En représailles, l’Arabie Saoudite a radicalement changé sa stratégie et décidé d’inonder la planète avec du pétrole à prix cassé, pour “arracher à Moscou ses parts de marché”, selon des délégués de l’Opep interrogés par le Wall Street Journal.

Il faut remonter à la première guerre du Golfe, en 1991, pour voir un tel effondrement des prix en moins de 24 heures. Selon plusieurs experts, le prix du baril pourrait poursuivre sa dégringolade jusqu’à 20 dollars.

“Ce qui rend cette guerre des prix particulièrement grave, c’est qu’elle coïncide avec une crise massive de la demande, en raison du coronavirus”, explique au Wall Street Journal le consultant Robert McNally, président de Rapidan Energy Group. “Nous n’avions pas connu cette combinaison explosive depuis le début des années 30”, dit-il.

Pour les Russes, la baisse de la production demandée par l’Opep aurait favorisé l’écoulement du pétrole de schiste américain. Une situation insupportable pour Moscou, qui a préféré jouer cavalier seul et aller au clash.

“Du point de vue des intérêts russes, cet accord (de baisse de la production) n’a aucun sens”, a déclaré dimanche Mikhail Leontiev, porte-parole du géant russe de l’énergie Rosneft, à l’agence de presse Ria Novosti. Pour lui, retirer du marché les pétroles arabe et russe à bas prix revenait à “laisser la place aux schistes américains à prix élevés, pour rendre leur industrie rentable. Notre production serait tout simplement remplacée par celle de nos concurrents. C’est du masochisme”, assène-t-il.

Si la Russie et l’Arabie Saoudite n’enterrent pas la hache de guerre au plus vite, l’agence Bloomberg craint des conséquences “cataclysmiques” pour l’industrie pétrolière américaine, “des géants comme Exxon Mobil aux petits exploitants de schistes du Texas”.