L’édito hebdomadaire de Julien Bonnetouche.
La semaine dernière, j’ai écrit un article sur les dangers qui menacent la zone euro, et la pérennité de l’euro lui-même, suite à la demande de l’un des lecteurs assidus du blog.
En réalité, je n’y crois pas beaucoup, même si ce danger est réel, de même d’ailleurs que pour les autres zones monétaires tant l’endettement mondial dépasse les limites du raisonnable.
Les autorités américaines s’inquiètent, elles aussi, de l’endettement de leur pays ( 26200 milliards de $, 128% du PIB et 8 % de déficit du budget en cette année électorale).
Les banques centrales ne sont pas en reste puisque ce sont elles qui achètent de l’or et participent aux records actuels.
L’engouement pour le bitcoin n’est pas sans rapport non plus avec cette inquiétude relative à l’inflation de monnaie artificiellement créée par les banques centrales.
Mais pareilles situations se sont déjà produites dans le passé, et comme je l’expliquais dans le dernier article, seules des circonstances exceptionnelles seraient de nature à déclencher la catastrophe monétaire.
Je me souviens très bien par exemple en 1978, après les 2 crises du pétrole, l’inflation galopante avait gonflé la masse monétaire M3 circulante de façon considérable, et l’or était monté rapidement. Et alors qu’il cotait 200$, certains parlaient de 600$ l’once.
Il est monté à 600$ en 1979, en quelques jours avec l’invasion des Russes en Afghanistan (déjà eux).
L’expression «risque de liquidation du crédit» à l’échelle mondiale, revenait souvent dans la bouche des commentateurs économiques de l’époque.
Pourtant, rien n’est arrivé et puis finalement tout a fini par s’arranger avec une hausse quasi ininterrompue des indices mondiaux jusqu’à la crise de 1987…
Nous devons par conséquent rester vigilants, mais sereins et surtout ne se précipiter en rien.
De la prudence certes, mais sans excès.
En effet, les perspectives de croissance de l’économie mondiale sont revues légèrement à la hausse par le FMI en 2024 et 2025, et celle des USA reste bonne à plus de 2,5%, d’autant plus que les autorités américaines cette année, feront tout pour ne pas perturber l’élection présidentielle, et qu’ensuite Trump, probablement élu, devrait baisser les impôts, ce qui sera favorable aux entreprises US.
(Les bénéfices par action aux USA pour l’année prochaine sont attendus autour de 14/15 % et seulement 7 % en Europe). Vous voyez que de côté là, il y a de la marge !!
En Europe, l’Allemagne, locomotive de l’économie, actuellement en récession, mais avec une dette faible, va probablement prendre des mesures de relance, et trouvera, un jour ou l’autre, d’autres débouchés que la Chine, l’Inde par exemple, qui croit à grande vitesse. (C’est la meilleure performance boursière mondiale en 2023).
À ce propos, il est toujours intéressant de suivre l’évolution du marché de l’art, et un tableau du peintre indien abstrait, longtemps installé en France Sayed Haider Raza vient de pulvériser très largement ses records à plus de 4,7 millions € ce qui est toujours un bon indicateur de la réussite financière des collectionneurs du pays d’origine de l’artiste.
Les taux également devraient baisser, et cela dopera les actions, même si un doute plane depuis quelque temps sur la baisse des taux longs, à cause justement des craintes sur la solvabilité des États. Il est quasiment acquis que les taux courts de la BCE commenceront à baisser en juin. (Et avant la FED ce qui est nouveau).
Il est possible que les taux longs baissent moins que les courts, moins vite aussi, mais ils baisseront quand même, même si la note de la France est abaissée prochainement, et ce, pour plusieurs raisons :
- Nous ne sommes pas seuls en Europe et les autres pays sont plus «sérieux» en matière de déficit.
- On va tout de même prendre des mesures pour faire des économies chez nous, (annonces sur l’indemnisation du chômage, et sûrement d’autres ensuite), nous qui sommes le cancre de l’Europe en matière de déficit, de manière à ne pas se faire lâcher par les allemands. Notons tout de même, que depuis quelques mois, le spread français (écart de taux) avec les autres pays d’Europe a tendance à se dégrader, même avec l’Italie…
- La croissance européenne restera atone cette année, et donc l’inflation va baisser encore. (L’INSEE la donne en baisse à 2,3 %sur 1 an en mars)
- On ne sait pas très bien jusqu’à quel niveau ni combien de temps, il faudra, mais cela reste la tendance naturelle parce que le commerce mondial et le dumping chinois vont continuer. La Chine doit se relancer ;
- La productivité mondiale va aussi s’accroître (moins vite en France qu’ailleurs bien sur) en particulier avec la pénétration de l’intelligence artificielle à tous les niveaux des entreprises et des administrations, en réduisant fortement les coûts ainsi que la masse salariale. On n’a encore rien vu de ce côté-là !!, mais ça va aller maintenant très vite.
L’intelligence artificielle est un support de croissance considérable, et en cela, on peut dire que la situation boursière actuelle n’a rien à voir avec celle précédente la crise de 2000, où l’on avait «mis la charrue avant les bœufs » tout simplement parce que la technique numérique n’était pas encore au point.
Cela aura un impact déflationniste très important.
- N’oublions pas aussi qu’une baisse des taux, est nécessaire pour faciliter le paiement des intérêts de la dette des États. Des états surendettés ont besoin d’un taux d’intérêt réel proche de zéro pour assurer leur solvabilité !
- En parallèle, la liquidité (qui est le moteur premier des marchés boursiers) est encore extrêmement abondante.
- Enfin, on peut se demander s’il est possible d’arrêter l’expansion des multinationales américaines du numérique. Elles sont devenues aujourd’hui tellement puissantes qu’elles peuvent se permettre de tout racheter dans leur domaine, mais pas seulement. Alors bien sûr, des voix s’élèvent un peu partout contre leur «abus de position dominante» surtout en Europe qui n’en a pas, mais de là à faire des lois anti-trust similaires à celles qui au début du siècle dernier avaient débouché sur le démantèlement des compagnies pétrolières et des chemins de fer aux USA, il faudra encore du temps ; car c’est globalement l’arme choc de l’occident contre la Chine. On le sait, tout le monde le sait, même et surtout le gouvernement américain et Trump. En général ce genre de lois interviennent lorsque la puissance de ces compagnies entre directement en concurrence avec celle des États. Ce n’est pas encore le cas eux USA. La Chine a un peu détérioré son jouet de ce point de vue, justement parce qu’un pouvoir dictatorial se sait faible ce qui le rend jaloux de ses prérogatives. Mais les 7 magnifiques ont l’avenir devant eux !!
On se contentera sûrement de les faire payer un peu plus.
- Et si par bonheur le conflit Ukrainien venait à trouver une solution, d’ici par exemple 1 à 3 ans avec Trump, l’économie Allemande et mondiale s’en trouverait boostée. On n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise !!
- Nous devons parler aussi un peu des «small cap» :
Elles sous-performent depuis plusieurs années. Et il faudra absolument surveiller leurs parcours, en particulier aux USA, car traditionnellement, elles viennent à sur-performer les grands indices dans un second temps, surtout en cas de baisse des taux qui favorise leurs investissements.
Des sociétés de gestion spécialisées dans les small cap existent, et il est parfois intéressant de prendre le train en marche, quand il démarre.
Mais c’est surtout un indicateur d’évolution de marché : lorsque tout monte ou a déjà bien monté, cette catégorie d’actif monte aussi (ou enfin) et correspond à une fin de cycle (On peut faire le parallèle en immobilier avec les arrondissements périphériques de Paris qui montent après les arrondissements centraux lorsque le marché est euphorique).
Si tout cela nous amène à privilégier le marché américain, vous l’avez bien compris, je ne préconise pas non plus d’être investi à 100 % actions, mais plutôt comme je l’ai déjà dit ici, de mixer actions et obligations d’entreprises variées, européennes et mondiales, avec une proportion qui va dépendre des besoins et des perspectives de chacun.
50/50, 60/40, ou pourquoi pas 80 % actions et 20 % obligations pour les plus jeunes et les plus audacieux. Garder du cash, et surtout arbitrer au fil du temps et des circonstances.
On peut considérer qu’avoir de bonnes obligations corporate aux taux actuels, outre la possibilité de gain en capital en cas de baisse des taux, revient presque au même que des liquidités (sauf si l’on pense que les taux vont monter).
Mais nous allons continuer à rester très vigilants, à surveiller de près les signes potentiels de survenue de crise, le petit détail politico-économique ou social, parfois insignifiant au début, mais de nature à faire se déséquilibrer, puis s’écrouler tout ce beau château de cartes reposant exclusivement sur la confiance.
Sachant quand même que l’on a en général quelques jours ou quelques semaines après les premiers signaux pour vendre.
Je ne suis pas devin, mais la bulle actuellement au début de sa formation, sauf accident de parcours intervenant plus tôt, finira par gonfler exagérément, et éclatera à un moment ou un autre.
Il peut encore couler beaucoup d’eau sous le pont avant que cela se produise.
Il est possible qu’un jour, je vous dise «je vends maintenant», ce sera vrai comme toujours, et ce ne sera pour vous qu’une indication. Et alors il vous appartiendra de décider (rapidement) ce que vous devez faire !! (ou pas).