ce printemps, nous assistons au retour d’une bise glaciale.

Au-delà de la réalité des faits que nous venons d’évoquer, ce qui nous pousse aujourd’hui à avoir une vision assez pessimiste est que durant quelques mois, le marché n’aura pas de visibilité tant que le couple franco-allemand ne se sera pas reformé. Le marché a horreur du vide, donc il cherchera très rapidement des réponses. Nous ne voyons pas à très court terme, eu égard à cette conjoncture économique et politique difficile, les éléments qui pourraient être favorables. La pauvreté du débat des élections françaises (permis de conduire, avancement de la paye des retraités, viande halal, …) ne permet pas d’imaginer une sortie rapide de cette crise. Nous ne répéterons jamais assez que l’enjeu du débat doit rester celui de la construction européenne. Aujourd’hui, reconnaissons que cette construction est incompatible avec les multiples hétérogénéités entre les pays (règles fiscales trop différentes, absence de fédéralisme, …). La moindre tension supplémentaire qui risque d’arriver à partir de l’Espagne et de la France, dans un contexte de flou politique, va reposer la question de l’éclatement de l’Europe. Il semble d’ailleurs que s’élaborent des scénarii de sortie temporaire ou définitive de la Grèce et de l’Espagne.

 

Faut-il tenter de renégocier Bâle 3 ?

Dernier élément difficile. Les banques européennes auraient besoin de 485,6 milliards d’euros pour se conformer aux nouvelles normes de Bâle III sur les fonds propres durs, a estimé le Comité de Bâle de supervision bancaire, soit plus qu’une année de résultats. L’étude menée par les régulateurs auprès de 212 établissements financiers simulait une mise en place anticipée au 30 juin 2011 des nouveaux critères de Bâle III, qui doivent entrer en vigueur à partir de l’an prochain : fonds propres durs (capital social et bénéfices mis en réserve) égaux à au moins 7% de leurs engagements. Il existe aussi un risque que Bâle III renchérisse le coût de financement de l’économie.
En conclusion, il est difficile dans ce contexte si particulier, de rester optimiste pour les 2 ou 3 prochains mois. Il peut même y avoir un risque de panique, car on ne voit pas, au moins au plan européen qui peut prendre la mesure des risques encourrus. Il suffit de voir le temps de réaction pour solutionner (et à quel prix ?) la Grèce, pour être dubitatif sur le temps et les moyens qu’il faudra pour sauver l’Espagne et soigner la France !

 

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