L’idée originelle du crowdfunding est géniale : Utiliser la puissance des réseaux numériques (réseaux sociaux, internet, …) pour modifier en profondeur le mode de financement de l’économie. On pourrait se croire à l’an 1, de la création des banques mutualistes ou autre mutuelles d’assurances : Face à un financement de l’économie inefficient, quelques citoyens se regroupent, mutualisent leur économies pour financer des projets dans lesquels ils croient.
Comme vous le savez, nous sommes incroyablement enthousiastes sur l’idée même du crowdfunding et sur son potentiel disruptif pour l’économie. Il s’agit non seulement d’un nouveau mode de financement de l’économie, mais il s’agit surtout de la construction d’un nouveau monde ou l’épargnant décide de l’usage final de son argent.
Fini l’épargne bancaire et l’assurance vie qui financent les dettes publiques et la spéculation sur les marchés financiers. Le crowdfunding, c’est être local-investisseur. L’épargnant utilise son épargne pour financer directement des entreprises qu’il connaît; des projets dans lesquels il croit; des personnes qu’il connait; … Le crowdfunding redonne du sens à la finance.
Il y a beaucoup d’utopies (Construction imaginaire et rigoureuse d’une société, qui constitue, par rapport à celui qui la réalise, un idéal ou un contre-idéal) dans ces quelques lignes, j’en ai bien conscience.
N’exagérons pas, le système bancaire fonctionne bien : Il n’est pas compliqué d’emprunter de l’argent en France.
Le crowdfunding se développe sur l’idée de la non efficience du système bancaire traditionnel. Je ne suis pas d’accord : Il est aujourd’hui facile de trouver de l’argent dans une banque ou encore via la Banque Publique d’Investissement (BPI).
Une entreprise saine, capable de générer un bénéfice et donc de rembourser son crédit d’investissement trouve de l’argent facilement dans les banques, et à des taux très très avantageux. L’argent coule à flot et il n’est pas cher!
Il n’est pas vrai d’affirmer qu’il est complexe de trouver de l’argent dans les banques. Il est néanmoins exact d’affirmer que les banques ne prêtent qu’aux emprunteurs qui ont les moyens de rembourser ! (et c’est normal, non ? ).
Et malheureusement, j’ai parfois le sentiment que le crowdfunding lending profite de l’amateurisme des épargnants pour leur faire prêter de l’argent à des projets non viables ! Au moins, dans quelques temps, après les premières faillites, les épargnants comprendront mieux leur banquier quand il leur expliquera que la banque n’est pas là pour prendre des risques.
Celui qui ne trouve pas de financement dans le réseau bancaire traditionnel doit être une entreprise qui porte un risque particulier que les banques ne souhaite pas porter. Cela explique le succès incroyable du crowdfunding immobilier.
Les promoteurs ne pouvant trouver l’intégralité de leur financement d’investissement dans le secteur bancaire traditionnel, ils font appel, et cela depuis très longtemps, bien avant l’avènement du crowdfunding, à des partenaires financiers non bancaires. Le crowdfunding immobilier permet simplement aux promoteurs immobilier d’industrialiser leur recherche de capitaux propre externe.
Le développement du crowdfunding immobilier est justifié, pertinent et assure le financement d’une activité risquée que les banques ne souhaitent plus accompagner. Les rendements proposés par les plateformes de crowdfunding immobilier sont élevés (-+ 10%) mais cette opération n’est pas sans risque.
Le rendement rémunère le risque ! (si le financement des promoteurs immobilier était une activité rentable et sans risque, les banques ne se priveraient pas…). Plus le rendement est élevé, plus le risque est élevé. Si les promoteurs acceptent d’emprunter à un taux de 10%, c’est vraiment qu’ils n’ont pas d’autres choix.
Le crowdfunding lending, le financement de projet trop risqués et pas toujours pertinents ?
Le crowdfunding lending, c’est à dire le crowdfunding qui consiste à réaliser un prêt rémunéré a donc vocation à financer des entreprises qui ne trouvent pas de financement de les réseaux bancaires ou à la BPI.
Ces entreprises acceptent d’emprunter des capitaux à des taux compris entre 7% et 10% car ces entreprises n’ont pas d’autres alternatives. Devant le refus des banques qui considèrent ces emprunteurs comme trop risqués, le crowdfunding est la seule solution.
Les projets à financer en crowdfunding lending sont parfois effrayants. Voici quelques exemples :
Exemple – Le financement d’un véhicule.
Cette entreprise, qui n’emploie aucun salarié et réalise seulement 99 000€ de chiffres d’affaires recherche 50 000€ pour acheter deux véhicules utilitaires. Et tout cela au taux de 9.20% sur 48 mois, soit un remboursement de 15500€ / ans. L’excédent brut d’exploitation (avant rémunération du gérant) de cet entreprise est de 23 000€. Cela signifie qu’après remboursement du crédit, il reste 8 000€ pour rémunérer le gérant, payer le salarié qu’il compte embaucher … J’espère le chiffre d’affaires va exploser… sinon…
Cela signifie :
– Qu’aucune banque n’a accepté de financer le projet (le financement d’un véhicule n’est pas des plus complexe à obtenir) – Et personnellement, je comprends –
– Que le chef d’entreprise n’a pas la capacité financière personnelle pour s’endetter (même sur un crédit consommation dont le taux serait très inférieur) ;
Si le crowdfunding via des prêt rémunéré c’est ça … Fuyez vite ! Car n’oubliez pas qu’en cas de faillite de l’entreprise … la perte en capital peut être totale.
Fin 2014, cette même plateforme de crowdfunding lending a fait prêter aux épargnants 75 000€ au taux de 9.60% à une entreprise qui à déposé le bilan trois mois plus tard !
Exemple 2- Le financement d’un découvert bancaire
Encore plus incroyable. Le projet ci après est simplement le financement d’un découvert bancaire. L’entreprise à une difficulté de trésorerie, elle recherche alors un financement moyen terme pour rembourser son découvert bancaire. Le taux d’emprunt crowdfunding est alors moins élevé que le taux du découvert!
La question à se poser : Pourquoi existe t’il un découvert bancaire ? L’entreprise n’est elle pas suffisamment rentable ?
Mais aussi de formidables projets de croissance…
A côté de ces deux premiers exemples qui ne sont pas, à mon humble avis, à financer (mais ce n’est que mon avis) ; Le crowdfunding lending peut s’avérer particulièrement vertueux.
Le système bancaire est efficient lorsqu’il s’agit de financer des activités traditionnelles, mais il peut s’avérer inefficace lorsqu’il s’agit de financer l’innovation. Le rôle d’une banque n’étant pas d’assumer un risque en capital, le crowdfunding peur jouer ce rôle.
Il existe capital investissement et les business Angels qui entrent au capital des entreprises pour les accompagner dans leur croissance économique ; Il existe désormais le lending investissement, grâce au crowdfunding. C’est à dire le financement de l’innovation par le crowdfunding. L’épargnant prend des risques, les assumes pour financer une innovation et la croissance de demain.
Et ça c’est le crowdfunding que nous aimons ! Le crowdfunding qui rend meilleur le financement de l’économie – L’épargnant prend des risques, est rémunéré pour ces risques et prête de l’argent à une entreprise pour financer l’innovation (car les banques ne finance l’innovation qu’à ceux qui ont les moyens de les rembourser – Or les innovants ne sont pas toujours ceux qui ont un business models déjà rodé)
Voici quelques exemple du crowdfunding que nous aimons :
Exemple 1 – Le financement de recherche et développement pour développer des lunettes connectée.
Bien évidemment que le système bancaire ne peut accompagner ce genre de projet et le financement de l’innovation et de la recherche et développement. Le crowdfunding et le prêt risqué rémunéré avec un taux d’intérêt trouve tout son sens!
Cette entreprise emprunte 100 000€, 60 mois au taux de 6.50% seulement ?! La question du niveau du taux d’intérêt laisse tout de même interrogatif. Quitte à prendre des risques en capital, autant être rémunéré à hauteur du risque. Je n’ai pas le sentiment que 6.50% soit suffisamment rémunérateur. En cas de succès de l’innovation, il eut été préférable d’être capital investisseur et propriétaire de quelques parts dans l’entreprise.
Net d’impôt pour une TMI à 30%, le rendement net est de -+3.50%. Une rémunération bien faible, sans avantage fiscal, pour prendre un risque en capital important.
L’abondance de l’épargne mal rémunéré et l’ignorance des épargnants permet de tirer le taux vers le bas.
Pour le moment, malgré mon enthousiasme des débuts, je reste plutôt interrogatif sur l’avenir du crowdfunding ?!
Et vous qu’en pensez vous ?



