Il y a quelques mois déjà, nous vous alertions sur le risque « pétrole » que certains experts considéraient comme sous estimé. Ainsi, dans cet article « Une hausse du prix du pétrole, un risque qu’il ne faut pas sous-estimer ?« , nous vous rappelions que le choc pétrolier de 2008 avait été effacé par la production massive de pétrole de schiste américain, mais que malheureusement (ou heureusement pour l’envirronnement), cette industrie se révèle être économiquement fragile.

Déjà en Mars 2018, le rapport annuel de l’Agence internationale de l’énergie insistait sur cette nécessité d’investir face au déclin de la production conventionnelle de pétrole :

« La croissance de la production pétrolière aux États-Unis, au Brésil, au Canada et en Norvège peut maintenir le monde approvisionné dans le monde, bien au-delà de la croissance de la demande mondiale de pétrole d’ici 2020, mais des investissements supplémentaires seront nécessaires pour stimuler la production par la suite, le rapport annuel de l’Agence internationale de l’énergie. […] Au cours des trois prochaines années, les gains provenant uniquement des États-Unis couvriront 80% de la croissance de la demande mondiale. […] Mais comme nous l’avons souligné à maintes reprises, la faiblesse de l’investissement mondial reste une source de préoccupation. Des investissements supplémentaires seront nécessaires pour compenser la diminution des gisements de pétrole – le monde doit remplacer 3 mb / j de pertes chaque année, soit l’équivalent de la mer du Nord – tout en répondant à une forte croissance de la demande.

 

La dernière phrase est probablement la plus importante pour comprendre le cœur du problème qui pourrait être à l’origine d’un nouveau choc pétrolier : « Des investissements supplémentaires seront nécessaires pour compenser la diminution des gisements de pétrole – le monde doit remplacer 3 mb / j de pertes chaque année, soit l’équivalent de la mer du Nord« .

Souvenez vous, en 2008, le cours du pétrole atteignait des records sur fonds de pic pétrolier. A l’époque, on estimait avoir atteint un pic pétrolier, c’est à dire « le moment où l’extraction mondiale de pétrole (calculée en millions de barils par jour) aura atteint son niveau maximal avant de connaître par la suite un déclin dû à l’épuisement progressif des réserves de pétrole contenues dans le sous-sol terrestre. »

 

C’est alors que l’exploration du pétrole de schiste américain a battu en brèche cette crainte de pic pétrolier permettant alors aux cours de retrouver des niveaux acceptables pour l’économie. Néanmoins, et les experts semblent d’accord sur ce point : Le pic pétrolier est bien atteint concernant le pétrole dit « conventionnel » et c’est uniquement grâce au pétrole « non conventionnel » que l’offre de pétrole permet de satisfaire une demande toujours plus forte.

C’est comme cela qu’il faut comprendre cette dernière phrase « Des investissements supplémentaires seront nécessaires pour compenser la diminution des gisements de pétrole – le monde doit remplacer 3 mb / j de pertes chaque année, soit l’équivalent de la mer du Nord »  : Puisque nous avons dépassé le pic pétrolier pour les pétroles conventionnels, la production baisse. Le pétrole de schiste non conventionnel doit donc se développer si on ne veut pas manquer de pétrole.

Ainsi, toujours selon l’IAE (source : Pic pétrolier probable d’ici 2025, selon l’Agence internationale de l’énergie) :

  • La production mondiale de pétrole conventionnel (près des 3/4 de la production totale de pétrole) « a franchi un pic en 2008 à 69 millions de barils par jour (Mb/j), et a décliné depuis d’un peu plus de 2,5 Mb/j ;
  • « Le risque de resserrement de l’offre est particulièrement prégnant pour le pétrole. Ces trois dernières années, le nombre moyen de nouveaux projets approuvés de production de pétrole conventionnel ne représente que la moitié du volume nécessaire pour équilibrer le marché jusqu’en 2025, compte tenu des perspectives de demande du scénario « Nouvelles politiques ». Il est peu probable que le pétrole de schiste prenne le relais à lui seul. Nos projections prévoient déjà un doublement de l’offre de pétrole de schiste américain d’ici 2025, mais celle-ci devrait plus que tripler pour compenser le manque persistant de nouveaux projets classiques.

 

Bref, depuis 2008, c’est le pétrole de schiste américain qui a sauvé nos économies d’une récession causée par un manque de pétrole. Aujourd’hui, 10 ans plus tard, la question est alors de s’inquiéter sur la fragilité économique de ce secteur d’activité dont nous dépendons tous.

En effet, l’inquiétude monte face aux multiplications des faillites dans le secteur du pétrole de schiste aux états-unis. Il y a trois jours, challenges titrait « Le déficit de rentabilité du pétrole de schiste inquiète les investisseurs »

« Ce n’est pas la fin de l’eldorado mais c’est un signal inquiétant. Alors que la production de pétrole de schiste aux Etats-Unis continue de battre des records – en 2018, le pays a franchi la barre des douze millions de barils par jour et produit aujourd’hui plus que la Russie et l’Arabie saoudite, les producteurs de shale souffrent de plus en plus. En atteste les récents chiffres dévoilés par le cabinet Haynes & Boone spécialisé dans la restructuration d’entreprises. Ainsi, entre début janvier et la mi-août 2019, 26 défaillances ont été enregistrées dans l’exploitation pétrolière américaine, soit presque autant que sur l’ensemble de l’année 2018 (28). Ces sociétés de petite taille opèrent toutes dans l’ouest du Texas, au niveau du bassin permien, un territoire qui produit plus de 4,2 millions de barils de pétrole chaque jour, quasiment autant que l’Irak. »

 

Dans le courant de l’été, c’est médiapart qui titrait « Pourquoi les Etats-Unis ont besoin d’un pétrole cher » sous le plume de Martine Orange :

« Les prix bas de l’énergie sont considérés dans les économies occidentales comme un facteur très favorable de soutien à l’économie, et non comme un obstacle qui justifie une intervention des banques centrales. Mais pour les États-Unis, la situation est désormais différente : sans que personne n’y ait vraiment pris garde, ils sont devenus le premier pays producteur de pétrole du monde, devant l’Arabie saoudite et la Russie. Et cela change tout.

Ces derniers mois, plusieurs compagnies se sont déclarées en faillite, incapables de rembourser leurs dettes et d’honorer leurs échéances. Selon une étude de l’Institut d’économie de l’énergie publiée en mars 2019, les 29 grandes sociétés cotées du secteur ont cumulé des cash-flows négatifs, représentant un total de 181 milliards de dollars entre 2010 et 2018.

« La révolution de la fracturation a été, à de très rares exceptions près, un désastre indéniable pour tous les investisseurs dans le secteur. En fait, je ne connais aucun autre cas où la technologie porteuse d’un tel changement a fait autant de mal à l’industrie qui a créé ce changement », a déclaré Steve Schlotterbeck, ancien président de la société de gaz de schiste EQT, la semaine dernière. Celui-ci estime que l’ensemble du secteur est destructeur de valeur.

Aujourd’hui, les financiers de Wall Street, qui ont soutenu les sociétés du secteur pendant plus d’une décennie, s’impatientent : ils veulent des résultats et des dividendes. Toutes sont en train de réviser leurs projets d’expansion à la baisse et de gérer au plus serré.

 

Pour l’instant tout va bien… à suivre …

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26 Comments

  1. julien bonnetouche says:

    Bonjour Guillaume,

    Alors, on essaye de réveiller les endormis ?

    Cela fait bien 40 ans que le pétrole se tient plus ou moins.

    Depuis les « crises du pérole » dans les années 70, où on était passés de 3$ à 30$ le baril, il évolue de 15$ au plus bas à 100$ au plus haut.
    Et l’on a vu que ces extrêmes ne tenaient jamais longtemps.

    Il existe tout simplement, une auto-régulation qui vient d’une adaptation des prix aux nécessités économiques, aussi bien que des progrès techniques ( pétroles de shistes mais aussi nouveaux forages encore inexploités) qui permettent d’ajuster les prix à la baisse comme à la hausse.

    Il n’y a aucune raisons que cela change pour quelques dizaines d’années encore.

  2. Le pétrole est la ressource la plus manipulée qui existe. Les cours sont souvent maintenus à des niveaux permettant d’affaiblir les adversaires ou ennemis politiques. Ca fait 50 ans que l’on nous dit qu’il n’y a plus de pétrole et on a depuis pompé des dizaines de milliards de barils…
    On prépare les opinions à un pétrole cher, tout comme une électricité chère, un gaz cher, du blé cher…

  3. Une video passionnante qui permet de contextualiser le propos.

  4. Bonjour

    Suivre le débat

  5. ………………….bonjour………………
    Les propos du journaliste sont complètement FAUT si dessus. …..
    Les États-Unis font courir se bruit uniquement .et contre la chute du pétrole
    Cars leurs pétrole de schiste au dessous
    De 50 dollars nes pas rentable. …..
    Tout simplement. …..

  6. On est prêt à tout pour vendre de l’électrique ….

  7. Amiral_sub says:

    Pendant ce temps on bat des records de vente de suv

  8. Pic de pétrole = gros gros gros Pipo

    • Non, c’est indiscutable. La seule question est de savoir si on l’a passé ou non. Les prix n’en donnent aucune indication, ils indiquent seulement qu’on utilise une technologie plus avancée pour en extraire et que la demande est à un certain niveau.

      • Regardez les cours de jancovici aux mines de paris et vous aurez tous les faits en main concernant l energie et le climat.

        Apres vous vous ferez une opinion éclairée.

        • J’ai regardé la vidéo du lien de Guillaume pendant plus de 2 heures. Il y a en effet beaucoup de chose intéressantes, notamment sur l’énergie, sauf sur la fin où il nous rechante le refrain du réchauffement climatique et la fin du monde si rien n’est fait tout en admettant qu’il n’y a pas grand chose à faire sauf à ne plus émettre 1 g de CO2= revenir à la vie préhistorique !

          J’ai noté cependant plusieurs idées :
          – PIB ou CO2, il faut choisir !
          – le gaz et pétrole de schiste sont, d’après Jancovici, des indicateurs avancés de ce qui va se passer prochainement dans l’économie des pays développés,
          – l’incurie des politiques français à régler les problèmes de dette et chômage n’a d’égal que l’incurie à cesser l’Etat providence au moment ou la vitesse de la productivité du travail s’arrête d’augmenter,
          – ce qu’on a l’habitude d’appeler des solutions (batteries et voitures électriques par ex.) hérite de la formidable productivité dû à l’énergie fossile,
          – l’inflation des actifs créé une hausse du PIB à l’image de l’immobilier Parisien. Cela n »a pas créé de valeur – 1 m² parisien est toujours 1 m²- mais cela a généré plus de prêts, de frais d’agence ou de mutation, … donc du PIB virtuel
          – si vous supprimez les camions qui vont à Paris, les parisiens crèveront de faim!
          – …

          Il a dit aussi que si le niveau de la mer a baissé il y a 15000 ans, c’est à cause de l’accumulation de la glace aux pôles (l’eau pris à la mer et transformé en glace). Donc si cette glace fond, le niveau de la mer va monter… très haut. Sauf qu’une partie de la glace a fondu mais mince alors l’eau n’a pas montée d’un iota. Il ne doit pas connaître l’expérience des glaçons dans un verre plein ! 🙂

  9. Regardez les cours de jancovici aux mines de paris et vous aurez tous les faits en main concernant l energie et le climat.

    Apres vous vous ferez une opinion éclairée.

  10. Combien de pétrole consomme-t-on en France ?

    1615000 barils par jour

    La France se situe au 14 ème rang mondial de la consommation de pétrole avec 1.615.000 barils par jour (256.785.000 litres) soit 9.726.525.000 litres de pétrole consommés par an (chiffres 2014).
    (Source total , ufip) ! 🤪ou😢?

  11. Je me demande comment cette histoire autour de l’écologie va finir…
    Enfin, je ne me demande pas. Je sais que certains parmi nos élites vont en tirer une conclusion en apparence logique, mais complètement fausse et destructrice.

  12. Toutes les grandes crises financières depuis 1929 avaient les mêmes causes : l’augmentation du prix de l’énergie ( Charbon pétrole et gaz)
    Pour le moment l’AIE continue à prévoir un excédent de l’offre par rapport à la demande. Les gaz de schiste américains maintiennent les.prix bas pour encore 3 à 5 ans
    Les investissements dans l’offshore profond repartent progressivement.
    Nous devrions avoir un équilibre entre offre et demande dans 2 ou 3 ans.
    Je ne pense pas que la prochaine crise viendra du pétrole…elle sera politique.

    • Et sur cette crainte d’un secteur du pétrole de schiste fragilisé par un endettement record et des profits qui tardent à se matérialiser ?

      • Le pétrole et le gaz de schiste américain n’ont pas apporté qu’une quantité supplémentaire de ces combustibles sur le marché national américain et international et donc une stabilisation/ baisse des cours mais bien plus important, à mon sens, une indépendance de l’Amérique, un retrait substantiel de cette puissance du moyen orient laissant le champ libre à d’autres puissance (Russie, Chine, …), une redistribution des cartes dans ces régions avec l’émergence de groupes extrémistes, un produit d’exportation qui rééquilibre un tant soit peu la balance commerciale, un désintéressement de l’Amérique de l’entité OTAN (à tel point que l’on se demande si les US interviendraient si l’Europe OTANnienne était attaquée, etc..

  13. Une bulle, comme les autres bulles.
    Il faut bien que l’argent gratuit s’évapore quelque part…

    Ça ou des startups foireuses comme wework, ça ne fait pas de différence.

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