Les actions américaines ont augmenté de 10% en euros depuis le 24 décembre et les actions européennes de 4% depuis leur plus bas de décembre.

Le rebond a été vif et le MQ multiple, qui exprime le prix des actions en fonction des bénéfices par action ajusté par le niveau de la croissance économique et des taux d’intérêt, est passé de 10 années à près de 15 actuellement. Au delà de 16 années de bénéfices, il est certain que les actions ne sont plus sous-évaluées. Pour autant, les conditions économiques et financières continuent de se détériorer. La situation est cependant un peu moins négative qu’au pire de décembre. C’est pourquoi aucune suggestion « Aupilot » n’a été envoyée malgré le rebond des actions.

Les dernières données sur les exportations chinoises et sur la production industrielle européenne sont d’ailleurs très mauvaises, ce qui est un signe tangible de ralentissement de l’économie mondiale. La croissance économique a une relation directe sur le bénéfice par action des entreprises. Lorsque la croissance économique baisse, il devient plus compliqué pour les entreprises d’augmenter leurs bénéfices.

Goldman Sachs vient de proposer leurs dernières estimations. Les bénéfices par action seraient toujours en croissance en 2019 de 3%, une augmentation moins forte, mais toujours positive. Au vu du niveau actuel du MQ multiple, si les bénéfices par action baissaient, alors, mécaniquement les actions deviendraient surévaluées.

 

 

Le prix des actions fluctue en fonction du niveau des bénéfices par action et de celui des taux d’intérêt.

En investissant dans les obligations des états solides et puissants comme les États-Unis, l’Allemagne ou la France, le versement des intérêts est quasiment assuré. C’est pourquoi l’intérêt de l’investissent dans les actions dépend de manière importante du niveau des taux d’intérêt. Plus les taux d’intérêt sont élevés, plus l’espérance de gain que peuvent procurer les actions doit être grande pour compenser le risque.

De surcroît, plus les taux d’intérêt sont élevés, plus le coût de la dette des entreprises est élevé. Il est donc plus difficile pour les entreprises d’augmenter leur bénéfice.

Pour ces raisons, chaque prise de parole du gouverneur de la banque centrale américaine, la FED, et aussi dans une moindre mesure de la BCE, a un impact majeur sur les marchés financiers. Aussi bien actions qu’obligations.

En décembre, le discours de Powell, le directeur de la FED, a accentué la baisse des actions. Son discours a porté aussi sur la réduction de la taille du bilan de la FED. Le bilan de la FED est l’instrument qui permet de réaliser le « Quantitative Easing ».

La banque centrale peut avoir un impact sur l’activité économique de deux façons différentes. Soit en faisant évoluer les taux d’intérêt de court terme qui déterminent les prêts et emprunts entre les banques commerciales et la banque centrale, soit en intervenant directement sur le marché des obligations avec des achats – ventes en son nom.



En 2018, la banque centrale américaine a augmenté ses taux d’intérêt et a diminué le montant des obligations qu’elle détient en direct. Lorsque Powell a affirmé que la diminution de ce montant resterait en « autopilot », baissant de 50 milliards par mois, quelque soit l’évolution des conditions économiques et financières, le consensus a considéré qu’il faisait une erreur de pilotage et les actions ont été vendu massivement. Le consensus a considéré que cette politique allait condamner la croissance économique.

Powell a ensuite modifié la posture de la FED en affirmant qu’il serait flexible en fonction de l’évolution de l’économie.

C’est l’une des raisons principales de la remontée du prix des actions depuis Noël.

C’est dans ce contexte que le dernier chiffre de l’inflation prenait son importance. Le consensus est actuellement très sensible aux prochains mouvements de la FED, aussi bien au sujet du rythme de la réduction de son bilan qu’au sujet du niveau des taux d’intérêt. Si l’inflation augmente trop rapidement alors la FED n’a d’autre choix que d’augmenter ses taux d’intérêt. Pourtant, dans le contexte récent de fragilisation des conditions économiques et financières, la FED préfèrera ne pas augmenter ses taux d’intérêt si cela n’est pas absolument nécessaire.

Les derniers chiffres d’inflation sont à l’identique de ceux du mois dernier, signalant plutôt un arrêt de l’augmentation progressive de taux d’intérêt par la FED. Les taux d’intérêt à 10 ans aux USA sont maintenant à 2,70%, en baisse par rapport au niveau de décembre à 3,20%.

 

Nous nous retrouvons donc dans une situation où les actions sont à la limite de la surévaluation et où les conditions économiques et financières sont à la frontière entre l’amélioration et la détérioration.

 

Cela veut dire que la météo des marchés peut évoluer aussi bien vers « Expansion », ce qui suggérerait d’investir 70% des portefeuilles en action et « Panique », 0% en action.

L’incertitude est donc à son paroxysme. Cela est de plus accentué par le Brexit dont on ne sait s’il aura lieu ou pas et, le cas échéant, dans quelles conditions. Mais aussi par les dernières déclarations de ce week-end par le Washington Post et le New York Times sur la trahison potentielle de Trump au profit de la Russie.

Enfin, sur l’avenir des réformes en France face aux tensions dont la remise en question pourrait contraindre l’Allemagne à revoir la direction de l’intégration européenne.

Sans parler de l’évolution de la guerre économique entre la Chine et les USA.

Il faudra donc être particulièrement attentif au contexte politique et géopolitique en plus des facteurs quantitatifs de la météo des marchés lors des prochaines semaines.

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9 Comments

  1. « Nous nous retrouvons donc dans une situation où les actions sont à la limite de la surévaluation »
    Si je prends le cas de LVMH -15% depuis début octobre dernier. En fouillant dans les caisses, on en trouvera plein de bonnes sociétés décotées. Dois-je en conclure que des mauvais résultats sont attendus courant été 2019 pour contrebalancer nos espoirs de gains à court terme ?

  2. Ahhhh. Enfin un article interessant. Merci !

  3. D’expérience, les marchés anticipent à 12-18 mois la situation économique. C’est ainsi que quand les indicateurs économiques du moment sont bons on les voit baisser anticipant un retournement et inversement.
    Actuellement les indicateurs (signaux) de dégradation se retourneraient légèrement à la baisse. Cela ne veut pas dire que les marchés vont baisser s’ils anticipent une reprise des économies même faible dans les 12-18 mois . Au contraire ils pourraient monter en contrariant le consensus !
    je ne crois que ce que je vois.
    il faut donc rester mobile sur ses placements et éviter d’anticiper mal à propos surtout en ce moment.
    ce n’est qu’un point de vue non engageant.

  4. J’ai l’impression de lire une BD d’Astérix avec un normand répondant ptet ben que oui, ptet ben que non. C’est certainement mieux de bien choisir nos placements avec une énorme liquidité pour rattraper la moindre petite erreur de parcours.

  5. Le contexte boursier s’est globalement très dégradé depuis le milieu 2018. Le contexte économique français ne cesse de se dégrader et plus particulièrement depuis le milieu 2018, de même pour le contexte mondial. Perso j’ai vendu toutes mes actions mi 2018. A mon avis, je ne vois pas ce qui pourrait’ faire monter la bourse. Sauf une augmentation des résultats des entreprises en 2019 ? Mais ce n’est pas le scénario qu’envisagent la plupart des analystes. Dans un de vos précédents articles vous disiez qu’il fallait sortir des assurances vie en euros. C’est aussi mon avis. D’ailleurs il faut sortir de tout : immobilier, action, obligation…

  6. J’en profite pour vous poser une question : A mon avis, la situation économique mondiale va se dégrader, l’accumulation des dettes, y compris en France, ne cesse d’augmenter. En France (et ailleurs) on dépense plus qu’on ne gagne. Je n’ai pas vraiment peur des politiques, mais de la dette. Si on envisage comme moi que la France sera dans l’obligation de rembourser sa dette grandissante (ou une partie), et que la BCE ne viendra pas à son aide (donc si on envisage une faillite de l’Etat français), dans quoi faudra-t-il placer ses petites économies de retraité cadre ? Retraité, je ne fais pas partie de la catégorie choyée par Macron (bien au contraire), ne faudra-t-il pas se placer sur l’or ? le yen ? le franc suisse ? Bref sortir de la France ? Ne faudrait-il pas acheter des actions suisses (Nestlé?) ? Qu’en pensez-vous ? C’est un scénario catastrophe qui revient en boucle chez moi, n’ayant plus confiance dans nos politiques ni dans nos institutions. J’avoue que je n’ai pas du tout envie de financer les erreurs commises par nos politiques, y compris l’actuel.

  7. J’ai lu aussi qu’on pouvait ouvrir un contrat d’assurance vie luxembourgeois, où l’on peut se positionner sur des fonds hors euro. Qu’en pensez vous ? En cas de scénario catastrophe et de défaut de l’Etat français. Puisque dans un tel cas ce seront les épargnants qui paieront.

  8. julien bonnetouche says:

    Si j’en crois le titre de cet excellent article, l’inquiétude est à son maximum sur les marchés financiers.

    Nous sommes donc proche du point d’inflexion.

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