Assurance vie et gestion de patrimoine

Il y a quelques jours l’UFC QUE CHOISIR à rédigé un pamphlet dans lequel l’association mettait en garde les épargnants mais également les régulateurs contre certaines pratiques des plateformes de crowdfunding, et plus précisément des plateformes de Crowdlending.

Cette étude très intéressante met les pieds dans le plat et exprime les nombreuses inquiétudes et des observations que nous vous livrons ici depuis plusieurs mois :



  • Quid du taux de défaut,
  • Quelle est la rentabilité réelle pour les épargnants,
  • Partialité des plateformes de crowdfunding qui courent après le volume et donc après les emprunteurs au risque d’un mensonge par omission ou de présentation marketing omettant volontairement certains risques ;
  • Financement d’un BFR (trésorerie d’exploitation) et non d’investissement ;

 

UFC Que Choisir livre cette synthèse qui ne laisse aucun doute sur le contenu des 42 pages du rapport :

« Notre analyse montre ainsi que les acteurs des placements participatifs fournissent un service médiocre aux consommateurs. La promesse de rendements surestimés, la présentation partiale et la sélection hasardeuse des projets à financer que nous avons identifié au regard de l’étude de 337 entreprises financées, des obligations légales insuffisamment respectées ainsi qu’une multitude de clauses que nous jugeons abusives au sein des conditions générales d’utilisation des plateformes sont autant de manquements à la loyauté vis-à-vis des consommateurs.

L’UFC-Que Choisir a, enfin, mené une estimation des rendements auxquels peuvent s’attendre les consommateurs ayant prêté à des entreprises via des prêts participatifs. Le résultat est sans appel puisque, en raison des défauts d’entreprises prévisibles, leurs rendements ne devraient pas être supérieurs à celui du Livret A, loin des 7% promis par les discours marketing. »

 

Comme vous le savez, nous partageons ce constat et cette alerte.

 

L’industrie du crowdfunding conteste cette étude d’UFC QUE CHOISIR et défend son modèle économique non rentable.

Le plus interessant dans cette affaire n’est pas tant l’analyse d’UFC QUE CHOISIR (que nous partageons), mais la réaction des acteurs de cette jeune industrie.



Au lendemain de la publication des critiques de l’UFC QUE CHOISIR, tous (plateformes, journalistes spécialisés, …) ont communiqué pour contester ces critiques et surtout remettre en cause le sérieux de l’analyse indépendante de l’UFC QUE CHOISIR.

Bien évidemment chacune des plateformes a publié son communiqué de presse, Financement Participatif France, l’association de lobbying a réalisé sa contre analyse afin de démontrer que UFC était dans l’erreur.

L’industrie de crowdfunding a concentré sa défense sur des éléments factuels qui ne représentent malheureusement pas le cœur de la remise en cause du système par l’UFC. L’un des arguments de l’association représentative des plateformes de crowdfunding repose sur les calculs erronés d’UFC que choisir et notamment sur la détermination du taux de rendement réel des prêts réalisés au PME (après déduction du taux de défaut).

En effet, il en ressort que FPF, l’association qui regroupe les plateformes de crowdfunding, annonce un rendement moyen de 3.69% net de défaut pour l’épargnant ! (entre nous ce n’est pas glorieux, même si c’est supérieur au taux annoncé par UFC qui était de 0.33% ..).

Nous sommes bien loin des rendements affichés et mis en avant par les plateformes et cela donne raison à UFC QUE CHOISIR lorsque l’association estime que le rendement réel des placements et très éloignés des promesses commerciales et marketing qui font état de rendements compris entre 4% à 10%.

Quel est l’intérêt de prendre des risques à investir en crowdlending pour n’obtenir que 3.69% de rendement avant impôt ? Autant se contenter du fonds euros de votre contrat d’assurance vie.

Voici deux copie écran réalisée ce matin (Vous en conviendrez, le discours n’est pas tout à fait le même) :

unilend-rendement

 

creditfr-rendement



 

Cet exemple illustre parfaitement l’état d’esprit de l’industrie du crowdfunding qui se rêve déjà en puissance financière avant même de valider un modèle économique viable. L’alerte d’UFC est constructive et devrait être prise en compte par cette industrie qui a encore tout à prouver.

 

Le cœur de la critique d’UFC repose sur le modèle économique des plateforme de crowdfunding.

Au lieu de s’attarder sur la question du rendement réel pour l’épargnant de l’investissement en crowdlending, l’industrie devrait prendre la mesure du cœur du problème : Le modèle économique actuel des plateformes de crowdlending n’est pas gérant des intérêts des épargnants et probablement pas viable à long terme. 

En effet, dans le système actuel, ce sont les emprunteurs qui payent les plateformes lorsqu’ils se financent. Lorsqu’une entreprise emprunte sur une plateforme de crowdfunding, elle doit verser 4% à 5% du montant du prêt à la plateforme puis 1% par année. Entre le montant astronomique de ces frais et le taux d’intérêt du crédit, le coût du financement devient exorbitant pour l’entreprise. Il y a de quoi s’interroger sur la nature réelle du besoin de financement.

Quelles raisons pourraient bien conduire un chef d’entreprise à préférer le tarif très élevé du crowdlending par rapport aux taux très faibles de sa banque ? Le simple fait de pouvoir diversifier ses sources de financement ? (Ça fait cher la diversification) ;  l’excès de paperasse demandée par les banques, le plaisir de communiqué auprès de ses clients et fournisseurs sur ces besoins d’argent ?

 

C’est alors qu’on est tenté de croire l’UFC QUE CHOISIR lorsqu’il suggère que seuls les rejetés du financement bancaire trouve de l’intérêt au crowdlending.  (cf « Qui emprunte sur les plateformes de crowdfunding lending ? Des exclus du financement bancaire ?« )

Connaissant également le problème de financement de la trésorerie par les banques, on est également tenté de faire le lien avec l’impression générale de financement déguisé de besoin en fonds de roulement (BFR). Puisque les entreprises ont des difficultés à faire financer leur besoin en fonds de roulement dans les banques ne seraient elles pas tentées de s’essayer au crowdlending en cachant la réalité de leur besoin ?

Regardez ce qu’on trouve encore aujourd’hui sur une plateforme leader du marché :

financement-bfr

ou encore :

financement-bfr-2

 

Mais au fait … est bien légal de financer sa trésorerie avec le crowdlending ? 

 

Les plateformes de crowdlending ont elles le droit de financer le besoin en fonds de roulement (= BFR, c’est à dire la trésorerie nécessaire au cycle d’exploitation) des entreprises ?

En effet, l’une des principales critiques repose sur l’idée que les épargnants financent principalement les besoin en fonds de roulement des entreprises (BFR) et non de l’investissement et des projets déterminés.

Cette critique est d’autant plus grave que le crowdlending doit servir à financer des projets et non un besoin de trésorerie. Le texte est très précis sur ce point : « un projet consiste en un achat ou un ensemble d’achats de biens ou de prestations de service concourant à la réalisation d’une opération prédéfinie en termes d’objet, de montant et de calendrier. »

Cette question doit impérativement être approfondie. Certaines opérations de crowdlending qui concurrent au financement du besoin de trésorerie de l’entreprise seraient elles hors la loi ?

Quelle serait la responsabilité de la plateforme en cas de défaut ? 

 

 

Mais alors, qui va chercher à se financer via le crowdlending s’il n’est plus possible de financer le BFR ?

Dans un monde ou l’épargne non rémunérée est abondante, il est facile d’attirer l’épargnant chaland avec des rendements élevés (dont nous connaissons maintenant la réalité). L’épargne est abondante … et malheureusement les besoins de financement des entreprises sont relativement bien assurés par les banques qui font plutôt bien leur métier.

Seul le financement du BFR et de la trésorerie n’est pas efficient dans le monde bancaire, mais le crowdlending ne peut être la solution. La réglementation est stricte, le crowdlending doit financer des projets, c’est à dire « un achat ou un ensemble d’achats de biens ou de prestations de service concourant à la réalisation d’une opération prédéfinie en termes d’objet, de montant et de calendrier », une définition rigoureuse qui interdit le financement d’un besoin de trésorerie et devrait même obliger le décaissement des prêts sur présentation d’une facture (et non seulement sur la bonne foie de l’emprunteur qui raconte ce qu’il veut pour obtenir son argent). 

C’est alors qu’apparaît le véritable problème du crowdlending : Et si les problèmes de financement des investissements des entreprises et des projets viables n’était qu’une légende urbaine ? N’avons nous pas surestimé le problème du financement bancaire ?

Comment trouver 100 000 000€ de financement annuel par plateforme pour assurer l’équilibre financier du modèle économique ? Cette course après les projets à financer n’est elle pas le résultat d’une mauvaise analyse de marché ? Pourquoi le financement n’explose t’il pas davantage ?

 

N’y a t’il pas suffisamment de projets viables ? Ou se cachent ces millions d’entreprises qui ont du mal à financer leurs projets d’investissement ?

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7 Comments

  1. Avis totalement partagé. Le seul crowdfunding auquel j’ai participé a porté sur une pièce de théâtre, il y a quelques années, billet gratuit et petit BNC à la fin (30€)

  2. Bonjour,
    Cet article est globalement juste, mais 2 remarques cependant :

    – Aucun conseiller en gestion de patrimoine n’osera prétendre à son client que l’investissement dans les PME est un placement sans risque. C’est là encore la différence entre un CGP humain et une Fintech, dont le but exclusivement commercial n’est encadré par aucune règlementation ou presque ;-(

    – « Quel est l’intérêt de prendre des risques à investir en crowdlending pour n’obtenir que 3.69% de rendement avant impôt ? Autant se contenter du fonds euros de votre contrat d’assurance vie. »
    Je ne suis pas d’accord : Le rendement des fonds euros est très inférieur à 3.69%. Or, ce chiffre se présente comme étant NET DE DEFAUTS. Ce qui veut dire que la prime de risque en est déduite. Ce qui signifie que ce chiffre, risque déduit, doit être comparé à un placement « sans risque », c’est à dire au mieux du fonds euro (qui n’atteindra sûrement pas 2% en 2017, à minorer du risque « solvabilité du système ou de l’assureur »), un livret A à 0.75%, ou du Bund allemand à taux négatif… 3.69% net de risque dans ces conditions me semble plutôt pas mal. Par contre, attention à la diversification nécessaire pour atteindre ce chiffre !!!

  3. Est-ce que vous voulez parler de cette étude dont j’ai donné le lien Ankou le 27 février 2017 at 10:09 ?

    https://www.leblogpatrimoine.com/bourse/le-crowdfunding-derriere-une-idee-geniale-une-realite-qui-laisse-parfois-interrogatif.html

    Je suis d’accord avec les 2 remarques de B. Boisjot

  4. Ptitilouis says:

    Comme d’habitude Guillaume n’y va pas avec le dos que la cuillère !

    (j’utiliserai CL pour Crowdlending)

    Ce qu’il y a de faux :
    – le CL ne finançe que les rejetés du monde bancaire : Ducasse, Saint Jean Industrie, Initia Food et plein d’autres projets sont « finançables » Beaucoup de banques ne savent pas financer l’immateriel qui n’est pas toujours du BFR. Dans le panorama du Crowdlending publié par Montaigne Conseil Et Crowdlending.fr l’analyse montre que 65/67% des sociétés recourrant au CL pourraient être financées par les banque si l’on analyse seulement le risque.
    – Une plateforme doit financer 100 M€ par an pour être rentable : si on est pas à Paris dans le 9ème 15/20 M€ suffisent.
    – Le taux d’un emprunt à la banque est de moins de 2% : c’est oublier qu’il faut y ajouter : les frais de dossier, les ventes additionnelles, et LA fameuse Caution. Enfin bcp de chef d’entreprises s’etant fait reduire leurs lignes d’encours en 2008 gardent un mauvais souvenir du « mono banque »
    – l’etude d’UFC est exhaustive : au 31/12/16, 893 entreprises avaient fait appel au CL a priori UFC base son analyse sur moins de projets : pourquoi ?
    – UFC est objectif : il ne font, quelque soit le secteur, des dossiers à charge et n’interrogent jamais les specialistes qui ne sont pas de leur avis.

    Ce qu’il y a de vrai :
    – le BFR ne devrait pas etre financé (surtout sur des periodes superieures à 30 mois)
    – l’épargnant n’a pas conscience du danger : sur l’un des rares profil de risque dédié (www.montaigneconseil.fr) nous posins la question sur le pourcentage de défaut maximum pour garder une perf positive : rare sont les clients qui repondent juste !
    – les intérêts des plateformes et des clients ne sont pas alignés.
    – ne durereont que ceux qui ont une politique de transparence élevée et un taux de defaut raisonnable.
    – net de taux de défaut le secteur doit pouvoir offrir une perf de 5 à 6% avec une sélection rigoureuse.
    – l’information financière est déficiente en France : normal celui qui gagne de l’argent est suspect ! Donc ne vous plaignez pas si vous ne financez que des loosers….
    – certaines plateformes font moeux leur boulot que d’autres.

    En résumé : n’y allez pas seuls !
    Des specialistes peuvent vous accompagner.

  5. Ptitilouis says:

    Je corrige le chiffre de 65/67% : notre dernière etude parle de 59%
    Veuillez m’excuser.

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