Nous vivons un changement de paradigme. En 12 mois, la hausse des taux d’intérêt remodèle les stratégies d’épargne et d’investissement.
Entre 2016 et 2022, la faiblesse incroyable des taux de crédit autorisait la perspective d’un effet de levier considérable qui justifiait l’investissement immobilier locatif. L’épargnant à la recherche de solutions pour utiliser sa capacité d’investissement s’est alors naturellement dirigé vers l’investissement immobilier.
Logique. D’autant plus logique qu’il n’y avait pas beaucoup d’autres alternatives. Les placements sans risques affichaient des perspectives de rendement tellement médiocre qu’il n’y avait aucun intérêt d’y investir. Entre un fonds euros à 1.50% et un livret A à 0.75%, l’épargne sécurisée ne rapportait plus rien.
Seul l’immobilier boosté à l’effet de levier du crédit immobilier constituait une solution acceptable.
Bien évidemment, l’investissement dans le capital des entreprises en achetant des actions en bourse constituait déjà un investissement attrayant. En revanche, le stress de la volatilité est trop mal compris par nombre d’entre nous pour pouvoir envisager d’y investir massivement.
De fait, les actions ne constituent qu’une part infime du patrimoine des épargnants. La pertinence de l’investissement semble incontestable, mais rares sont ceux qui sont réellement capables d’y investir massivement. L’investissement en actions suppose une forme de flegme, d’optimisme et de naïveté que nous ne sommes pas nombreux à posséder.
Il est facile d’investir 50 000€ ou 100 000€ en actions… mais qui est capable d’y investir 500 000€ ou 1 000 000€ en d’encaisser avec sérénité les variations incompréhensibles des cours de bourse ? Nous ne sommes pas nombreux.
Bref, tout ça pour dire que l’épargnant moyen trouvait son bonheur dans l’investissement immobilier.
Un investissement immobilier rendu rentable grâce à la faiblesse des taux de crédit. Des prix souvent trop élevés qui permettaient d’espérer un TRI satisfaisant grâce à l’effet de levier du crédit immobilier.
Mais, ça, c’était avant la hausse des taux.
Aujourd’hui, entre les prix de l’immobilier qui ont pas mal augmenté sur les 5 dernières années et des taux de crédit immobilier qui sont passés de 1.50% début 2022 à 4% annoncés pour septembre 2023, c’est fini.
L’investissement immobilier n’apparaît plus comme une évidence. L’effet de levier du crédit immobilier ne permet plus de compenser le faible rendement locatif. Il devient difficile de trouver l’intérêt d’investir dans l’immobilier locatif sauf :
- Pour l’investisseur qui s’investit directement dans la création de valeur via la rénovation et l’amélioration du logement (création d’une chambre, meilleur agencement, rénovation énergétique, …)
- Pour l’investisseur qui fait confiance à l’inflation pour valoriser son investissement à long terme via son impact direct sur les prix de construction.
Avec la disparition de l’effet de levier du crédit, il faut chercher ailleurs.
Malheureusement, malgré la hausse des taux, ces derniers sont toujours faibles au regard de l’inflation. Le fonds euros, tout comme les SICAV monétaires, les CAT ou le livret A n’affichent pas un rendement satisfaisant pour une épargne de long terme.
Malgré la hausse des taux, la répression financière maintient des taux trop faibles. Le taux sans risque classiquement représenté par le taux d’emprunt de l’État Français affiche 3% … alors que l’inflation est à 6%. C’est toujours et encore l’euthanasie des épargnants !
Bref, on a perdu le seul investissement dont la pertinence apparaissait comme une évidence … et on n’a pas retrouvé de nouvelles idées d’épargne et d’investissement.
Il y a bien une opportunité sur les obligations d’entreprises.
Pourquoi pas ? On voit fleurir de nombreux fonds obligataires à échéance aux perspectives de rendement qui peuvent apparaître comme attrayantes.
Mais, la répression financière et la faiblesse des taux d’emprunt sans risque obligent, la question du rendement réel des taux de ces obligations se pose.
Les entreprises les plus sûres empruntent toujours à des taux qui semblent trop faibles. Par exemple, il y a un mois, Danone a annoncé une émission obligataire de 800 millions d’euros à 3.47%. C’est beaucoup trop faible pour moi ! Autant faire un CAT !
Voici le tableau des principales obligations d’entreprise cotées à la bourse de Paris. Les taux de rendement actuariel me semblent trop faibles : OBLIGATIONS D’ÉTAT ET D’ENTREPRISES / PALMARÈS OBLIGATIONS
J’ai l’impression qu’il faut accepter de prêter de l’argent à des entreprises qui apparaissent comme trop risquées pour espérer un rendement satisfaisant.
Certes les taux ont bien augmenté, mais cette hausse est elle vraiment suffisante pour absorber l’inflation et les risques d’une récession qui finira bien par arriver.
Je ne crois pas. Du moins, si l’investissement en obligations d’entreprises présentent probablement une opportunité d’investissement, il faut accepter que cet investissement ne soit pas sans risque et l’intégrer dans votre process d’investissement.
Au regard des données ci-dessus, un rendement de 8% sur un fonds obligataire à échéance est obtenu via des obligations « high yield », c’est-à-dire des emprunts obligataires réalisés auprès d’entreprise dont la solidité financière n’est pas maximum.
La question qu’il convient alors de se poser : Demain, si la croissance économique devait se muter en récession, ces entreprises auront-elles les moyens de rembourser les obligations ?
Bref, pourquoi pas, mais uniquement pour une part limitée de votre épargne. Les obligations à échéance ne semblent pas une bonne idée pour l’épargnant à la recherche d’une épargne sans risque.
Peut-être suis-je dans l’erreur. Je ne sais pas.
À titre personnel, je n’y vais pas. Trop de risque par rapport au rendement ou autrement dit pas assez de rendement pour le niveau de risque.
Je préfère investir dans l’action Danone plutôt que de prêter de l’argent rémunéré à 3.47%. Danone va utiliser l’argent obtenu par son emprunt obligataire pour l’investir dans son modèle économique dont le chiffre d’affaires est indexé sur la dynamique économique et l’inflation. Emprunter à 3.47% alors que l’inflation (au moins temporaire) est à 6% est une aubaine pour les bénéfices futurs de Danone !
Lorsque les taux sont trop faibles, celui qui s’enrichit, c’est l’emprunteur, pas le préteur.